<em>La ballade de Baby</em>, d'Heather O’Neill
<em>La ballade de Baby</em>, d'Heather O’Neill

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

L'équipe des arts
L'équipe des arts
Le Soleil
Vu, lu, entendu cette semaine : La ballade de Baby,

Livre
La ballade de Baby ***
Roman, Heather O’Neill
Alto nous avait gratifiés, l’an dernier, de la traduction du deuxième roman d’Heather O’Neill, Mademoiselle Samedi soir. Voici arrivée celle, encore une fois par Dominique Fortier, de son premier titre, publié en 2006 : La ballade de Baby. L’autrice anglo-montréalaise pose ici les bases de l’édifice romanesque qu’elle continue d’ériger depuis. Elle explore l’univers des marginaux poqués par la vie, mais qui n’ont pas moins une existence riche de sentiments, de contradictions et d’espoirs (souvent déçus). L’intérêt de ce premier essai, moins fort que Samedi soir ou L’hôtel Lonely Hearts, réside dans son choix de confier la narration à Baby, 12 ans, bientôt droguée et prostituée, qui habite avec Jules, son jeune père électron libre. Coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent, la gamine va découvrir le monde des laissés pour compte avec la naïveté de l’enfance, qui cédera peu à peu la place à la lucidité «adulte». C’est cru, ça brasse, ça fait mal en dedans, mais, comme toujours, il y a la voix d’une autrice originale et pertinente.  Éric Moreault

<em>Detroit 2</em>

Musique
Detroit 2 *** 1/2
Rap, Big Sean
Le titre de ce cinquième album de Big Sean fait explicitement référence à ses racines, personnelles (le rappeur réfléchit à ce qui signifiait grandir dans la Motor City) et musicales. Pour l’anecdote, il arrive huit ans après un mixtape intitulé Detroit — d’où le 2. Il ne faut donc guère se surprendre que plusieurs collègues de Detroit prennent le micro sur cet essai aussi diversifié que généreux (une vingtaine de titres). En fait, la liste d’invités, de Post Malone à Anderson. Paak, en passant par Lil Wayne et Travis Scott, donne le vertige tant elle fait miroiter la vitalité actuelle de la scène aux États-Unis. Le plus surprenant réside dans le fait que l’unité de l’ensemble n’en souffre pas pour autant. On se serait passé, par contre, des interludes de Dave Chapelle, Erykah Baduh et Stevie Wonder. C’est intéressant, mais on s’en lasse vite. Reste quand même un gros album, un des très bons du genre cette année. Éric Moreault

<em>Le petit prince est toujours vivant </em>de Christine Michaud et Thomas De Koninck

Livre
Le petit prince est toujours vivant *** 1/2
Essai, Christine Michaud et Thomas De Koninck
Le sens de la vie, la beauté, la religion, l’amitié ou l’amour sont de grands thèmes intrinsèques à toute existence. Si, au travers de la routine, ces questions peuvent apparaître comme du «pelletage de nuages», nos réponses à celles-ci guident pourtant le chemin que l’on choisit de prendre au quotidien. Dans Le Petit prince est toujours vivant, Christine Michaud et Thomas De Koninck nous proposent des réponses simples et sages, comme celles du Petit Prince. S’enracinant dans le conte original, les auteurs insufflent au livre une lumière remplie de bonté et une vision de la vie qui fait du bien en plus d’offrir un grand plongeon dans l’œuvre méconnue de Saint-Exupéry. Cet ouvrage, qui allie subtilement psychologie positive et philosophie, tombe juste à point. Alors que les arcs-en-ciel ont bien pâli dans les fenêtres, Le Petit prince est toujours vivant arrive comme un souffle de réconfort pour celui qui ose découvrir ses 216 pages avec le cœur.  Léa Harvey

<em>Shangri-La</em> d'Audrey Emery

Musique
Shangri-La ****
folk/pop/soul Audrey Emery
Audrey Emery ne semble pas être de celles qui aiment brusquer les choses. Entre des voyages en Asie — où elle a semble-t-il passé près d’un an — et les îles de la Madeleine d’où elle est originaire, l’autrice-compositrice-interprète a mijoté pendant quatre ans les pièces qui allaient devenir Shangri-La, son deuxième album paru il y a quelques semaines. Ce qui captive d’abord l’oreille à l’écoute de ces chansons réalisées et arrangées avec la complicité de Martin Léon et de Mathieu Désy, c’est cette douceur et cette voix ondoyante. Mais il y a beaucoup plus derrière cette séduisante impression d’intimité : une palette de nuances qui nous transportent ici en territoire plus folk, là dans des contrées plus soul ou dans un groove qui assume bien sa sensualité. Les textes aussi, auxquels ont contribué Elkahna Talbi, Heidi Miller, Sara Dignard et André Bernard, invitent au voyage, intérieur. Mais en bonne insulaire, Emery ne s’éloigne jamais trop longtemps de la mer. Geneviève Bouchard

