«J'avais fait de la place dans ma vie pour ça. Après tout ce que j'ai vécu ces dernières années, c'est un beau cadeau», indique Bernard Labadie, qui a combattu un lymphome pendant deux ans.

Nouvelle aventure new-yorkaise pour Labadie

Lorsque Bernard Labadie a annoncé, en 2013, qu'il quitterait sa fonction de directeur des Violons du Roy, c'était entre autres pour ouvrir la porte à de nouveaux engagements. Il semble que son souhait est en train d'être exaucé, puisqu'il vient d'être nommé chef principal de l'Orchestra of St. Luke's, un orchestre de chambre de New York.
«J'avais fait de la place dans ma vie pour ça. Après tout ce que j'ai vécu ces dernières années, c'est un beau cadeau», indique le chef, qui a combattu un lymphome pendant deux ans.
Il sera chef principal à partir de la saison 2018-2019 pour quatre ans. Le chef était en discussion avec l'Orchestra of St. Luke's depuis plusieurs mois. Sa nomination a été confirmée en janvier, mais n'a été rendue publique que mercredi après-midi.
«Il faut dire que c'est une structure un peu particulière, l'orchestre est entièrement géré par les musiciens. Ils n'ont pas de directeur musical comme tel, le poste qu'ils me confient est le plus élevé réservé à un chef», explique Bernard Labadie, qui nous a accordé un entretien mardi matin avant de s'envoler pour New York. 
Une première rencontre officielle avec le président de l'Orchestra of St. Luke's a eu lieu à Cleveland l'été dernier et des gens de l'organisation sont venus à l'une représentation du Messie de Handel dirigée par Bernard Labadie en décembre dernier. 
«Ils était intéressés à voir non seulement ce que je fais comme chef invité, mais aussi à voir ce que nous avions bâti à Québec avec La Chapelle et les Violons du Roy [qu'il a fondé en 1984]. C'est un modèle qui les intéressait beaucoup, parce qu'il y a quand même plusieurs similitudes avec leur orchestre», indique le chef.
Bernard Labadie (à droite) sera chef principal à partir de la saison 2018-2019 pour une durée de quatre ans de l'Orchestra of St. Luke's. Sur cette photo, il est accompagné du président-directeur général de l'orchestre new-yorkais, James Roe.
L'Orchestra of St. Luke's ne produit pas lui-même ses concerts, il est engagé par divers présentateurs. «L'événement phare de leur saison est la série de trois concerts qu'il présente au Carnegie Hall et qui sera le coeur de mes activités avec eux», annonce M. Labadie, qui dirigera aussi l'ensemble au Caramoor Summer Music Festival, qui se tient chaque année à Katonah, à 80 km au nord de New York. Il y dirigera un programme «modeste, de présentation, d'introduction», dédié à la musique de Mozart le 2 juillet prochain. Son premier engagement comme «chef principal désigné» aura lieu à Carnegie Hall le 7 décembre.
«Ce n'est pas un engagement avec un nombre gigantesque de concerts, mais c'est la partie la plus exposée, la plus prestigieuse de ce qu'eux font pendant l'année, indique-t-il. Pour moi, c'est un engagement qui arrive à point, c'est un nouveau défi, quelque chose de très excitant, mais qui n'exige pas que je passe six mois par année à New York. Compte tenu de tout ce qui s'est passé dans ma vie ces dernières années, c'est exactement le type d'engagement qui me convient.»
Bernard Labadie continuera de diriger des programmes composés de musique des époques baroque et classique et du début de l'époque romantique. «Ils sont venus me chercher pour ça, ils voulaient quelqu'un dont c'était la spécialité», souligne M. Labadie, qui voit des similitudes entre son profil et ceux des chefs Roger Norrington et Charles Mackerras, qui ont dirigés l'Orchestra of St. Luke's dans les années 90. Le chef québécois succèdera à Pablos Heras-Casados, qui navigue entre le baroque, le classique et le répertoire plus tardif.
L'Orchestra of St. Luke's joue sur des instruments modernes, avec une technique semblable à celle des Violons du Roy, mais sans utiliser des archets d'époque. Il a été fondé en 1974 et compte encore dans ses rangs plusieurs membres fondateurs. La formation est à géométrie variable, qui va de deux à soixante musiciens selon les pièces présentées. «Il y a beaucoup de souplesse, c'est un vrai vivier», note M. Labadie. 
L'orchestre est responsable du DiMenna Center, «un édifice assez incroyable, multifonctionnel, pour la musique acoustique, avec un immense studio de répétition équipé à la fine pointe de la technologie où on peut faire des enregistrements de musiques de film, un système de son qui permet de créer l'acoustique qu'on veut, c'est très impressionnant», s'enthousiasme le chef. 
S'il n'y a pas d'enregistrement prévu pour l'instant, M. Labadie pourrait toutefois être impliqué dans d'autres activités de l'orchestre, qui a un programme éducationnel important.
Le chef a dirigé l'orchestre en répétition. «Ça a plus que cliqué, je dirais que le feu a pris!», illustre-t-il. «Même si c'est un orchestre que je n'ai jamais dirigé, il y a beaucoup de musiciens [qui en font partie] avec lesquels j'ai travaillé dans d'autres contextes. Ce n'est pas un groupe qui m'est totalement inconnu.»
Bernard Labadie demeure chef fondateur des Violons du Roy, qu'il dirigera en tournée nord-américaine la saison prochaine, et directeur musical de la Chapelle de Québec, qu'il a l'intention de faire chanter avec l'Orchestra of St. Luke's pour «au moins un programme par année à Carnegie Hall. J'ai travaillé très fort pour rehausser le profil de la Chapelle et leur permettre d'en faire plus et à l'extérieur de Québec. Pour moi, c'est une plus-value très intéressante», souligne-t-il.