Olivier Martineau reprend l’avant-scène avec «Parfa», un deuxième solo où il prouve que son regard ne s’est pas adouci. Avançant à vitesse grand V, il ne ménage pas grand monde dans ce spectacle qui se décline un peu comme une ode à la grivoiserie.

Olivier Martineau: ode à la grivoiserie

CRITIQUE / Cinq ans après un premier «vrai» one-man-show où il se targuait «d’haïr tout le monde égal», Olivier Martineau reprend l’avant-scène avec «Parfa», un deuxième solo dont la première a été présentée mardi à la salle Albert-Rousseau et où il prouve que son regard ne s’est pas adouci. Avançant à vitesse grand V, il ne ménage pas grand monde dans ce spectacle qui se décline un peu comme une ode à la grivoiserie.

«On clanche, à soir, on clanche!» a lancé d’entrée de jeu le comique avant d’offrir une seconde mise en garde : «Je vais vous choquer à soir. Vous êtes prévenus». Verdict? Le verbomoteur n’a pas menti en ce qui concerne la première annonce. Quant à la seconde, elle met la barre (trop?) haute pour la suite. On ne s’adresse certes pas aux oreilles chastes, mais il n’y a pas non plus de quoi écrire à sa mère. Même qu’après un tel avertissement, le grand brun aurait pu se permettre d’aller encore plus loin.

Sa pire «offense» est peut-être d’oser une référence à l’affaire Mike Ward/Jérémy Gabriel. «Je ne l’ai pas nommé!» se défendra-t-il avant de s’assumer pleinement : «Qu’il me poursuive. Il va voir que c’est pas mal moins drôle de poursuivre quelqu’un qui n’a pas d’argent...»

Olivier Martineau prend pour prétexte une imperfection — voire une médiocrité — ambiante dont on se satisfait pour passer dans le tordeur plusieurs comportements ou phénomènes qu’il juge absurdes, obsolètes, inutiles ou déplacés.

La mi-trentaine sonnée, l’humoriste est trop jeune pour se faire répondre «OK, boomer» par ses fans au début de la vingtaine. Il a néanmoins pris l’une d’elle à témoin (une dénommée Marie-Thérèse) pour écorcher certaines tendances qui l’irritent en vieillissant : les égoportraits, l’obsession du regard des autres et les influenceurs, notamment. «Plus les humains ont accès à la technologie, moins ils ont de jugement», observera notre homme au débit vertigineux, qui s’est presque cassé la voix à la première de mardi.

Entre la patience qui s’effrite, les perspectives qui changent (notamment sur les «films de fesses») et de nouvelles préoccupations qui se développent (de la perte des cheveux à la guerre aux écureuils), l’idée de vieillir sert d’ailleurs de moteur à plusieurs blagues.

L’humoriste carbure aussi à la lutte contre la rectitude. Le fameux «on ne peut plus rien dire» lui sert de tremplin, qu’il parle de sexe ou de religion. Pour reprendre sa formulation, les «jokes de graines» sont légion dans son nouveau spectacle. Ce n’est pas tant la vulgarité qui dérange, ici : on a eu l’occasion d’entendre bien pire. Plutôt une certaine redondance qui s’invite dans le spectacle.

Mise en scène — l’idée d’imperfection est quand même au cœur du spectacle — ou nervosité de première, Martineau s’est présenté sur scène avec des notes, mardi. S’il s’est à quelques reprises enfargé dans son texte, son inébranlable sens de la répartie l’a toujours fait retomber sur ses pieds au fil de ce monologue qui défile à vive allure. Dommage toutefois que certains segments aient déjà été vus par les spectateurs (et téléspectateurs) du festival ComédiHa! . Idem pour la finale en chansons, qui avait parfois des airs de déjà-entendu. Rien d’impardonnable, mais la force de frappe de ce spectacle tout neuf s’en trouve un peu amoindrie.

Olivier Martineau présentera Parfa en supplémentaires le 24 mai et le 21 novembre.