Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé du dernier roman de Santiago H. Amigorena et des derniers albums de Rose Cousins, Palissade et Matt Holubowski.

LIVRE

Le ghetto intérieur, ****, Roman, Santiago H. Amigorena

C’est l’histoire d’un silence qu’un homme déroule sur son passé. Et aussi l’évocation d’une lourde culpabilité. Débarqué à Buenos Aires en 1928, le grand-père de Santiago H. Amigorena, Vicente Rosenberg, laisse sa mère en Pologne. Onze ans plus tard, c’est la Deuxième Guerre mondiale. Le délire nazie s’abat sur l’Europe. Sa mère reste coincée dans le ghetto de Varsovie. Elle sera déportée plus tard au camp de concentration de Treblinka. Dès lors, affligé d’une profonde douleur, impuissant, Vicente se replie sur lui-même, faisant délibérément le choix de nier la tragique réalité pour ne pas sombrer dans la folie. Ses douloureuses interrogations face à ce vide immense nourrissent de façon émouvante ce roman à saveur biographique, à la prose aussi efficace que sobre. «Je ne sais pas si Vicente, avant de mourir, a compris que se taire n’était pas une solution», conclut l’auteur au sujet de son grand-père. Une œuvre forte sur la quête d’identité, qui fait la démonstration du pouvoir salvateur de la parole pour exorciser un tant soit peu la tragédie.  Normand Provencher

MUSIQUE

Bravado, *** 1/2, Pop-rock, Rose Cousins

«It’s a breakneck monday morning», entonne Rose Cousins en ouverture de Benefits of Being Alone, premier morceau de Bravado. Le ton est donné, mais en nuances : ce splendide album s’adresse autant à ceux qui souffrent de la solitude qu’à ceux qui aimeraient avoir un peu plus de temps seul… La chanteuse des Maritimes a mis en pratique ce qu’elle prêche : après une demi-douzaine de disques, elle a décidé de produire celui-ci. La voix caressante et à fleur de peau se retrouve à l’avant-plan, avec un piano en appui et entourée de riches arrangements de cordes. La folk-pop d’autrefois a cédé la place à une pop-rock un brin léchée, mais qui coule de source. Bravado s’avère un effort authentique et superbement écrit sur nos failles les plus intimes, mais aussi une musique qui caresse les oreilles. C’est plutôt rare.  Éric Moreault

MUSIQUE

Palissade, *** 1/2, Cold wave, Palissade

Après un premier EP (Éclats) sorti en 2016, le groupe de Québec Palissade présente son premier album qui revisite avec une signature bien à lui le style musical cold wave, popularisé en France au début des années 80. Huit pièces post-punk où se déploient les synthétiseurs de Catherine Roussel, la guitare et la voix de Thomas Denux-Parent, et la basse de Martin Labbé. Si les thèmes sont loin de verser dans le jovialisme (la très accrocheuse Jusqu’à la mort, Ce néant, Peur de toi, Trop tard), en revanche, on ne peut que succomber aux rythmes énergisants du jeune trio, quoique parfois un peu redondants. Un album à découvrir, mais uniquement en format digital et en vinyle.  Normand Provencher

MUSIQUE

Weird Ones, *** 1/2, Indie-folk, Matt Holubowski

Un peu plus de trois ans après Solitudes, un album qui l’a propulsé dans l’œil du grand public et grâce auquel il s’est produit à plus de 200 reprises ici, mais aussi en Europe et aux États-Unis, Matt Holubowski revient à l’avant-scène avec Weird Ones, sorte d’ode à l’étrangeté sur laquelle sa folk se fait plus orchestrale que jamais. Mitonnée entre Montréal, Paris, Banff et Cracovie, cette nouvelle collection de chansons réalisée par le complice Connor Siedel convie l’auditeur dans une sorte de cocon feutré, où les ambiances aériennes sont distillées de belle manière. De sa voix souple et haut-perchée, l’auteur-compositeur-interprète montréalais livre ses textes les plus personnels à ce jour, abordant notamment un chagrin d’amour dans Love, The Impossible Ghost. Tâtant ici une certaine mélancolie, offrant là un clin d’œil à Alice aux pays des merveilles, Matt Holubowski offre des tableaux délicats, qui se laissent découvrir tout doucement. Il est attendu à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre le 5 mars.  Geneviève Bouchard