Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

Musique

De Béart à Béart(s) ***, Chanson,  Collectif

Guy Béart n’a pas l’aura des Aznavour, Gainsbourg ou Bécaud, il n’en a pas moins marqué la chanson française tout au long de sa fructueuse carrière. Une compilation de 20 titres le ramène à l’avant-scène. Et comme souvent dans ce genre d’exercice, le résultat, disparate et éclectique, risque de manquer sa cible. Les nostalgiques seront désemparés devant les relectures rap (Qui sommes nous, Akhenaton) ou électro (Les souliers (...dans la neige), Catherine Ringer). Ils pourront se consoler avec l’intégrale en septembre. Les aventureux plus jeunes vont tiquer en entendant certaines interprétations un peu ringardes de Julien Clerc, de Christophe ou de Laurent Voulzy. L’exercice de relecture est plus réussi chez la garde montante, Pomme, Hollydays ou Raphaël, qui ont renippé le répertoire de Béart. Quant à la version de Plus jamais par sa fille Emmanuelle, elle s’avère extrêmement touchante, presque cathartique. L’album digital est offert dès maintenant et en copie physique à compter du 26 juin. Éric Moreault

<em>De Béart à Béart(s),</em> Collectif

Musique

Yodel bleu ****, Country/Bluegrass, Veranda

En relevant le défi de faire du bluegrass en français, le duo Veranda ne rate pas sa cible. Il se dégage quelque chose d’indéniablement franc des six titres du minialbum Yodel bleu. Pas d’artifices, juste des instruments acoustiques bien groundés, des mélodies solides et des histoires qui nous captivent. Catherine-Audrey Lachapelle (que vous avez peut-être vue dans District 31) et Léandre Joly-Pelletier se réapproprient de très efficace manière une tradition née chez nos voisins du Sud. En misant sur de belles harmonies vocales et des airs portés par la guitare, le violon ou la mandoline, Veranda propose un projet musical à la fois réjouissant et très humain. Quelque chose qui semble sans prétention, mais qui est fait avec sérieux et dans un grand respect de ceux qui ont pavé la voie. À entendre l’éclat de rire de Catherine-Audrey Lachapelle au terme de la chanson-titre, qui donne effectivement lieu à un bel exercice de yodel, on comprend l’esprit du projet. C’est honnête et libérateur. Et ça fait du bien en ce printemps un peu glauque. Geneviève Bouchard

<em>Yodel bleu, </em>Veranda

Livre

Wild West Tome 1 — Calamity Jane ***1/2, BD, Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Il y a un véritable engouement depuis quelque temps, dans le monde de la BD, pour le western. Vrai que la période s’avère riche sur le plan thématique et en personnages plus grands que nature. Avec Calamity Jane, le dessinateur québécois Jacques Lamontagne et le scénariste français Thierry Gloris en ont toute une, dont la réputation légendaire a traversé les époques (Morris et Goscinny ont livré leur version avec Lucky Luke). Ce premier tome d’un diptyque illustre avec brio ce qui amène Martha Cannary, 16 ans, à se métamorphoser en cow-girl et en féministe avant le temps. Un récit initiatique crépusculaire, de sang et de sueur : bossant dans un saloon, Martha se voit contrainte à la prostitution. Jusqu’à ce que son chemin croise celui d’un chasseur de primes, Wild Bill Hicock, qui va lui apprendre à manier le six coups. Très documentée et magnifiquement illustrée par Lamontagne, Calamity Jane reproduit la violence de l’époque de façon frontale, mais réaliste — on ne fait pas dans la dentelle. L’éditeur suggère la lecture à partir de 15 ans. Vous êtes prévenus. Éric Moreault

<em>Wild West Tome 1 — Calamity Jane, </em>Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Musique

Never Let Me Go ***, Indie-Pop, Ghostly Kisses

Avec son projet Ghostly Kisses, Margaux Sauvé a développé une expertise dans la création de bulles de douceur. L’autrice-­compositrice-interprète de Québec, qui peut se targuer d’avoir été entendue des millions de fois sur les plateformes d’écoute en ligne ici et à l’étranger, continue de creuser son sillon avec Never Let Me Go, un minialbum dévoilé tout récemment. Celle qui misait d’abord sur de délicates teintes électro-pop se laisse de plus en plus tenter par des sonorités organiques. Inspirées de ses voyages, ses nouvelles chansons sont bercées par de subtils arrangements de cordes, qui viennent se marier à sa voix aérienne. Pas de grands coups d’éclat, ici. Ce n’est pas la spécialité de la maison. Mais on a affaire à des chansons dans lesquelles on entre comme dans une parenthèse éthérée. Elle est là la force du projet : à défaut de surprendre d’un titre à l’autre, il se déploie avec une indéniable cohérence. Geneviève Bouchard

<em>Never Let Me Go, </em>Ghostly Kisses

Musique

Pick Me Up Off the Floor ***, Pop, Norah Jones

Des ses débuts, Norah Jones oscille entre les mélodies jazzées, les airs plus pop et des expérimentations moins mélodiques (The Fall, un de ses meilleurs albums en témoigne). Cette fois, l’ensemble reste plus dans sa zone de confort, ce qui fait son succès, avec des morceaux qui semblent familiers dès la première écoute. Il s’agit de pièces qui sont restées de côté lors de ses sessions d’enregistrement, notamment celles regroupées sur Born Again paru l’an dernier. Les réunir sur Pick Me Up Off the Floor n’est pas une mauvaise idée, d’autant qu’elles partagent une parenté évidente dans leur thématique de cheminement vers la lumière, peu importe que les chansons évoquent Dieu, le diable, le pays ou la planète — on retiendra la magnifique Heaven Above, composée avec Jeff Tweedy (Wilco). La voix demeure envoûtante, mais on se retrouve beaucoup trop en terrains connus pour réellement élever l’album à un palier supérieur. On espérait mieux. Éric Moreault

<em>Pick Me Up Off the Floor,</em> Norah Jones