Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé du dernier essai de Sébastien Bohler, du documentaire de Lana Wilson et des derniers albums des chercheurs d'or et Maude Audet

LIVRE

Le bug humain, ****, essai, Sébastien Bohler

L’homme serait incapable de faire face à la crise environnementale. Tout simplement parce qu’il a été programmé depuis 200 000 ans à prendre tout ce qu’il peut avoir, que ce soit en matière de nourriture, de partenaire sexuel, de statut social, d’expansion territoriale et d’informations pour assurer sa survie, tout cela en dépensant le moins d’énergie possible. Le coupable est un petit organe baptisé le striatum, porté à la destruction et à la domination, et qui ne poursuit que son propre intérêt, incapable qu’il est de voir au-delà de quelques décennies. Le docteur en neurosciences Sébastien Bohler défend cette thèse dans ce passionnant ouvrage de vulgarisation. Doit-on pour autant croire que la cause est entendue et qu’on ne peut rien face au péril annoncé? Il reste de l’espoir, selon l’auteur, pour qui il est possible de dompter notre striatum pour emprunter les voies de la sobriété. «Il faut connaître son ennemi pour triompher, dit l’adage. Seul problème, il s’agit ici de se connaître soi-même…» Normand Provencher

CINÉMA

Miss Americana, HHH 1/2, Documentaire, Lana Wilson

Narratrice de ce documentaire consacré à sa carrière, Taylor Swift l’avance d’entrée de jeu : elle a toujours voulu être une «bonne fille», travailler fort sur ses chansons et ne pas faire trop de vagues. C’est ce qu’elle sentait qu’on attendait d’elle, le standard qu’elle s’imposait. De l’adolescente au visage angélique en opération charme dans les radios country du Tennessee à la superstar de la pop devenue porte-voix pour la communauté gaie, les victimes d’abus sexuels ou la cause féministe, le documentaire Miss Americana, en ligne sur Netflix, met en exergue son parcours. Pas de grands scandales, ici. Pas de sex, drugs and rock’n’roll. Juste l’histoire d’une femme perfectionniste qui a grandi dans l’œil du public, avec le lot d’écueils qui peuvent venir avec : dictature de l’image (et troubles alimentaires), cyberintimidation ou intimidation tout court (allô, Kanye West!), etc. On apprécie l’incursion dans son processus de création, alors qu’on voit prendre forme quelques titres de son dernier album, Lover. Au-delà du succès et de la musique, on aime encore plus la voir apprendre à assumer ses convictions et trouver sa vraie voix. Geneviève Bouchard

DISQUE

Caballero, ****, Country folk, Les chercheurs d’or

Après dix ans de carrière, trois albums et deux EP, la formation originaire de Québec Les chercheurs d’or propose avec ce mini-album concept une magnifique odyssée bercée de multiples influences. Le country folk, qui a présidé à la naissance du groupe en 2008, prend ses aises accompagné de nouvelles sonorités. En quatre chansons et trois pièces instrumentales formant une sorte de road movie western, Isabeau Valois, François Gagnon et Luke Dawson font mouche avec des pièces tantôt douces (magnifique et touchante Dernier motel), tantôt planante (Voyous), tantôt entraînante (Les chiens). En toile de fond, des textes qui cherchent à mettre un peu d’humanité dans notre monde de plus en plus virtuel. On relève ici et là un zest de Tire le Coyote et de Mes aïeux, mais le trio a su imposer sa propre griffe dans un univers où guitares, banjos et percussions s’en donnent à cœur joie. Normand Provencher

MUSIQUE

Tu ne mourras pas, ****, Folk-pop, Maude Audet

À ses débuts en musique, Maude Audet se faisait un plaisir de marier sa voix délicate à des sonorités un peu plus abrasives. Le contraste était porteur. À force de développer son univers musical, l’autrice-compositrice-interprète a cheminé vers ailleurs. Avec ce nouvel album, elle emprunte un chemin quelque peu défriché par le passé sur le plan orchestral — on songe ici à la très belle Dans le ruisseau — en embrassant cordes et flûte, qui donnent tout un souffle à l’ensemble. Avec ce timbre pas si conventionnel et cette plume très évocatrice, Maude Audet livre des tableaux d’une franche beauté, tendres, mélancoliques ou inspirants. Fin seule ou en duo (très réussi) avec Philippe B, Maude Audet se confirme comme une créatrice presque sournoise (dans le bon sens du terme) : sous cette beauté, cette poésie et cette délicatesse, il y a tout un discours à écouter. Geneviève Bouchard