Christiane Vadnais
Christiane Vadnais

Nos personnalités de l'année: Christiane Vadnais

L’auteure de «Faunes», un livre à la prose luxuriante où d’inquiétantes et fabuleuses mutations sont à l’oeuvre, a eu une année marquée par les prix. Christiane Vadnais a brillé pour sa plume, mais aussi pour ses implications diverses qui permettent de faire rayonner la littérature et Québec comme ville littéraire de l’UNESCO. La jeune trentenaire poursuit sur sa lancée, avec un nouveau roman et une création numérique en chantier.

Q Ton meilleur souvenir de 2019?

R «Il est tout récent! Avoir remporté coup sur coup le Prix de l’Institut canadien et le Prix des horizons imaginaires. Celui-ci est remis par des étudiants de 13 cégeps de la province et de la Colombie-Britannique qui devaient voter parmi trois œuvres. Ils débattent avec beaucoup de passion, font des commentaires sur les livres. C’est touchant d’être lue avec autant d’appétit! Faunes est plutôt littéraire et mystérieux alors le fait que ce soit choisi par des étudiants est très touchant. J’ai aussi beaucoup aimé mon passage au festival Étonnants Voyageurs, à Saint-Malo. Leur invitation est arrivée comme une surprise dans ma boîte courriel et ça a été une très belle expérience.»

Q Ton coup de coeur artistique ou culturel de l’année?

R «J’en aurais deux. D’abord Le tendon et l’os, de la poète de Québec Anne-Marie Desmeules, qui vient de remporter un Prix du Gouverneur général. C’est un recueil vraiment accessible, qui aborde une question taboue, la difficulté d’être mère. Il y a une émotion puissante qui jaillit de ce livre, une espèce de malaise pas souvent formulé et qui me semble important à déstigmatiser. Croc fendu, le premier roman de Tanya Tagaq, a été une découverte. C’est onirique, ça oscille entre la réalité et la fiction, mais sans tracer la frontière, donc on ne sait jamais de quel côté du réel on se trouve. Ça parle de la jeunesse d’une Inuite dans le Grand Nord dans les années 70 et c’est rendu de manière étonnante. C’est vraiment réussi, beau et lumineux.»

Q Une déception en 2019?

R «Il y a deux dossiers importants dans le milieu culturel qui font du surplace. Il y a la taxation des grandes entreprises du numérique. C’est tellement important pour les créateurs québécois qu’on aille chercher ces revenus-là. Je crois qu’il faut continuer de taper sur le clou. Un autre dossier dont on a moins entendu parler est la révision de la loi sur le droit d’auteur. Depuis que le gouvernement conservateur a élargi les exceptions aux redevances qu’on doit verser aux auteurs, elles ont vraiment chuté de façon importante. Les universités québécoises paient jusqu’à 50% moins de redevances aux auteurs et hors Québec, le pourcentage est encore plus élevé. Le nouveau gouvernement a demandé à des commissions de se pencher là-dessus, mais on est encore dans l’incertitude. Ça devient facile dans une culture numérique de se dire que tout ce qui est reproductible n’a pas de valeur, mais il faut que les créateurs aient les moyens de se consacrer à leur art.»

Q Que te réserve 2020?

«Après mon année glamour où j’ai beaucoup fait la promotion de Faunes, je veux retomber dans la création. J’ai un roman en chantier auquel je vais consacrer une petite résidence en Gaspésie. Ce sera vraiment ressourçant et l’eau m’inspire beaucoup. Le projet Le conte des estuaires me permettra d’aller travailler à Nantes avec l’illustratrice Delphine Vaute et les idéateurs du projet, Jérôme Fihey et Maxim Labat. Il y aura aussi deux traductions de Faunes, en anglais pour Coach House Books et en espagnol pour Volcano Libros, qui s’en viennent et quelques petites publications ici et là.»

Q Ton souhait pour 2020?

R «Les changements climatiques sont vraiment l’enjeu de notre temps. Il faut que l’on continue de manifester notre saine colère comme on l’a fait en descendant dans la rue en 2019. Il faut que nos gouvernements fassent davantage et portent d’autres idéaux que la croissance économique, qu’ils présentent toujours comme une panacée. Ce n’est pas seulement aux individus de porter ces changements-là. On n’arrivera pas à éradiquer une crise aussi importante si le gouvernement et les entreprises n’aident pas. Je crois qu’on est capable d’inventer et d’être imaginatif pour repenser notre manière d’habiter le territoire et c’est ce que je nous souhaite pour 2020.»