Pochette de l'album Why me? Why not de Liam Gallagher

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

Why Me? Why Not, *** 1/2Rock, Liam Gallagher

On peut aimer ou non l’image publique que projette Liam Gallagher, qui a souvent pris plaisir à jouer les emmerdeurs, surtout auprès de son grand frère Noel, ex-collègue du groupe Oasis. Mais on ne peut nier qu’il s’en tire plutôt bien depuis qu’il s’est lancé en solo avec As You Were il y a deux ans. Renouant avec des collaborateurs de renoms — dont Greg Kurstin (à qui Adele, Pink, Sia, Paul McCartney et les Foo Fighters doivent des chansons) —, le plus jeune des frangins ennemis joue la carte de la nostalgie dans ce deuxième effort mélodiquement fort, stylistiquement varié et souvent porté par des arrangements de cordes. Entre un clin d’œil à Oasis («You said we’d live forever», chante-t-il dans One of Us) et la quasi inévitable référence à John Lennon (n’entendez-vous pas un peu Jealous Guy dans Once?), Gallagher livre un effort solide qui ne manque pas de refrains-crochets et où son côté abrasif a été mis en sourdine. La preuve? Il termine ça (du moins sur la version «deluxe» de l’album) en mode guimauve avec Glimmer, dont on se serait bien passé. Geneviève Bouchard 

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Musique

Tout ce qu’il me reste, *** 1/2, Chanson, Thomas Fersen

Voilà plus d’un quart de siècle que Thomas Fersen brode un univers chansonnier coloré, théâtral et qui conserve à ce jour une belle folie juvénile. Son nouvel album studio, Tout ce qu’il me reste, en offre une nouvelle preuve avec un réjouissant aplomb. Ceux qui apprécient cette plume imagée qui surprend en abordant les sujets avec un pas de côté trouveront leur compte avec ces nouveaux tableaux musicaux. Outre cette pièce-titre faisant référence à un gars toujours vierge à 40 ans (salut, Judd Apatow!) et qui refuse d’enlever ses bobettes, Fersen nous propose sa jolie version de The Walking Dead (Les zombies du cimetière), rend hommage à la gent simiesque (Mange mes poux, King Kong), raconte les affres d’être aimé par une riche (Le vrai problème) et nous ramène mine de rien en adolescence (Les vieilles, Mes parents sont pas là). Encore une fois, l’accord ludique-poétique est respecté. Geneviève Bouchard

Livre

Ta mort à moi, ****, Roman, David Goudreault

David Goudreault a travaillé fort sur son nouveau livre. Très fort. Rarement tombe-t-on sur un roman québécois aussi foisonnant, à l’écriture aussi dense, ce qui témoigne, chez l’auteur sherbrookois, d’une vie intellectuelle et d’un amour de la littérature hors du commun. Et le plus notable est que toute cette générosité n’a jamais l’air forcée, les pièces du casse-tête s’imbriquant adroitement les unes dans les autres. Avec cette rebondissante histoire d’une poète québécoise maudite, issue d’une famille multiculturelle dysfonctionnelle, on retrouve la plume chargée et souvent lapidaire du travailleur social de formation, maître dans l’art de dépecer les psychés, mais surtout une intéressante structure narrative à trois voix, la plus innovatrice et originale étant celle du biographe de la défunte autrice multimillionnaire. Goudreault entretient ainsi plusieurs suspenses à la fois, réservant plus d’un coup de théâtre final, dont au moins un que les lecteurs attentifs verront venir s’ils détectent les indices bien cachés par le romancier. Une chose est sûre : avec cette première histoire post-Bête, David Goudreault dissipe tous les doutes (s’il en restait) qu’il est bel et bien un écrivain. La Tribune

Musique

Sinematic, *** 1/2, Rock, Robbie Robertson

L’air de rien, Robbie Robertson poursuit sa carrière solo depuis 40 ans — The Band n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais comme Dylan, qu’il a accompagné à l’époque, l’auteur-compositeur-interprète n’a rien perdu de sa pertinence. Les ingrédients changent rarement, sa voix est un peu plus rapeuse, mais sa musique conserve son aspect intemporel. Du rock basique avec des riffs savants (Robertson est un guitariste extrêmement créatif et doué), agrémentés d’atmosphères cinématographiques et d’un phrasé mi-chanté mi-déclamé. Le genre film noir — I Hear You Paint Houses, en duo avec Van Morrison, sera d’ailleurs sur la trame sonore d’Irishman de Scorsese (sortie en novembre). Sinematic est un album envoûtant, chargé de tension sexuelle : une belle folie pour paraphraser le titre d’un morceau. Éric Moreault