<em>Génies en herbe</em>, Koriass et FouKi
<em>Génies en herbe</em>, Koriass et FouKi

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

Folk N Roll vol. 1 : Tales of Isolation ***1/2, Americana, J.S. Ondara

Dans l’absolu, ce n’est peut-être par le premier, mais Folk N Roll vol. 1 : Tales of Isolation, comme son nom l’indique, est un album entièrement conçu en confinement. On peut en rajouter une couche : les trois dernières chansons ne s’intitulent pas Isolation-quelque-chose pour rien. Peu d’auteurs-compositeurs-interprètes pouvaient relever le défi d’enregistrer une splendide collection de complaintes acoustiques en une semaine. À l’origine, Ondara a immigré et s’est installé à Minneapolis en raison de sa fascination pour l’œuvre de Dylan (le barde y a commencé sa carrière). Après le magnifique Tales of America (2019), le Kenyan rend encore plus directement hommage à son idole — les chansons guitare acoustique-voix, parfois l’harmonica, sont dans l’esprit et les paroles à l’avenant. Sur Pulled Out of the Market, il se met dans la peau d’un ouvrier désespéré qui se demande : «Où est Jésus quand vous en avez besoin?» En effet. Déprimant, l’album? Pas du tout. Sa superbe et impressionnante voix fait foi de tout. Éric Moreault

<em>Folk</em><em> N Roll vol. 1 : Tales of Isolation,</em> J.S. Ondara

Musique

Génies en herbe ****, Hip-hop, Koriass et FouKi

Vendredi dernier, Koriass et FouKi ont pris leurs fans par surprise en lançant sans crier gare l’album Génies en herbe, qu’ils ont créé en duo avec la collaboration d’une brochette de producteurs, dont QuietMike, Ruffsound, RealMind et June Nawakii. Pas de doute, ici, l’union fait la force. Visiblement complices, les deux rappeurs allient leurs univers sans les dénaturer ni que ça semble plaqué. On a plutôt affaire à une joute oratoire experte entre deux artistes à la plume bien aiguisée et surtout, fertile en images. Avec plusieurs titres qui abordent le succès, l’argent ou le fait de se construire soi-même, Génies en herbe joue souvent la carte de l’egotrip. Mais pas exclusivement. On pense à Monstres, qui met de l’avant une certaine vulnérabilité. À l’inverse, le duo ne manque pas d’humour au moment de mitrailler les ludiques énumérations Tout c’qui faut (l’explosif premier extrait) et Fait chier, ni quand vient le temps d’échantillonner un sketch de RBO pour offrir un fil conducteur à l’album. Du bonbon. Geneviève Bouchard

Musique

Late Bloomer ****, Pop alternative, Mirabelle

C’est ce qu’on appelle se réinventer. Et de belle manière. Laurence Hélie a lancé sa carrière musicale au tournant des années 2010 dans le créneau country-folk. Un parcours convaincant qui lui a valu des éloges, mais qui n’a au final pas comblé la principale intéressée. Après un bon moment loin des projecteurs, l’autrice-­compositrice-interprète nous revient complètement transformée. À une exception près, les nouvelles chansons de celle qui se fait désormais appeler Mirabelle se déploient en anglais. Et les racines folk font place à une pop aérienne et racée, dans laquelle sa voix gagne en souplesse et prend des dimensions qu’on ne lui connaissait pas. Les synthétiseurs de Christophe Lamarche-Ledoux offrent un écrin envoûtant à l’univers chansonnier de la créatrice, sans prendre trop de place. Entre beaucoup de douceur et quelques accents plus frondeurs, des arrangements et un travail vocal soigné, tout est bien dosé sur ce Late Bloomer, que Mirabelle a coréalisé avec Warren Spicer (Plants and Animals). Geneviève Bouchard

Livre

Les crépuscules de la Yellowstone ***1/2, Roman, Louis Hamelin

Avec comme point de départ un sujet en or, soit la dernière expédition du naturaliste John James Audubon, en 1843 dans le Haut-Missouri, Louis Hamelin avait la moitié du chemin de fait. À lui seul, le portrait historique, social et anthropologique de cette époque mythique s’avère bougrement captivant. L’écrivain ne s’est toutefois pas assis sur ses lauriers, le périple du scientifique se révélant, en somme, pas si périlleux que ça. Les nombreux récits de chasse et décomptes de butin deviennent d’ailleurs un peu redondants, le terreau émotif se trouvant limité par le souci de réalisme. Heureusement, entrelacé dans la trame principale se glisse une sorte de journal intime d’un auteur sherbrookois relatant l’écriture de ce roman, confiant des pans de sa vie et offrant surtout le regard d’un homme qui tente de ne pas sombrer devant les dégâts écologiques amorcés, constate-t-il, à l’époque d’Audubon. La note d’espoir viendra de la toute dernière phrase de ce roman foisonnant de détails, écrit dans un style précis et rigoureux, remarquable dans sa puissance d’évocation. En librairie le 2 juin. Steve Bergeron, La Tribune

<em>Les crépuscules de la Yellowstone</em>, Louis Hamelin