Webster, alias Aly Ndiaye, souhaite pour 2020 un Québec plus inclusif, où l'ignorance et la peur seront moins présentes.

Nos personnalités de l'année: Webster

L’artiste hip-hop Aly Ndiaye, alias Webster, a continué en 2019 à faire tomber les barrières entre les communautés culturelles, notamment à travers des conférences sur l’histoire de l’esclavagisme noir au Québec. Grand ambassadeur de la langue française, il voyage un peu partout dans le monde pour présenter des ateliers d’écriture à travers le rap. L’année qui se termine aura vu son exposition «Fugitifs» faire son entrée au musée.

Q Quel est ton meilleur souvenir de 2019?

R Mon exposition Fugitifs au Musée national des beaux-arts du Québec. C’était la première fois que je mettais sur pied une exposition. J’ai eu l’impression de rentrer par la grande porte. Je l’ai construite à partir des annonces d’esclaves en fuite publiées dans les journaux, à la fin du 18e siècle. Les fugitifs étaient décrits de façon très précise dans leur physionomie et leur habillement. Ça donnait une idée de l’apparence des esclaves noirs à Québec à l’époque. Ça démontrait aussi toute leur résistance à l’esclavage. Je suis très fier d’avoir contribué à mieux faire connaître ces histoires. L’exposition a permis de toucher beaucoup plus de monde que mes conférences sur le sujet.

Q Quel a été ton coup de cœur artistique ou culturel cette année et pourquoi?

R Christian Scott, au Festival de jazz de Québec. Scott est un trompettiste que j’aime beaucoup et dont je suis la carrière depuis longtemps. C’était très cool de le voir en spectacle à Québec. Je l’ai découvert la première fois sur Internet, et la seconde, lors de mon passage à l’émission sur le jazz de Gilles Chaumel, à CKRL. J’admire sa dextérité à la trompette. Dans sa manière de jouer avec les ambiances, tu retrouves un côté très hip-hop, mais en dehors des clichés qu’on est habitués d’entendre.

Webster à l'occasion de l'exposition «Fugitifs», présenté au Musée national des beaux-arts du Québec.

Q Une déception en 2019?

R La loi 21 et les attaques du gouvernement caquiste sur l’immigration. Pour moi, la loi 21 est une loi ségrégationniste. Je trouve difficile de voir autant de gens l’appuyer et ne pas être outrés. Nous vivons une époque où les gouvernements populistes misent sur la peur pour se faire élire. Le gouvernement caquiste a fait une grande partie de sa campagne électorale sur l’immigration et la soi-disante peur de l’immigrant. La loi 21 s’attaque à un non-problème. La communauté musulmane est une minorité au Québec. On sait clairement que ça vise les femmes voilées. La peur de l’autre vient de la méconnaissance et de l’ignorance, qui sont deux choses différentes. Il y a une certaine ouverture dans la méconnaissance, mais on s’enferme dans l’ignorance, sans porte de sortie. Le gouvernement a joué sur cette peur et a passé des lois sur des personnes déjà vulnérables socialement. Ça leur permet de montrer qu’ils ont des dents et de remplir leurs promesses sur le dos d’une minorité de personnes. Je trouve ça affreux, vraiment.

Q Que te réserve 2020?

R J’ai beaucoup d’ateliers jusqu’en juin. J’enseigne l’utilisation créative du français à travers le rap, dans les écoles secondaires partout au Québec. Ça me permet d’entrer en contact avec les jeunes et leur transmettre ma passion. Je vais aussi au Nunavut à la fin de février avec le groupe de jazz Five for Trio. Je vais donner là-bas des conférences sur l’histoire.

Q Ton souhait pour 2020 et pourquoi?

R Moins de peur, moins d’ignorance, plus de connaissances. Le vivre-ensemble ce n’est pas assez, ça donne une impression de statu quo. On peut vivre ensemble, mais chacun de son côté. Il faut aller au-delà pour grandir et construire ensemble un Québec plus inclusif, en éliminant la peur et l’ignorance.