À la douleur que j'ai

Notre meilleur de la danse

1. À la douleur que j’ai de Virginie Brunelle, 14 mars 2018 à la salle Multi

Virginie Brunelle signait une proposition bouleversante avec À la douleur que j’ai, où ses mots, empruntés à Nelligan, rencontraient les pastels et les sourires figés des films de Wes Anderson. La douleur sublimée, les étreintes ratées, l’émotivité brûlante, ce spasme de vivre, dans ce portrait humain pluriel, fulgurant et grinçant tout à la fois nous a ravi. La danse y était toute puissante, palpitante, volubile, sur une trame sonore qui entrecroisait les silences assourdissants et des pièces de musique classique, qu’on ne verra plus jamais de la même façon.

Sutra

2. Sutra de Sadler’s Wells, 1er mai au Grand Théâtre de Québec

Formidable leçon d’équilibre, Sutra, de Sidi Larbi Cherkaoui, rassemblait des moines du temple Shaolin, des musiciens et le chorégraphe lui-même dans une rencontre entre kung-fu et danse contemporaine. L’activation d’un impressionnant jeu de blocs conçu par le sculpteur et plasticien Antony Gormley avait tour à tour la grâce d’un ballet et la brutalité d’une manœuvre industrielle. Les cinq musiciens, placés derrière un voile blanc, donnaient un souffle magnifique et obsédant à la prestation. Une belle métaphore de toutes les luttes, intérieures et extérieures, qui nous forgent.

Le cri des méduses

3. Le cri des méduses de Alan Lake Factori(e), 4 avril au Grand Théâtre de Québec

Comme un lent empoisonnement, la création du chorégraphe et plasticien Alan Lake gris fixait sur la rétine des tableaux vivants, dégoulinants, monstrueux, sublimes. Les images nous atteignaient en vagues successives, tour à tour obscures et saisissantes. Les corps des neuf danseurs formaient, au fil de la chorégraphie, les monstres les plus fabuleux. Nous avons été marqués par les pyramides successives, noueuses, organiques et truffées de postures tragiques. Les corps violemment aspergés d’eau salie, tendrement lavés, frottés de terre ou encore enduits d’or créaient des images obsédantes.

P.artition B.lanche

4 P.artition B.lanche du Fils d’Adrien danse, 13 février à la Bordée

Dans P.artition B.lanche, Harold Rhéaume et, aux lumières, Lucie Bazzo, ont orchestré tout un jeu d’apparitions et de disparitions grâce à des éclairages en clair-obscur; des noirs profonds qui avalent les corps et des douches de lumières vers lesquelles les visages et les mains se tendent. Dans cette ambiance de cauchemar, même dans les étreintes les plus rudes, les interprètes ne serraient jamais les dents ni les poings. Voir ces visages tendus vers l’autre, sans appréhension, et ces corps qui se retiennent, se propulsent et s’accueillent, malgré la complexité, la noirceur, les tiraillements, faisait un bien fou.