Les antipodes par Les Cowboys fringants

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

Les antipodes, *** 1/2,  Folk/rock/country, Les Cowboys Fringants

Au fil du temps, Les Cowboys Fringants ont peaufiné une formule musicale qui a fait leur succès en explorant — sans jeu de mots — leurs propres antipodes : pièces engagées, dénonciatrices ou humanistes d’une part; chansons de party aux personnages plus grands que nature de l’autre. Creusant les mêmes sillons, le 10e album de la bande de Repentigny s’inscrit dans la continuité. Côté sérieux, les Cowboys offrent ici des constats de société pas jojo (L’Amérique pleure, Les maisons toutes pareilles, D’une tristesse) — sans négliger un souffle d’espoir et d’amour (chaleureuses Ici-bas et Sur mon épaule). Côté givré, citons notamment les portraits épiques de cette Suzie Prudhomme (enlevante et joyeusement cuivrée), de cet ivrogne de Mononc André, du patelin Saint-Profond (qui offre quand même un coloré exemple du déclin des régions) ou d’une traversée de l’Atlantique bien arrosée. Pas de grandes révolutions, ici, mais une cuvée fort efficace. Le groupe se produira au Grand Théâtre le 29 novembre.  Geneviève Bouchard

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Sweetest thing, ***, Jazz pop, Katherine Penfold

Katherine Penfold a une voix superbe, sensuelle et envoutante, dont elle use avec juste assez d’émotion. Chanteuse pop, mais pas seulement : la Canadienne aime louvoyer entre le néo-soul et le jazz, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Katie Melua. Penfold ose d’ailleurs livrer une version résolument contemporaine de Feel Like Makin’ Love, sans dénaturer l’originale de Roberta Flack. Les compositions ne se démarquent pas par leur originalité et la production a eu la main un peu lourde sur les arrangements sucrés de Sweetest Thing. Comme si on avait voulu maintenir la bride à la chanteuse au lieu de la laisser s’éclater (à la Joss Stone, dans un registre différent). Reste que Katherine Penfold risque de titiller l’oreille de ceux qui cherchent une musique pour une soirée romantique. Ou simplement relax.  Éric Moreault

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Musique

Grandeur mature, *** 1/2, Folk/Rock, Émile Bilodeau

«La vie, c’est aussi sexy que les dents d’en avant/De Freddie Mercury/Sont pas toutes drettes, pis c’est correct/Parce que ça serait plate en maudit, si on était tous pareils», chante Émile Bilodeau dans une ode à l’inclusion gravée sur son deuxième album. L’image résume un peu la démarche du jeune auteur-compositeur-interprète, qui se plait à aborder des thèmes sérieux avec un pas de côté. Trois ans après un premier album toujours ancré dans l’adolescence, Bilodeau a puisé dans ses doutes de jeune adulte pour échafauder les titres de Grandeur mature, réalisé par Philippe B. La plume bien dégourdie (il cultive un goût pour l’assonance et l’allitération), il joue la carte personnelle pour s’adresser à son frère ou à l’être aimé, mais cible aussi des thèmes plus collectifs : la protection du français, l’environnement, l’apathie ambiante ou une prise de position nationaliste sans détour. Émile Bilodeau se produira à l’Impérial le 22 février.  Geneviève Bouchard

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Télévision

Dans leur regard, ****, Documentaire, Ava Duvernay

J’ai enfin pu dégager du temps pour passer au travers des quatre épisodes de Dans leur regard (When They See Us). Vous devriez aussi : la percutante série documentaire d’Ava DuVernay, disponible sur Netflix, laisse un souvenir indélébile. La réalisatrice américaine (Selma) narre avec une efficacité redoutable la terrible injustice subie par cinq adolescents (quatre Noirs et un Hispanique) en 1989. Ceux-ci sont faussement accusés et condamnés pour le dégoutant viol d’une jeune fille dans Central Park, à New York. Racisme, préjugés, pression populaire et politique, corruption, manipulation et aveuglement volontaire de la police et de la justice sont démontrés, noir sur blanc, si on me permet l’expression. Une œuvre engagée, soit, mais rigoureuse qui suscite un juste sentiment de fureur. Et de dégout.  Éric Moreault