<em>Rough Side Out</em>, Alan Doyle

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

MUSIQUE

Ceremony, ***, Pop rock, Phantogram

Ceremony a tout de la bipolarité ou du syndrome mini-wheats, si vous préférez. D’un côté, la première moitié de l’album, qui propose une pop rock entraînante, mais générique, propulsée par des rythmes répétitifs et la superbe voix de Sarah Barthel. De l’autre, un son beaucoup plus noir et inquiétant, avec des paroles énigmatiques, qui présente leur propre vision du trip-hop (plus à l’image de leur premier effort, Eyelid Movies, 2010). Le résultat s’avère un peu étrange. Certains, comme moi, préféreraient un disque plus uniforme, sur le modèle de la deuxième moitié, plus originale et sentie. D’autres vont peut-être se réjouir de la diversité stylistique. Mais à peu près tout le monde va s’entendre que le moins Josh Cartier chante, le mieux l’auditeur se porte. Bref, à moitié réussi pour le duo new-yorkais. Éric Moreault 

Hunted, *** 1/2, Indie-rock, Anna Calvi

Un an et demi après la sortie de son troisième album, Hunter, Anna Calvi ne s’est pas précipitée dans son prochain chapitre de création. La guitare brandie, elle a plutôt choisi de revisiter le précédent en se replongeant dans ses maquettes. Avec Hunted, l’autrice-compositrice-interprète offre un complément plutôt captivant à Hunter. Plus épurées (mais pas moins incarnées), plus rudes aussi, ces versions remaniées ne réinventent pas complètement les pièces de l’album déjà connu. Elles en offrent simplement avec beaucoup de vérité un autre angle de lecture, parfois avec l’apport d’artistes invités qui leur insufflent leur couleur : Charlotte Gainsbourg prête sa voix à Eden, Courtney Barnett est de la partie pour Don’t Beat the Boy out of my Girl, tout comme Julia Holter pour Swimming Pool et Joe Talbot du groupe Idles, qui ajoute une touche punk-rock à Wish. Entre le très intime et le très intense, Anna Calvi offre ici une remise en exergue de ses contrastes. Et ça lui va plutôt bien.  Geneviève Bouchard

Rough Side Out, ***, Country/Folk/Pop, Alan Doyle

Soyons clairs, on ne tombera pas nécessairement en bas de notre chaise à l’écoute de ces nouvelles chansons d’Alan Doyle, qu’on a connu longtemps comme chanteur de la festive bande terre-neuvienne Great Big Sea. Mais avouons du même souffle que l’énergie déployée sur ce récent effort sous son propre nom s’avère contagieuse. Qu’il implore avec Dean Brody un barman de ne pas sonner la cloche du «last call» (We Don’t Wanna Go Home), qu’il chante avec Jess Moskaluke une relation agonisante noyée dans l’alcool (What the Whisky Won’t Do) ou qu’il décline fin seul les hauts et les bas de la vie de tournée (très sentie I Gotta Go), le sympathique auteur-compositeur-interprète brosse ici des tableaux accrocheurs, rassembleurs et remplis de petites (et grandes) vérités. Il s’offre au passage une chouette reprise de Paper in Fire de John Mellencamp. Nous voilà devant des pièces faites sur mesure pour la scène. Ça tombe bien, Doyle parcourt ces jours-ci le Canada avec un nouveau spectacle. Geneviève Bouchard

LIVRES

Le minimalisme numérique, *** 1/2, ESSAI, Cal Newport

La fréquentation souvent compulsive des médias sociaux gruge de plus en plus de temps. Les gens ont l’impression d’être devenus esclaves de leur téléphone intelligent, et ils en ont assez. Le professeur agrégé d’informatique à l’Université de Georgetown, Cal Newport, propose avec ce livre rien de moins qu’un «grand ménage numérique». Il faut d’abord comprendre, explique-t-il, que cette dépendance comportementale pour les Facebook, Twitter et Instagram de ce monde n’est pas le fruit du hasard : des milliards ont été investis dans ce but par des entreprises de Silicon Valley. Plus les internautes demeurent sur ces applications, plus c’est rentable pour elles. Pour reprendre le contrôle de nos vies de «drogués de l’information», Newport rappelle l’importance de la solitude et la nécessité de cultiver «des loisirs de haute qualité» plutôt que de rester cloîtré machinalement dans nos appareils. Il suggère de traiter les minutes de notre existence comme une «substance concrète et précieuse» qu’il faut savoir défendre contre les intrusions de toute cette quincaillerie chronophage. Pour illustrer son propos, l’auteur puise de exemples du côté des communautés amish (moins réfractaires au progrès qu’on peut le croire), et de la vie inspirante des David Henry Thoreau, Abraham Lincoln et Benjamin Franklin. Un ouvrage qui ramène à l’essentiel afin de (re) découvrir les «plaisirs du monde hors connexion». Normand Provencher

Le minimalisme numérique