Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Musique

La mort des étoiles, ****, Chanson, Les Sœurs Boulay

Si on a eu un album solo de Stéphanie Boulay à se mettre sous la dent pendant la pause du duo qu’elle forme avec sa frangine Mélanie, force est d’admettre qu’elles nous ont manqué, Les Sœurs Boulay. Depuis 2013. les deux auteures-compositrices-interprètes creusent un sillon bien à elles, tout en délicatesse, en féminité et en honnêteté. Avec La mort des étoiles, elles proposent un retour sur disque plus que convaincant, elles qui laissent leurs racines folk prendre de l’altitude, propulsées par de splendides arrangements de cordes et de cuivres signés Antoine Gratton. La plume imagée et la voix à la fois forte (dans le propos) et douce (dans le rendu, toujours aussi harmonieux), Les Sœurs Boulay offrent ici plusieurs spécimens chansonniers plus que relevés, entre l’hymne féministe Au doigt, la sympathique ode à la jeunesse La fatigue du nombre, la puissante Nous après nous ou l’enlevante Je rêve. Geneviève Bouchard

Musique

Fear Inoculum, ****, Métal-prog, Tool

Tool est un cas à part dans le monde du métal depuis ses débuts. La formation américaine a toujours eu de l’ambition artistique — Ænima (1996) et Lateralus (2001) sont deux des meilleurs albums des années 90-00. Après un silence discographique de 13 ans, la troupe menée par l’excellent chanteur Maynard James Keenan est enfin de retour! Fear Inoculum poursuit l’exploration de 10 000 Days, amalgame de métal-prog, de rock alternatif et de longues envolées atmosphériques — ce cinquième album de 80 minutes ne comprend que dix pièces. Et même là, le quatuor aurait pu écarter les courts morceaux Litanie contre la peur et Chocolate Chip Trip, dont le titre du dernier révèle ses couleurs… Ce qui ne gâche rien de l’expérience de cet essai aussi impeccable qu’intense où Keenan poursuit sa critique sociale (Descending), tout en offrant un message d’espoir (Pneuma). Du grand art. Éric Moreault

Musique

Free, ***, Rock, Iggy Pop

Il y a trois ans, Iggy Pop a enregistré le meilleur album de son illustre carrière (avec Josh Homme de Queens of the Stone). La tournée qui a suivi Post Pop Depression l’a laissé dans un état vaguement dépressif — admirez l’ironie —, mais, dit-il, libre pour la première fois de sa vie. D’où le titre de ce 18e album et les décisions artistiques qui viennent avec. Soit chanter les mots des autres plutôt que les siens, du regretté Lou Reed sur We Are the People ou du poète Dylan Thomas sur Do Not Gentle Into That Good Night, mais aussi musicalement. L’Iguane a préconisé les mélodies downbeat et les atmosphères jazzées, gracieuseté du jeu agile du trompettiste Leron Thomas. Pas mauvais du tout. Mais on entend une certaine lassitude dans la voix. S’il s’agit du chant du cygne du légendaire punk-rockeur, Free ne marquera malheureusement pas les esprits. Éric Moreault

Livre

Rabaskabarnak, *** 1/2, Roman, Éric St-Pierre

Le titre de ce petit ovni littéraire a de quoi faire sourire et son contenu encore davantage. Décrit comme «une dystopie floklorico-futuriste turbotrash féministe (et plus)», ce roman d’Éric St-Pierre nous amène dans un Québec post-apocalyptique où les hommes et les femmes vivent en ségrégation et se livrent une guerre ouverte depuis qu’ils ne réussissent plus à procréer (pas ensemble, du moins). La rencontre d’une jeune chasseuse et d’un mystérieux garçon de son âge ouvrira peut-être une porte sur un changement de l’ordre établi… Mais disons que personne ici n’est au bout de ses peines! Au menu de cette plaquette qui se lit en un éclair : des références au folklore d’ici joyeusement passées dans le tordeur, quelques scènes qui ne sont pas pour les cœurs sensibles et, surtout, des dialogues ultra-rythmés aussi truculents que savoureux, truffés de sacres, d’insultes et d’anglicismes… Bref, de tout ce qu’on imagine sortir de la bouche de Québécois qui survivent à la fin du monde. Geneviève Bouchard