Le pianiste Marc-André Hamelin a interprété le Concerto pour la main gauche en ré majeur de Maurice Ravel, composé pour Paul Wittgenstein, amputé du bras droit pendant la Première Guerre mondiale. C’est ironiquement la main droite du musicien, au repos le long de son corps, qui était donnée à voir aux spectateurs pendant le concerto.

OSQ: fin de saison faste à souhait

CRITIQUE / La saison de l’Orchestre symphonique de Québec se termine sur un programme faste dédié à la musique française, avec tambours et trompettes sonnantes, une émouvante main gauche et une baguette qui doit être bien étourdie par toutes les acrobaties que lui a fait faire le chef Fabien Gabel.

La main évoquée plus haut est celle du pianiste Marc-André Hamelin, qui a interprété le Concerto pour la main gauche en ré majeur de Maurice Ravel, composé pour Paul Wittgenstein, amputé du bras droit pendant la Première Guerre mondiale. C’est ironiquement la main droite du musicien, au repos le long de son corps, qui était donnée à voir aux spectateurs pendant le concerto. Il fallait imaginer les acrobaties de la gauche, plaquant d’abord des accords graves et résonnants pour répondre à l’orchestre, puis gagnant en légèreté et en habileté au fil d’une discussion de plus en plus complexe. La ligne de piano semble tour à tour dégringoler au son d’un tictac, mimer une marche entêtée pour répondre à une mélodie de boîte à musique ou se fondre dans la masse des instruments pour mieux resurgir. Une mélodie particulière, qui revient deux fois, était d’une beauté troublante, de celle sertie d’une fine douleur, qui pince un peu le cœur. Hamelin a livré le tout tel un enchanteur, attentif au chef et à l’orchestre, pleinement habité par la musique qui semble le traverser tout entier.

Le concert faisait l’objet d’un enregistrement dédié à la musique française qui paraîtra l’automne prochain sous l’étiquette ATMA (une seconde prise sera enregistrée demain). Le public observait un silence obéissant et avait gentiment été prévenu de ne pas applaudir entre les mouvements, ce qui enlevait la jolie spontanéité des grappes d’applaudissements qui surgissent parfois, sur le coup d’un passage particulièrement enlevant.

Airs de parade

Ceux-ci faisaient légion mercredi. Au point que pendant la dernière pièce au programme, La Gaîté parisienne, qui réunit diverses mélodies de Jacques Offenbach, on en était presque étourdi à force de voir se succéder les airs de parade, de carnaval et de course folle remplis d’effets éclatants. La surenchère n’était pas le fait de l’exécution, qui avait toute la rigueur cartésienne et l’émotivité débridée qu’il faut pour interpréter ce genre de pièce. Chaque virage, chaque intonation, étaient réglés au quart de tour sous la baguette experte de Fabien Gabel. La passion du chef pour ce répertoire transparaissait dans les moindres gestes de sa danse savante, sautillante et pleine d’arabesques.

Le bal a été lancé par Valses nobles et sentimentales de Ravel, un cortège de morceaux qui donnaient l’impression d’assister à un film sans images. De brutes lenteurs dans une escalade presque burlesque aurait eu leur place dans un film de Fellini. Un air sinistre et mystérieux, porté par la flûte, installait une ambiance à la Hitchcock... Les cuivres et les percussions brillaient de tous leurs feux, mais avaient aussi leurs moments de doux. 

Après l’entracte, Les Biches de Poulenc, qui raconte les chassés-croisés libertins d’un salon cossu, où les dames et les jeunes coqs s’acoquinent, et La Gaiété parisienne, qui puise à l’effervescence d’un café parisien bondé et joyeux, installait une fête perpétuelle, où seuls quelques moments plus lents permettaient de reprendre notre souffle. 

Ce programme entendu mercredi sera présenté jeudi à 10h30 au Grand Théâtre, sans le Concerto pour la main gauche de Ravel.