<em>We Are Chaos</em> de Marilyn Manson

Musique
We Are Chaos *** 1/2
Rock Marilyn Manson
On a déjà connu Marilyn Manson beaucoup plus abrasif que sur son 11e album, We Are Chaos, paru tout récemment. Doit-on s’en plaindre? Pas nécessairement, considérant qu’il vient d’un artiste qui s’est plu à surprendre (pas toujours pour le mieux) au fil de sa carrière. En s’associant pour la réalisation au guitariste country Shooter Jennings, qu’il a rencontré lors de sa participation à la série Sons of Anarchy, on pouvait s’attendre à voir Manson rebrasser les cartes. Celui-ci n’a pas non plus caché avoir eu envie de revisiter certaines influences comme David Bowie, Pink Floyd ou Alice Cooper. Résultat : un album rock en clair-obscur mélodiquement solide, une production qui ne restreint pas ses envolées — on a affaire à quelques refrains carrément (trop?) épiques… — sans évacuer complètement le fond de rock industriel et un propos parfois presque prémonitoire pour des vers signés avant la pandémie, dans la pièce-titre, notamment.  Geneviève Bouchard

C’est ça ***1/2

Rock, Dance Laury Dance

Voilà le genre de propositions qui fait du bien après des mois de pandémie (et d’autres sans doute à venir). Un beau gros défouloir sans complexes et plein d’humour. Dance Laury Dance faisait son chemin en anglais depuis un bon moment. Voilà que la formation friande du mot «Mamanbaiseur» (traduction libre et affectueuse du célèbre «Motherfucker») s’aventure en français. Ça va plutôt bien au groupe québécois, qui distille son hard rock à grand renfort de solos de guitare experts, de chœurs bien orchestrés et de textes qui peuvent parfois faire friser les oreilles sensibles… mais aussi provoquer de francs fous rires, avec notamment des références plus ou moins subtiles à Claude Bégin ou Éric Lapointe («Ahhh… Ta voix, c’est comme un champs de fraises.» Hilarant.) Ça ne fait pas souvent dans la dentelle, mais c’est musicalement accompli et la force de frappe est indéniable. Geneviève Bouchard

Livre

American Dirt ****

Roman, Jeanine Cummins

American Dirt est l’un des romans les plus palpitants des dernières années. Et l’un des plus controversés. Jeanine Cummins met en scène Lydia Quixano Pérez, une libraire d’Acalpulco dont la vie vire au drame lorsque son mari journaliste et toute sa famille sont sauvagement assassinés par un cartel. La femme et son fils Luca, huit ans, s’enfuient sur le toit des trains qui se dirigent vers les États-Unis. Roman de migration, de quête de liberté, mais aussi de courage, American Dirt expose sans fard les privilèges des nantis qui ont le bonheur de naître du bon côté de la frontière. Sans jamais nommer qui que ce soit, le roman, véritable suspense rempli de rebondissements et d’émotions fortes, évoque l’actuel président américain, ses supporteurs, mais aussi l’effroyable violence que subissent les habitants du Sud, en général, et du Mexique, en particulier. Un portrait saisissant qui est toutefois passé dans le tordeur de l’appropriation culturelle même si la grand-mère de Cummins était portoricaine et que son mari a vécu 10 ans comme immigrant illégal aux États-Unis…La traduction en français arrivera bientôt en libraire. Éric Moreault

<em>American Dirt</em>, un roman de Jeanine Cummins.

Musique

Mesdames ***1/2

Slam/Chanson, Grand Corps Malade et invitées

Depuis longtemps, le slameur français Grand Corps Malade s’est prouvé un ami du Québec, qui le lui rend bien. Il n’aurait sans doute pas pu se douter que son nouvel album, Mesdames, avait tout pour résonner peut-être encore plus fort ici, après un été de dénonciations qui a fait grand bruit. Fabien Marsaud met la table avec une pièce-titre qui rend hommage aux femmes en revenant sur les mouvements #MoiAussi ou #BalanceTonPorc qui ont libéré les paroles. Il s’allie par la suite à des voix féminines — chanteuses, slameuses ou actrices — de multiples horizons et de plusieurs générations. Avec l’expérimentée Véronique Sanson, il célèbre de belle manière sa sœur. Avec une toute jeune slameuse nommée Manon, il revient de sympathique façon sur le récent confinement. Entre les deux, il inverse les rôles homme-femme avec la frondeuse Suzane, qui joue sur les clichés sans éviter le cœur de certains problèmes. Il croise le micro avec Louane, Laura Smet (fille d’un certain Johnny Hallyday) ou Camille Lellouche, appuyé par les des beats urbains mitonnés par le producteur Mosimann. On n’aurait pas cru il y a quelques années danser sur du Grand Corps Malade. Ça se peut. Mais le texte demeure roi dans la démarche. Geneviève Bouchard

<em>Mesdames</em>, un album de Grand Corps Malade et invitées.

Silence Radio ***

Hip-hop, Souldia

Kevin Saint-Laurent, alias Souldia, n’est pas un homme de peu de mots. Il est prolifique, le monsieur. Après avoir lancé un album en pleine pandémie, au printemps, le rappeur de Limoilou a repris la plume et est revenu à la charge tout récemment avec l’album Silence Radio. Fidèle à son histoire et à son attitude, il nous ramène avec beaucoup de verve dans son univers, toujours ancré dans la rue, mais aussi teinté des derniers mois de pandémie et des violences policières qui ont bouleversé — et soulevé — l’Amérique. On peut interroger certains choix de production, comme celui de citer avec une voix robotisée le nom du beatmaker ou du réalisateur au début des pièces. On comprend et on respecte le besoin de rendre à César… Mais ça devient un peu lourd et la première impression en souffre. Les chansons se rattrapent rapidement, heureusement, par l’honnêteté du texte et la force de la livraison.  Geneviève Bouchard