Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé des derniers albums de Marcus King, Selena Gomez et Pinegrove, ainsi que la série Chernobyl.

Musique

El Dorado, *** 1/2, Rock, Marcus King

Il arrive, à peu près une fois par décennie, que la presse spécialisée accole l’étiquette «guitariste prodige» à un jeune qui éblouit autant par sa virtuosité que le ressenti de son jeu — Derek Trucks ou Gary Clark Jr., par exemple. Marcus King a ça, et une superbe voix en plus. Après trois essais avec son band, l’Américain de 23 ans vole en solo sur El Dorado, l’album d’une vieille âme. Blues rock rétro, soul, un soupçon de gospel, complaintes rock sudiste, rock tout court, rien ne lui résiste. Pas étonnant que Dan Auerbach l’ait pris sous son aile. The Well et Say You Will ont une parenté indéniable avec les Black Keys, mais son réalisateur a préféré miser sur le chant envoûtant de Marcus King que sur les solos démentiels. Bonne idée. Il manque évidemment un peu de profondeur dans les textes (amour, rêves d’avenir, alcool…), mais la sincérité et la qualité de l’interprétation nous font passer outre. Une très belle découverte.  Éric Moreault

Musique

Rare, ***, Pop, Selena Gomez

Ex-enfant vedette devenue multimillionnaire du Web (quelque 166 millions de personnes la suivent sur Instagram) et coqueluche de la presse à potins, Selena Gomez a souvent, ces dernières années, fait parler d’elle pour autre chose que son art : ses relations avec Justin Bieber et The Weeknd, ses problèmes d’anxiété et de santé — elle a dû subir une greffe de rein après avoir été atteinte du lupus — ont notamment fait couler beaucoup d’encre. Qu’à cela ne tienne, comme productrice télé ou comme musicienne, la jeune femme sait ce qu’elle a à faire. Son troisième album solo, Rare, en offre une convaincante démonstration. Empreint de maturité et saupoudré de quelques références aux sujets susmentionnés, ce nouvel effort propose un efficace échantillon pop. Rythmes accrocheurs, ballades émancipatrices, arrangements soignés et collaborations avec les rappeurs 6LACK ou Kid Cudi… Selena Gomez ne réinvente rien, ici, mais joue le jeu avec conviction et doigté.  Geneviève Bouchard

Musique

Marigold, *** 1/2, Rock, Pinegrove

Pinegrove a séduit bien des oreilles avec son premier album officiel (Cardinal, 2016), mélange de rock alternatif intense avec des racines folk. Le groupe du New Jersey s’est tout de suite attelé à son successeur. Sauf qu’au moment de lancer Skylight, Evan Stephens Hall a fait face à des accusations de «coercition sexuelle». Ce qui a retardé la sortie en 2019. Moins d’un an plus tard, voici Marigold. Il serait tentant d’interpréter les paroles à la lumière des déboires du chanteur, mais ce serait une erreur. La formation repart sur de bonnes bases, avec du panache. Entre la pop-rock façon Weezer (Dotted Line), l’americana à la Wilco (Neighbour), le lyrisme à la The War on Drugs (Marigold) et la vulnérabilité de l’acoustique No Drugs, la palette s’avère large. Et bellement fournie. Mélodies accrocheuses, harmonies vocales bien placées et sens de l’interprétation caractérisent ce troisième effort qu’on écoute à répétition sans se lasser. Du bonbon.  Éric Moreault

Télévision

Chernobyl, *****, Drame, Johan Renck

L’incendie à l’usine nucléaire de Tchernobyl, en avril 1986, demeure une page noire dans l’histoire de l’humanité. Des milliers de morts chez les civils (le nombre exact reste flou), des soldats et des pompiers envoyés littéralement à l’abattoir pour venir à bout de la catastrophe, des évacuations massives d’habitants, une région ravagée par les radiations, un gouvernement complètement dépassé par les événements, il est question de tout cela, et plus encore, dans la fascinante télé série britannico-américaine Chernobyl. Choquante aussi dans sa façon de montrer comment le Kremlin, dans sa volonté de protéger à tout prix la réputation de l’empire soviétique, a fait preuve d’aveuglement volontaire dans la gestion de la crise. La chronologie de la catastrophe est racontée à hauteur d’homme, ce qui confère à cette télé série de cinq épisodes, diffusée l’été dernier sur HBO et reprise à Super Écran, une authenticité encore plus grande. Ce travail de maître a été récompensé de deux prix à la cérémonie des Golden Globe, ceux de la meilleure minisérie et du meilleur acteur de soutien (Stellan Skarsgard).  Normand Provencher