Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

MUSIQUE 

Ghosteen, ****, Rock alternatif, Nick Cave & The Bad Seeds

Skeleton Tree, et le film qui l’accompagnait en 2016, étaient fortement teintés par le décès tragique d’Arthur, le fils de Nick Cave. Le chanteur australien a depuis vécu presque en reclus. Ghosteen, une contraction qui conjure le fantôme de l’adolescent, se veut un lancinant effort pour passer de la noirceur à la lumière même si la poésie demeure crépusculaire. Comme s’il y avait une tentative sur ce magnifique album pour faire cohabiter une insupportable douleur et l’espoir, malgré l’âge et le déclin, d’une vie meilleure («I’m just waiting for peace to come»). Nick Cave a depuis toujours été fasciné par la mort. La résonance et les tourments se révèlent plus personnels ici. Le musicien et ses Bad Seeds ont opté pour une instrumentation minimaliste et un chant psalmodié, proche de la simple déclamation. En résulte une émouvante mélancolie, profondément remuante. Un des plus beaux efforts musicaux de 2019.  Éric Moreault

LIVRE

Les disparus d’Ély — Mortels, *** 1/2, Nouvelles, Collectif

Le projet était casse-cou : accueillir neuf auteurs, d’horizons forts différents, pour une résidence d’écriture, leur imposer un thème (mortels) et un délai de neuf jours pour rédiger une nouvelle. Or, l’intérêt n’est pas qu’anecdotique. La maison de Valcourt (en Estrie), sur le bord de la rivière Noire, se métamorphose au gré de l’imagination de chacun. Le lien est ténu, mais bien réel. Une aura de fantastique a pris possession de la plume de Simon Boulerice, qui revisite Carrie de Stephen King, de Nathasha Kanapé Fontaine et d’Alexandra Gilbert (qui puise aussi au réalisme magique). L’animal de Stéphanie Boulay est profondément ancrée dans la notion de territoire et de transmission alors que La patate chaude de Pascale Montpetit (qui publie pour la première fois comme autrice) explore le délire psychotique. La cauchemardesque nouvelle de Julien Deschênes, un nouveau venu, fait miroiter un talent prometteur. Évidemment, le résultat est disparate et inégal — on a la liberté de passer outre après quelques pages. Mais ce deuxième recueil m’est apparu plus réussi et captivant que le premier (Perdus), recueil que Québec Amérique vient de rééditer pour l’occasion.  Éric Moreault

MUSIQUE 

Wave, ****,  Folk rock, Patrick Watson

Quatre ans après Love Songs for Robots, c’est un Patrick Watson au sommet de son art qui nous revient ces jours-ci avec Wave, son sixième album. Cette vague annoncée par le titre est celle qui a submergé l’auteur--compositeur-interprète dans les dernières années, lui qui a vécu le deuil de sa mère et d’une relation amoureuse. En pansant ses plaies en musique, le Montréalais a créé un album à la fois intense et intimiste, porté par des cordes somptueuses, un talent de mélodiste qui ne se dément pas et un très beau travail d’harmonies vocales. Dans cette succession de tableaux certes mélancoliques, mais certainement pas dénués de lumière, on retiendra surtout ces crescendos qui nous happent de manière tantôt envoûtante, tantôt poignante. Patrick Watson se produira au Grand Théâtre les 15 et 16 décembre.  Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Panorama, ****, Pop, Vincent Delerm

Pour son septième album, l’auteur-compositeur-interprète français Vincent Delerm propose une incursion toute en délicatesse et en nuances dans son riche univers intérieur. Pas de fioritures ni de grandes envolées musicales dans cette nouvelle offrande qui n’est pas sans rappeler Alain Souchon, mais la volonté manifeste d’un artiste soucieux de s’approcher au plus près des sentiments humains, au premier rang la mélancolie amoureuse. Les textes sont parfois murmurés, un choix qui ajoute à l’ambiance évanescente de la proposition. Amoureux fou de cinéma et de littérature, Delerm en profite pour rendre hommage à tous ces artistes sources d’inspiration, dont la cinéaste Agnès Varda (La Vie Varda) et l’écrivain Raymond Carver (Carver). On craque particulièrement pour Les enfants pâles, magnifiquement interprétée en duo avec Rufus Wainwright. Au final, un bouquet de mélodies apaisantes qui font du bien à l’âme.  Normand Provencher

MUSIQUE

Pour déjouer l’ennui, ****,  Chanson, Pierre Lapointe

Après le très orchestral La science du cœur en 2017 et la parenthèse rock des Beaux sans cœur l’année suivante, Pierre Lapointe revient tout en douceur avec Pour déjouer l’ennui, réalisé par le Français Albin de La Simone. Si les trois projets sont nés, nous dit-on, simultanément, l’auteur-compositeur-interprète a gardé pour dessert ce joli bouquet de pièces sans âge, qui s’inscrit dans la tradition de la chanson française si chère à Lapointe. Signant une poésie soignée où fleurissent l’amour, le désamour ou la mélancolie, il s’est entouré de plusieurs complices — Félix Dyotte, Daniel Bélanger, Philippe B, Amélie Mandeville ou les frères Julien Chiasson et Hubert Lenoir — pour broder ces airs en apparence épurés, mais délicatement arrangés, qui portent le texte en le laissant bien à l’avant-plan. Assumant parfois une certaine vulnérabilité dans sa voix, le chanteur s’entoure ici et là de chœurs berçants. Il en résulte une bulle musicale d’une grande beauté, sans artifice, à hauteur d’homme. Pierre Lapointe se produira au Grand Théâtre du 17 au 19 février 2020.  Geneviève Bouchard