<em>Bigger Love,</em> John Legend
<em>Bigger Love,</em> John Legend

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

Bigger Love ***, R&B, John Legend

Depuis Get Lifted (2004), John Legend a (presque) négocié un parcours sans faute, récompensé d’au moins un Grammy, un Oscar, un Emmy et un Tony — le premier Afro-Américain de l’histoire à réussir la quadruple couronne. Depuis les excellents Love in the Future (2013) et Darkness and Light (2016), l’homme à la voix d’or nous a seulement gratifiés d’un album de Noël. La déception s’avère donc grande à l’écoute de Bigger Love, collection de chansons génériques peu inspirées qui pige à tous les styles, mais avec une inclinaison pop, parfois disco, qui gâche la sauce. On peut appeler ça s’assoir sur ses lauriers ou un manque d’intérêt pour le métier, Legend a abaissé la barre. Les paroles sont cheezy et plaquées. Quelques morceaux sortent tout de même du lot, en particulier Wild sur lequel Gary Clark Jr. nous offre un solo de guitare pas piqué des vers. Mais c’est vraiment peu sur l’ensemble. Et quel dommage de gaspiller un tel talent! Éric Moreault

Musique

Hate for Sale ****, Rock, The Pretenders

Normalement, The Pretenders se serait pointé cet été sur la scène du Centre Vidéotron. La pandémie étant ce qu’elle est, on va devoir se contenter d’Hate for Sale. Et c’est vraiment dommage parce que ce 11e album du groupe anglais sonne comme dans les beaux jours de Learning to Crawl (1984). Remarquez, Break Up the Concrete (2008) et Alone (2016) étaient très réussis. Sauf que la bande à Chrissie Hynde arrive cette fois avec un essai rock / new wave old school en forme de condensé : des pièces de trois minutes, gros max, avec des guitares affûtées, de l’attitude et une pincée de reggae (sur Lightning Man). À 68 ans, la voix de la chanteuse n’a pas pris une ride et le propos est resté actuel. Hynde écrit sur la dépendance aux drogues (Junkie Walk), avec sa ligne implacable — «every junkie has to die» — et son solo punk (gracieuseté de James Walbourne); la solitude (Didn’t Want To Be This Lonely) ou sur la détresse féminine (Crying in Public, un peu trop larmoyante, justement). Du solide. Éric Moreault

<em>Hate for Sale, </em>The Pretenders

Musique

Unfollow the Rules ****, Pop, Rufus Wainwright

Occupé à l’opéra ou à revisiter des sonnets de Shakespeare, Rufus Wainwright n’avais pas proposé de nouvelles chansons plus pop depuis huit ans. Il se reprend de splendide manière avec Unfollow the Rules, un neuvième album studio qui permet de renouer avec un auteur-compositeur-interprète au sommet de sa forme. L’étiquette «pop» est ici à prendre au sens large. Le musicien nous entraîne dans toute une épopée au fil de ces 12 chansons divisées en trois actes et immortalisées à Los Angeles. Portée par un travail vocal subtil, par de somptueux arrangements de cordes, par plusieurs puissants crescendos et par d’étonnants détours musicaux (on songe ici à l’OVNI théâtral Hatred), cette nouvelle collection de pièces allie l’audace créatrice à un certain classicisme. Elle est surtout assise sur une base solide qui se passerait de tous ces accessoires, si attrayants soient-ils : une vision artistique forte et un irrésistible don pour la mélodie. Geneviève Bouchard