Nos moments forts

Les joies du direct
Le visage du professeur de sciences politiques Robert E. Kelly est désormais connu partout sur la planète, depuis son intervention à la BBC, par Skype, en direct à partir de chez lui. Un fiasco hilarant, qu'on ne se lasse pas de revoir en boucle. Difficile de parler sérieusement de la situation en Corée du Sud quand la marmaille décide de débarquer dans le champ de la caméra, en direct. Sa fille Marion qui entre en dansant; le bébé qui suit en trotteur; et pour finir, son épouse, affolée, qui sort les enfants, avant de fermer la porte en catastrophe. Le prof, qui aurait bien voulu être ailleurs, se confondait en excuses. Bien sûr, de nombreuses parodies et autres «gif» sont apparus sur le Web. Véronique Cloutier y a aussi fait un clin d'oeil dans l'émission Votre beau programme, interrompue par des enfants et par une horde de personnages, dont un joueur de cornemuse.  Richard Therrien
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Le succès, le mitigé et l'échec
Ed Sheeran
Cette semaine, les concerts au Centre Vidéotron ont suscité toutes les réactions possibles. Un engouement monstre pour Ed Sheeran, avec des billets envolés à la minute même où la vente officielle s'amorçait, de telle sorte qu'un revendeur fantasmait de vendre son billet à 50 000 $ sur Stubhub! Un intérêt mitigé pour le spectacle de Simple Plan, où le groupe avait eu la mauvaise idée de ne pas configurer l'aréna en conséquence, disséminant ses 4000 ou 5000 fans dans une sorte de gruyère... Et enfin, un intérêt trop faible au goût des Red Hot Chili Peppers, qui ont décidé d'annuler ce qui aurait été leur deuxième séjour en ville en moins d'un an, après le show discutable offert sur les Plaines, en juillet 2016.  Nicolas Houle
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Du théâtre qui frappe
Ceux qui cherchent du réconfort au théâtre n'en trouveront pas dans le quartier Montcalm ces jours-ci. À quelques mètres de distance, deux pièces coup-de-poing ont pris l'affiche simultanément cette semaine. Au Périscope, l'auteur et metteur en scène Fabien Cloutier n'y va pas de main morte avec sa pièce Pour réussir un poulet, où il brosse avec le regard incisif et la langue abrasive qu'on lui connaît le portrait de personnages pauvres (dans leur tête comme dans leur compte de banque), qui aspirent à mieux, mais qui ne réussissent qu'à s'enfoncer davantage. De l'autre côté de l'avenue de Salaberry, l'expérience n'est pas plus douce dans l'univers décrit par la dramaturge Emma Haché avec sa pièce Trafiquée, portée sur les planches par le collectif Les gorgones. Dans un effort de dénonciation de l'exploitation sexuelle, la mise en scène s'efforce de faire ressentir aux spectateurs l'horreur déjà bien présente dans ce texte très cru. Les deux spectacles sont présentés jusqu'au 25 mars.  Geneviève Bouchard
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Les colons
Non, il ne s'agit pas de ce que vous pensez. Le titre de l'implacable documentaire de Shimon Dotan fait référence aux Israéliens qui s'installent illégalement en Cisjordanie. Mais l'épithète québécoise pourrait très bien leur convenir : la présence de ces fous de Dieu en territoires occupés fait et fera toujours dérailler tout processus de paix dans la poudrière du Moyen-Orient. Les colons pose un regard sans complaisance et pertinent sur le conflit entre les juifs et les Palestiniens. Parce que son réalisateur y a longtemps vécu. Il vulgarise un sujet complexe et suscite la réflexion. Mais il laisse surtout les principaux intéressés se raconter, ce qui génère parfois d'étonnantes confessions. À l'ère des beaux discours sur le vivre ensemble depuis l'attentat contre une mosquée de Québec, c'est un incontournable. Pour avoir un peu de perspective...  Éric Moreault