Le gouvernement de Chypre a alloué à Invest Cyprus un budget annuel de 25 millions d’euros prévoyant des mesures telles que des crédits d’impôt ou le remboursement de 35% des dépenses effectuées sur le sol chypriote.

«Olivewood», studio chypriote à ciel ouvert pour les superproductions

NICOSIE — Nicolas Cage, maître de jiu-jitsu, qui combat un extraterrestre au pied d’une falaise près de Nicosie, une montgolfière lestée d’Américains à court de gaz au large de Limassol: bienvenue dans les décors de cinéma chypriotes d’»Olivewood».

«Puisque Chypre est un studio à ciel ouvert, pourquoi ne pas stimuler l’intérêt d’une industrie qui brasse des milliards de dollars ?», justifie Michalis Michael, président d’Invest Cyprus, un organisme chypriote chargé d’attirer sur l’île les producteurs étrangers.

Le gouvernement de Chypre a alloué à Invest Cyprus un budget annuel de 25 millions d’euros prévoyant des mesures telles que des crédits d’impôt ou le remboursement de 35% des dépenses effectuées sur le sol chypriote. L’objectif est d’attirer 70 millions d’euros d’investissement de la part de sociétés de production étrangères.

Un comité de sélection dans lequel le ministère du Tourisme est représenté décide des projets cinématographiques pouvant bénéficier de ces aides, qui figurent parmi les plus avantageuses en Europe.

Champs d’oliviers, plages paradisiaques, «montagnes qui évoquent la mythologie», nourriture «incroyable» - particulièrement le yaourt traditionnel, selon l’acteur américain Nicolas Cage: l’île d’Aphrodite suscite des louanges au sein des équipes des deux premiers films retenus, «Jiu Jitsu» et «S.O.S: Survive or Sacrifice», tournés en juillet.

Depuis la mise en place du dispositif en juin 2018, après des années de tentatives avortées, tous les projets candidats, à savoir trois Américains et un Chypriote, ont été approuvés et deux autres sont en discussion.

Hollywood inaccessible 

Invest Cyprus est bien conscient du manque d’infrastructures, mais estime qu’il est notamment compensé par les courtes distances entre les paysages variés de l’île.

Pour Martins Rozitis, directeur de la société chypriote dédiée à «S.O.S: Survive or Sacrifice», ce manque est réel et «nous en pâtissons, mais les gens sont très enthousiastes et les sociétés de location commencent à fournir l’équipement nécessaire».

Derrière lui, quatre acteurs, deux Américains, un Indo-Britannique et une Chypriote, répètent leur rôle face à la mer, sur fond bleu, suspendus à une grue dans la nacelle d’une montgolfière... importée de Russie.

Chypre n’a «pas encore l’infrastructure, mais nous l’avons apportée avec nous», relativise Dimitri Logothetis, producteur et réalisateur qui a grandi à Los Angeles. «Nous créons nos propres studios partout où nous allons», dit-il en montrant les chariots de travelling installés pour le tournage de la scène finale de «Jiu Jitsu».

Et la situation peut évoluer: M. Logothetis fait remarquer que «la Bulgarie et la Roumanie n’avaient rien il y a quelques années», mais qu’aujourd’hui ces deux pays ont «d’énormes studios».

Chypre a l’avantage d’être abordable, relève le producteur. À Hollywood, les 24 millions d’euros de budget du film qu’il tourne «n’auraient pas suffi».

Après avoir envisagé plusieurs pays d’Europe de l’Est aux conditions financières alléchantes, il a finalement choisi de poser sa caméra à Chypre après un tour de l’île organisé par Invest Cyprus à l’automne, auquel participaient des dizaines d’autres producteurs étrangers.

Et «les petits films»? 

Pour Chypre, l’intérêt d’attirer des sociétés de production étrangères est multiple.

D’un côté, l’île profite de la création d’emplois.

De l’autre, les Chypriotes acquièrent la possibilité de se former sur des tournages, relève Diomides Nikita, du département cinéma du ministère de l’Éducation et de la Culture. Sur celui de «Jiu Jitsu», l’équipe est à 65% originaire de l’île.

«Pour aller plus loin, nous aurions besoin d’écoles (...), mais aussi de studios, pas seulement pour les grosses productions, mais aussi pour les petits films», tempère le cinéaste Longinos Panagi, membre du comité de la guilde des réalisateurs chypriotes.

Il regrette que le plan «Olivewood» n’ait pas été précédé d’investissements dans une infrastructure durable.

Son compatriote Marios Piperides, primé au festival de Tribeca à New York en 2018 pour «Smuggling Hendrix», espère pour sa part pouvoir postuler auprès d’Invest Cyprus d’ici la fin de l’année pour un long-métrage qu’il produit.

Auparavant, il n’a pu bénéficier à Chypre que d’aides du ministère de l’Éducation et de la Culture, dont le budget alloué aux subventions est 20 fois inférieur à celui d’Invest Cyprus.

«Il va y avoir une complémentarité des deux dispositifs», explique M. Nikita, du ministère. «Mais on aura toujours besoin de plus d’argent pour promouvoir le cinéma européen.»

Assis dans un fauteuil de la seule salle de la capitale projetant régulièrement des films indépendants, M. Piperides espère qu’»Olivewood» stimulera l’intérêt des Chypriotes pour le 7e art et pas seulement pour les superproductions.

C’est pourtant bien cette dernière catégorie de films qu’Invest Cyprus cible, des grosses productions dotées de budgets de 35 à 50 millions d’euros... sans commune mesure avec les projets du cinéma chypriote (1,3 million pour «Smuggling Hendrix»).

En témoigne le prochain tournage prévu à Chypre par Dimitri Logothetis, conquis par l’île et ses avantages financiers: un film d’action écrit par le scénariste de «Fast and Furious», une franchise à 5,3 milliards d’euros.