Steve Gagnon mise sur la proximité avec le public et il ne laisse jamais le lien se briser, interpelant directement les spectateurs ou allant intensément les chercher du regard.

«Os – La montagne blanche»: du deuil à la lumière

CRITIQUE / Steve Gagnon boucle un cycle de création de manière à la fois costaude et conviviale avec la pièce «Os – La montagne blanche», présentée ces jours-ci à la Maison pour la danse. Les yeux dans les yeux avec un public qui le suit littéralement dans l’aventure, l’auteur et comédien y propose une captivante rencontre d’abord ancrée dans le deuil, mais qui sait s’envoler de lumineuse façon.

Dans ce troisième pan d’une trilogie lancée il y a une dizaine d’années autour de personnages en quête de refuges, Steve Gagnon se glisse dans la peau d’un archéologue en deuil de sa mère. Avec la disparition de celle-ci, il se trouve devant plus de questions que de repères. Comment devenir un homme fort quand sa figure paternelle ne lui a enseigné que violence et lâcheté et que la mère, dans le regard de qui il se définissait, n’est plus? 

Il trouvera certaines réponses en Colombie, auprès d’une dame qui lui fera vivre un rituel qui s’avérera libérateur. Parce qu’il est aussi beaucoup question de legs et de traditions — celles qu’on crée, celles qui ont perdu leur sens — dans cette pièce lucide et teintée d’urgence. 

Saluons ici la vivacité de la plume et le sens de l’image de Steve Gagnon, qui brode une poésie foisonnante, parfois brute, mais aussi faite de grandes envolées. Et l’auteur donne tout ce qu’il a dans la livraison de ce texte exigeant, qui passe par une montagne russe d’émotions. 

Spectateurs debout

Dans une mise en scène de Denis Bernard, Os se déploie à mi-chemin entre le concert — deux musiciens accompagnent d’ailleurs l’acteur, — et la pièce de théâtre. Conviés dans une salle dépouillée de sièges, les spectateurs sont invités à se déplacer au fil de la pièce, alors que Steve Gagnon interprète son texte de plusieurs stations selon les lieux et les époques qui s’entremêlent dans son monologue. 

Avec beaucoup de naturel, l’auteur lui-même prend soin de mettre la table et d’expliquer le déroulement du spectacle en début de soirée. La complicité est immédiate. Et elle ne s’effritera pas quand il entrera dans son personnage : l’acteur mise sur la proximité avec le public et il ne laisse jamais le lien se briser, interpelant directement les spectateurs ou allant intensément les chercher du regard. Le public de la première s’est bien montré un peu timide quand est venu le temps de faire quelques pas de danse… Mais on ne peut nier que Steve Gagnon a fait montre d’une présence scénique remarquable. 

Dernier spectacle de la saison nomade du Périscope (qui pourra nous dit-on réintégrer son théâtre à temps pour le dévoilement de sa prochaine programmation, en juin), la pièce Os – La montagne blanche est présentée à la Maison pour la danse jusqu’au 5 mai.