La cinéaste Myriam Verreault (à gauche) et l’auteure Naomi Fontaine ont présenté le film «Kuessipan» au dernier Festival de cinéma de la ville de Québec, où il a reçu le prix du meilleur long-métrage.

Nos personnalités de l'année: Myriam Verreault

RETOUR SUR 2019 / Après avoir travaillé sur quelques projets traitant de la question autochtone, Myriam Verreault a vu son second film «Kuessipan» recevoir l’honneur du prix du meilleur long-métrage au Festival de cinéma de la ville de Québec.

Originaire de Loretteville, où elle a tourné À l’ouest de Pluton, en 2009 (coréalisé avec Henry Bernadet), la cinéaste est tombée en amour avec le roman éponyme de Naomi Fontaine qui traite d’une amitié entre deux adolescentes innues (Sharon Fontaine-Ishpatao et Yamie Grégoire), mise à rude épreuve par le parcours de vie différent que chacune choisit d’emprunter.

Q Quel est ton meilleur souvenir de 2019?

R Le tapis rouge de la première de Kuessipan à place D’Youville pendant le Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Un moment chargé d’émotions dont je me souviendrai toute ma vie. Nous étions en famille, la grande famille Kuessipan était là, fière et soudée, pour cette occasion unique. J’ai descendu la rue d’Auteuil avec les acteurs et leurs proches, bras dessus, bras dessous. La musique de Scott Pien-Picard qui nous a accueillis devant le Palais Montcalm nous a donné des frissons. Nous avons ressenti une fierté indescriptible. J’ai une boule dans la gorge dès que je raconte ce moment à quelqu’un. Nous avons posé pour les photographes et, ensuite, Naomi Fontaine a demandé au groupe de jouer Ekuen Pua, un classique de la musique innue. Dès que les premières notes ont retenti, les nombreux Innus sur place se sont mis à danser un makusham, leur danse traditionnelle. Tous les membres de l’équipe, même les Blancs, sont entrés dans le cercle et nous avons fait tourner les têtes des badauds et des touristes. Un makusham à place D’Youville, c’est une première dans notre histoire, je crois. Il était temps. C’était magique. Je n’aurais pu souhaiter plus belle célébration pour notre film. Je remercie le festival d’avoir saisi l’importance de ce qui se passait. Ils sont forts au FCVQ.

Q Quel a été ton coup de cœur artistique ou culturel cette année et pourquoi?

Myriam Verreault et Naomi Fontaine, la cinéaste et l'auteure derrière le film «Kuessipan»

R J’ai eu un coup de cœur collectif pour mes collègues réalisatrices québécoises. Elles se sont imposées cette année, c’est le moins qu’on puisse dire. Geneviève Dulude-De Celles a gagné un Ours à Berlin avec Une colonie, Monia Chokri a séduit Cannes avec La femme de mon frère, Anne Émond a livré une comédie savoureuse avec Jeune Juliette, Louise Archambault a offert le dernier grand rôle à Andrée Lachapelle dans Il pleuvait des oiseaux, Sophie Deraspe a représenté le Canada dans la course aux Oscars avec Antigone. Il y a à peine deux ans, certains brandissaient la crainte que les mesures de parité instaurées par les institutions fassent baisser la qualité des œuvres. Je crois que nous leur avons cloué le bec de la plus belle façon.

Q Une déception en 2019?

R Je suis déçue que nos gouvernements n’aient pas encore légiféré fortement pour protéger la culture québécoise dans le contexte du virage numérique. Les plateformes de diffusion comme Spotify et Netflix doivent absolument contribuer à protéger la diversité culturelle. On ne peut juste pas se faire avaler comme ça et laisser les profits de la consommation des œuvres sortir de notre territoire sans rien faire. Ces géants sont des incontournables, mais nous sommes en droit d’imposer les lois que nous voulons. Rien ne nous empêche de légiférer pour protéger notre culture. Il est minuit moins une et ce doit être un dossier prioritaire pour les gouvernements en 2020.

Q Que te réserve 2020?

R Plusieurs dizaines de projections de Kuessipan dans les ciné-clubs, les cinémas parallèles et les festivals. Je voyagerai beaucoup dans la première moitié de l’année. On m’invite à présenter mon film un peut partout, alors j’essaie d’accepter le plus d’invitations possibles. On fait des films pour qu’ils soient vus, alors c’est important pour moi de continuer à faire vivre le mien après sa carrière en salle. Je veux aussi travailler à la mise sur pied de la Bourse Kuessipan que j’ai créée avec le prix du meilleur long-métrage canadien que le film a remporté à Windsor et qui venait avec une somme de 10 000$. Cette bourse sera donnée à un projet de film de fiction réalisé par un ou une cinéaste autochtone. Plusieurs organismes m’ont contactée pour augmenter la valeur de la bourse. Je ferai une belle annonce à ce sujet à la fin de février. Je termine aussi la réalisation de la deuxième saison de la télésérie 5e rang. J’ai aussi quelques projets de films en développement, dont deux comédies. L’agenda est bien rempli.

Q Ton souhait pour 2020 et pourquoi?

R J’aimerais que Kuessipan soit projeté dans les écoles du Québec, qu’il fasse partie du programme officiel. Parce que rien ne me ferait plus plaisir que les ados d’ici découvrent un Québec différent à travers ces personnages innus. Que des images neuves et belles se forment dans leur tête lorsqu’ils entendent parler des Premières Nations, autres que celles des livres d’histoire et des téléjournaux. Il y a tellement d’artistes autochtones à découvrir et de savoirs riches issus de ces cultures. Si le film peut ouvrir une brèche, ce serait génial.