Ombres sur la Tamise *** 1/2. Roman, Michael Ondaatje

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Livre (photo principale)

Ombres sur la Tamise *** 1/2. Roman, Michael Ondaatje

Michael Ondaatje n’est pas un auteur très prolifique même s’il publie de la poésie entre ses romans. La table des autres, son plus récent, datait de 2011 (2013 dans sa traduction). Ombres sur la Tamise est donc un évènement rare, qu’il faut chérir. Le célèbre auteur canadien (L’homme flambé, Le fantôme d’Anil) remonte la piste des traumas de l’enfance sous la plume de Nathaniel. L’homme va consacrer une partie de sa vie d’adulte à enquêter sur les raisons qui ont poussé sa mère à l’abandonner, ainsi que sa sœur, pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les brumes de la mémoire, où tout est question de point de vue, le narrateur tente de séparer le bon grain de l’ivraie. Identité, filiation, trahison, amour sont conviés dans ce récit finement écrit et extrêmement documenté, mélange de drame familial et de suspense, qui se révèle petit à petit dans un arc dramatique bien tendu. Ça se dévore tout seul. Éric Moreault

***

Tout ça pour ça ***.  Hip-hop, Loud

Musique

Tout ça pour ça ***.  Hip-hop, Loud

Le succès récolté par la chanson Toutes les femmes savent danser — qui a réussi à franchir la frontière des radios commerciales — n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd… Un an et demi après la parution de son premier album à son nom (le bien nommé Une année record), le rappeur Loud est de retour avec Tout ça pour ça, un opus bien garni de refrains chantés et dont la facture flirte résolument avec la pop. La plume toujours bien affûtée — notre homme a le sens de l’image et jongle toujours aussi habilement avec les mots —, Simon Cliche-Trudeau revient sur l’ascension qu’il a vécue depuis qu’il s’est lancé en solo : le résumé de son parcours, la carrière qui explose, les voyages, la célébrité… On reprend en somme là où Une année record nous avait laissés, quitte à risquer une redondance dans les thèmes. On le sait, l’autoréférence fait partie du langage du rap. Mais on en vient quand même à se demander où cet agile auteur pourrait nous mener s’il sortait un peu de lui-même…  Geneviève Bouchard

***

L’origine de mes espèces **** 1/2. Chansons, Michel Rivard

Musique

L’origine de mes espèces **** 1/2. Chansons, Michel Rivard

Michel Rivard se met totalement à nu dans ce magnifique album où il revisite des souvenirs douloureux de son enfance et de sa jeunesse, auprès d’un père alcoolique et absent (et dont il doute qu’il soit le fils biologique) et d’une mère «qui n’avait pas le bonheur facile». La plupart de ses chansons, toutes à saveur autobiographique, sont de véritables petits bijoux. On pense à Maman Mélancolie, réminiscence mi-narrée mi-chantée d’une mère qui s’est fait dire un jour qu’elle chantait faux, mais pour le gamin qu’il était a toujours eu une voix juste (elle chantait juste/ elle chantait juste pour moi). Dans Un soir de semaine en 57, autre retour dans le passé pour raconter une tranche de vie d’une infinie tristesse sur un gamin qui «a mal aux choses [qu’il] ne comprend pas». Lui qui a si bien chanté Montréal avec Beau Dommage livre une émouvante Une ville, après tout, récit personnel de son départ de la Rive-Sud pour la métropole. Dans Tant pis si c’est une valse flotte un parfum de fin de carrière — lui qui avoue souffrir d’une maladie pulmonaire. L’album vient avec un livret renfermant non seulement les paroles de ses chansons, mais aussi les monologues qu’il décline sur scène, entre chacune d’entre elles. Venu présenter son spectacle à Québec la semaine dernière, Rivard sera de retour au Grand Théâtre les 3 et 4 avril 2020. On ne saurait trop vous le recommander.  Normand Provencher

***

Hubert Reeves nous explique la forêt ***. Bande dessinée, Hubert Reeves

Livre

Hubert Reeves nous explique la forêt ***. Bande dessinée, Hubert Reeves

Vulgarisateur hors pair, l’astrophysicien et grand défenseur de l’environnement Hubert Reeves propose cet autre volet d’une série de bandes dessinées pédagogique visant à sensibiliser les jeunes à l’importance de la préservation de la nature. Instructif et de belle facture, l’album transporte le lecteur au cœur de la forêt des Ardennes, qui chevauche la France et la Belgique. Reeves nous fait voir d’un autre œil ce formidable écosystème, s’appuyant sur les plus récentes découvertes scientifiques sur les arbres. Reeves fait également connaître les initiatives déployées par certains pays pour conserver et mettre en valeur leurs forêts. Un livre qui donne envie d’aller prendre un «bain de bois», comme disent les Japonais, et d’enlacer un arbre pour se reconnecter à sa vitalité. Faut-il le rappeler, plus de la moitié de la population mondiale habite aujourd’hui en ville.  Normand Provencher

***

Entre vin et vinaigre (Wine County) ** 1/2. Comédie, Amy Poehler

Film

Entre vin et vinaigre (Wine County) ** 1/2. Comédie, Amy Poehler

S’il existe un créneau pour les «films de filles» («chick flick»), celui déposé récemment sur Netflix par l’actrice, humoriste et désormais réalisatrice Amy Poehler tombe dans la case encore plus restreinte du «film de madames». Entre vin et vinaigre (Wine Country) nous amène dans la vallée de Napa, où six amies de longue date se rassemblent pour célébrer les 50 ans de l’une d’elles. Chacune fuit ainsi son quotidien — une marmaille qui demande beaucoup, un mari décevant, une carrière sous pression, une certaine solitude, une récente perte d’emploi, etc. —, mais sans vraiment réussir à s’évader. Le vin coulant à flots, elles en viendront à se dire leurs quatre vérités. Dans cette première réalisation, Poehler interprète le rôle central auprès de complices qu’on a comme elle connues à Saturday Night Live (Maya Rudolph et Tina Fey, notamment). Dans ce qui se décline comme une ode à l’amitié qui n’a pas peur des clichés, on a l’impression de se retrouver dans une comédie d’ados, mais sur le retour d’âge. Le long métrage comporte au final quelques moments sympathiques, mais pour reprendre l’analogie vinicole, c’est loin d’être un grand cru.  Geneviève Bouchard

***

Passages *** 1/2. Folk Justin Rutledge

Musique

Passages *** 1/2. Folk Justin Rutledge

Depuis 10 ans, soit la sortie de Man Descending, j’écris que Justin Rutledge est un trésor caché du ROC (Rest of Canada). Compositeur accompli et, surtout, chanteur doté d’une superbe voix, le Torontois trace le même sillon folk rock avec Passages. Son huitième album n’est peut-être pas aussi ciselé que son splendide Early Widows (2012), il n’en demeure pas moins un magnifique recueil de chansons inspirées et inspirantes. Il y a cinq ans, Rutledge a endisqué une compilation de morceaux des Tragically Hip (Daredevil). Il ne faut pas se surprendre si Rob Baker, le guitariste principal du groupe-culte, s’est joint à lui. Rien de spectaculaire, mais terriblement efficace. Dépouillé, Passages présente une facture presque acoustique qui vient soutenir, sans jamais l’éclipser, le chant de l’Ontarien. Difficile de faire mieux.  Éric Moreault