Entre l’échange de confidences, la conférence et l’œuvre parfois plus impressionniste, «Non Finito» joue avec l’espace de dynamique manière.

«Non finito»: œuvre(s) à achever

CRITIQUE / Il faut une certaine discipline pour mener un projet à terme. Ou un peu de chance. L’une et l’autre peuvent manquer à l’appel dans nos vies souvent imprévisibles, qui vont vite, où la tentation de zapper est parfois forte. Avec «Non Finito», la compagnie montréalaise Système Kangourou offre à cinq personnes d’exorciser leurs œuvres inachevées. La rencontre a ses moments sympathiques, certes. Mais comme tous ces abandons qui y sont relatés, la proposition garde un côté inabouti qui nous laisse un peu sur notre faim.

Idéatrices de Non Finito, Anne-Marie Guilmaine signe la mise en scène et Claudine Robillard mène le jeu à la Caserne Dalhousie, dans le contexte du Carrefour international de théâtre. La pièce commence d’ailleurs dans une série d’aveux de la deuxième, qui met la table dans une suite d’anecdotes servies sur fond de diapositives avec beaucoup d’autodérision. Robillard égraine alors que ses photos défilent sur l’écran les ouvrages qu’elle a entamés, puis laissés en plan au fil des ans : un herbier, un roman, un projet de couture, des sports, la reconquête d’un ancien amoureux, un recueil de lettres pour sa fille à naître, l’apprentissage de la musique, l’ébauche d’une installation artistique… 

D’un abandon à l’autre, elle nous amène à ce qui la turlupine actuellement, soit une œuvre performative baptisée Faire de quoi de grand. Elle en a placé les premières pierres avec son collègue Jonathan Morier avant de bloquer. Comme si la succession d’inachèvements du passé avait tracé le chemin pour la suite. Et qu’il était maintenant temps de casser le moule. 

Preuve à l’appui, Claudine Robillard ouvre le rideau pour laisser découvrir une boîte de verre et son comédien en action à l’intérieur. Las de répéter toujours la même séquence sans connaître la suite, il quittera la salle en laissant sa collègue avec une grande question : «On va-tu en voir le bout de ce show-là?»

Claudine Robillard prendra alors le public à témoin. Sa présence la forcera à se compromettre, en somme. Et elle ne sera pas la seule à se faire, alors que des collaborateurs portant eux aussi des ambitions inachevées se joindront à elle pour alimenter la réflexion. Nouvel angle de vue, nouvelles expériences partagées, avec en toile de fond cette boîte de verre désormais remplie de fumée, qui se manifestera ponctuellement de menaçante manière pour faire écho à l’angoisse de la créatrice. Et pour rappeler qu’il faut parfois de l’aide pour que le brouillard se disperse…

Ratisser (trop) large

Entre l’échange de confidences, la conférence et l’œuvre parfois plus impressionniste, Non Finito joue avec l’espace de dynamique manière. On sent que l’équipe a voulu ratisser large dans un sujet quasi infini. Dans ce florilège de projets incomplets, les circonstances, motivations et degrés d’implication varient énormément. Et c’est là qu’on s’éparpille un peu. Difficile, par exemple, de mettre sur un pied d’égalité l’expérience d’un homme qui aurait voulu être une rock star (mais qui n’a jamais appris à jouer de sa guitare) avec celle d’un autre qui a sacrifié ses ambitions professionnelles pour émigrer dans un pays où il jouirait de plus de liberté. Un angle plus précis aurait sans doute décuplé la force de frappe, ici. 

Et quand vient le temps pour tout ce beau monde de concrétiser son projet sur scène, le résultat est aussi inégal. Une seule proposition — mettant à profit un spectateur — a vraiment fait mouche, mardi.

Le spectacle Non Finito est présenté de nouveau mercredi et jeudi à la Caserne Dalhousie.