Jimmy Lee

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Musique

Jimmy Lee, ****, R&B, Raphael Saadiq

Il aura fallu huit ans pour que Raphael Saadiq donne une suite au vibrant et coloré Stone Rollin’. L’attente en valait largement la peine. L’auteur-compositeur-interprète a passé l’essentiel de sa carrière solo à puiser à pleines mains dans le son Motown. Mais sur son prédécesseur et ce sixième album, sa maîtrise de ses sources d’inspiration est telle que chaque morceau sonne comme un classique, tout en étant résolument contemporain — le groove est d’enfer. R&B, soul, gospel et funk se fusionnent en un grand tout porté par la voix riche et chaleureuse de Saadiq. Le contraste est d’autant plus saisissant que son propos est parfois glaçant. Jimmy Lee fait référence à un grand frère aimé, décédé trop jeune. Pas de faux fuyants : Saadiq chronique la dépendance celui-ci (My Walk), tout comme il pleure un autre frère victime du sida (Glory to the Veins). Une œuvre intime qui dépeint l’Amérique actuelle avec lucidité. C’est beau. Éric Moreault

Musique

Au pays de Nana Mouskouri, ***, Country, Laurence Jalbert

Depuis sa tendre enfance, Laurence Jalbert voue un culte à Nana Mouskouri dont les chansons lui rappellent sa défunte mère. Aussi a-t-elle sauté sur le projet du producteur Mario Pelchat de revisiter à la sauce country quelques-uns des plus grands succès de la célèbre chanteuse. Un amalgame surprenant à prime abord, mais qui s’avère une belle surprise. Treize chansons que l’artiste d’origine gaspésienne livre avec une belle émotion, la main sur le coeur. De L’amour c’est comme l’été à La vague, moins connue mais chère à l’artiste, en passant par Soledad, Pour quelques centimes et, bien entendu, Le temps qu’il nous reste, l’album réalisé par Christian Turcotte se décline sur un rythme apaisant. Pour Dans le soleil et dans le vent et Mille raisons de vivre, la chanteuse a fait appel à deux membres de sa famille artistique, Mario Pelchat (également directeur artistique) et Paul Daraîche. Normand Provencher

Musique

Cet instant, ****, Chanson, La Grande Sophie

À l’aube de la cinquantaine, La Grande Sophie revient sur disque au sommet de son art. Choisissant de briser sa routine en délaissant sa fidèle guitare, l’auteure-compositrice-interprète s’est installée au piano pour créer les morceaux de Cet instant, un huitième album fort réussi. Entre une composition instrumentale toute en douceur et en fluidité (Huis clos), des titres plus pop où se mêlent organique et synthétique (la magnétique Une vie ou cette dansante Missive) et une a cappella d’une grande vérité, la Française exploite plusieurs cordes sur cette collection bien tassée de neuf pièces. La plume toujours aussi agile, La Grande Sophie va jusqu’à emprunter au slam (Hier, Cet instant) avec un flow duquel elle n’a pas à rougir. On reconnaît ici le talent et la sensibilité… et on salue la volonté de ne pas se répéter. Geneviève Bouchard

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Changer de trottoir, *** 1/2, Popp-rock, Raton Lover

En fondant le groupe Raton Lover, ses membres s’étaient donné le défi de produire trois albums en cinq ans. Avec la parution de Changer de trottoir, ils peuvent dire mission accomplie. Divisé en quatre chapitres — qui auraient pu, nous dit-on, être lancés séparément —, ce troisième opus nous ramène les ratons dans une facture plus aboutie que jamais. Assumant bien son côté «old school», la formation a peaufiné ses chœurs et soigné ses mélodies, qui ne boudent toujours pas ici et là ses élans progressifs. Traversés d’interrogations et de remises en question, les tableaux brossés par Raton Lover cultivent les contrastes : tantôt introspectifs (la pièce-titre et la très belle L’amour sans le deuil), tantôt colorés (dans le portrait musicalement léger de la déchéance d’un certain Marcel), tantôt plus rentre-dedans. On citera à ce sujet le brûlot Ta yeule, qui devrait faire mouche en spectacle et qu’on aura envie d’entonner en consultant certaines âneries qui défilent sur nos fils Facebook… Geneviève Bouchard