L'album <em>Good Souls Better Angels</em>, Lucinda Williams
L'album <em>Good Souls Better Angels</em>, Lucinda Williams

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

Good Souls Better Angels *** 1/2, Folk-blues, Lucinda Williams

Depuis ses débuts, mais plus précisément depuis Car Weels on a Gravel Road (1998), Lucinda Williams mène une carrière presque sans fausse note (Little Honey, en 2008, était moyen). Good Souls Better Angels poursuit dans cette même lignée d’albums musicalement accomplis et viscéralement interprétés. À 67 ans, son timbre de voix râpeux et particulier a perdu un peu de son grain, mais rien d’excessif. Avec son band de tournée très soudé, la grande auteure-compositrice-interprète aborde les sujets actuels — Trump (Man Without a Soul, avec une intro à la What’s Going On de Marvin Gaye); le girl power (You Can’t Rule Me); les abus sexuels (Wakin’ Up) —, mais aussi intemporels comme la folie (Big Black Train) ou la honte (Pray the Devil Back to Hell). Oui, Williams a déjà proposé de meilleurs disques, devenus des classiques. Ce qui n’empêche pas celui-ci de se situer tout en haut du tableau. Cette constance dans l’excellence n’est rien de moins que remarquable. Éric Moreault

L'album <em>Good Souls Better Angels</em>, Lucinda Williams

Balado

Notre envoyé spécial ***, OHdio, Collectif

Bien sûr, un balado de journalistes, mais surtout, pas seulement un balado de journalistes. Notre envoyé spécial captivera tous ceux qui aiment l’actualité internationale et les histoires humaines. Des correspondants de Radio-Canada, mais aussi des journalistes étrangers comme Rukmini Callimachi du New York Times et Roméo Langlois de France 24, replongent avec nous dans des moments de couvertures bouleversants. Jean-François Bélanger et Sylvain Desjardins sont particulièrement touchants lorsqu’ils racontent leur reportage en Turquie avec des migrants qui tentaient d’atteindre la Grèce dans des conditions que les journalistes savaient être un quasi-suicide. J’ai beaucoup aimé aussi le ton précis et un peu grinçant de Michèle Ouimet, jeune retraitée de La Presse, qui raconte son travail en 2006 dans la ville libanaise de Tyr, bombardée par l’armée israélienne. Beaucoup de réalisme, des extraits sonores percutants et une façon intime de raconter des conflits qu’on a déjà un peu oubliés. Certains journalistes vont loin dans l’analyse de leur métier, d’autres restent un peu plus en surface. Reste que j’ai trouvé les huit épisodes d’environ 30 minutes passionnants. Isabelle Mathieu

Le balado <em>Notre envoyé spécial</em><em>, </em>sur OHdio

Livre

Une bourgeoise d’exception ****, Roman, Pauline Gill

Pauline Gill nous fait découvrir la créatrice des Jardins de Métis dans son plus récent roman historique Une bourgeoise d’exception. Cet ouvrage est intéressant pour son caractère inédit, révélant le parcours singulier de cette femme dont les écrits ne portaient que sur les années suivant la fondation des Jardins, alors qu’elle avait 54 ans. Ayant détruit tous ses carnets avant sa mort, Elsie Reford était discrète sur sa vie et souhaitait que l’on parle davantage de ses fleurs que d’elle-même. Heureusement, l’abondante correspondance entre elle et un homme marié, Lord Albert Grey, était suffisamment savoureuse pour que Pauline Gill puisse raconter les réalisations de cette bourgeoise dévouée aux pauvres et aux malades, féministe avant son temps, sportive et musicienne accomplie, anglophone trilingue et francophile. Les épreuves et la fatalité ne l’ont pas épargnée. Le drame entourant la mystérieuse disparition de sa sœur cadette l’aura tourmentée jusqu’à sa mort. Johanne Fournier (collaboration spéciale)

Le roman <em>Une bourgeoise d’exception</em><em>, </em>Pauline Gill

Musique

Uniquement pour toi ****, Folk-Rock franco, Mara Tremblay 

L’opus 8 de Mara Tremblay est probablement celui où son alliage terre-ciel est le plus abouti, les sonorités aériennes et cristallines côtoyant sans heurts (souvent dans la même chanson) des guitares écorchées, des basses profondes ou une insolente batterie. Un peu comme si ses deux disques d’avant, À la manière des anges (2014) et Cassiopée (2017), s’étaient télescopés. Le résultat est très généreux en montagnes russes, de l’onirisme guilleret (Je reste ici) à l’atmosphère trouble d’une mauvaise journée (On verra demain), d’une ouate caressante (Paris) au brut des amours humaines (Il me faut). Les textes, tantôt directs, tantôt très imagés, nous emportent dans les mêmes houles. Bien qu’accompagnée de collaborateurs de haut calibre qui apportent une couche de sophistication (François Lafontaine lâché lousse aux claviers, Stéphane Lafleur qui signe deux chansons et le fidèle Olivier Langevin à la réalisation), Mara demeure, et c’est le plus important, cette artiste extrêmement touchante dans le dénuement de ses émotions. Maturité en sus. Comment ne pas l’aimer? Steve Bergeron, La Tribune

L'opus <em>Uniquement pour toi</em>, Mara Tremblay

Musique

Leave Tonight ****, Folk, David Myles

En ce printemps qui nous mène la vie dure, il fait du bien, ce nouvel album (son douzième en carrière) de David Myles. Moins de deux ans après Le grand départ, un concluant premier effort en français, l’auteur-compositeur-interprète originaire de Fredericton renoue avec sa langue maternelle pour broder un cocon musical d’une grande beauté. Il est beaucoup question d’amour sur Leave Tonight. Celui qui se renouvelle, celui qui s’étiole, aussi. On flirte ici et là avec la nostalgie, mais sans trop pousser la note. L’heure est plutôt à la simplicité et à la sérénité sur ce bouquet chansonnier porté d’une voix bien ronde par ce crooner des temps modernes. Habitué à butiner d’un style à l’autre, David Myles livre des compositions qui demeurent ancrées dans le folk, mais avec une facture soignée qui, grâce à des chœurs ou de fins arrangements de cordes, leur insuffle un je-ne-sais-quoi de somptueux. Il se dégage de l’ensemble un charme suranné et une rassurante douceur. Geneviève Bouchard

L'album <em>Leave Tonight</em>, David Myles