Dans «Nikki ne mourra pas», Lé Aubin (au centre) campe une ado déchirée entre la responsabilité de prendre soin de sa mère alcoolique (Érika Gagnon) et la volonté de chercher son propre bonheur, notamment aux côtés son meilleur ami (Vincent Legault).

«Nikki ne mourra pas»: déjouer la spirale

CRITIQUE / «J’ai peur de finir à jamais triste comme toi», lancera à un moment le personnage central de «Nikki ne mourra pas» à sa mère, qui sombre peu à peu dans l’alcool. Ces dix petits mots résument le cœur de cette première pièce du Collectif des sœurs Amar, qui aborde avec vivacité et sensibilité le thème de la maladie mentale et des dommages collatéraux vécus par les proches de ceux qui en sont atteints.

Nikki ne mourra pas, qui vient de prendre l’affiche à Premier Acte, c’est d’abord une relation parent-enfant devenue toxique à cause des problèmes de dépendance de la mère. C’est aussi un récit initiatique racontant le passage à l’âge adulte — transition complexe même dans des contextes plus cléments — d’une jeune femme angoissée par le legs que lui ont laissé un père suicidé et une mère alcoolique.

Le sujet est certes lourd. Dans un premier texte d’une belle vigueur, mais qui donne parfois un peu trop dans la symbolique onirique ou les analogies animales, Laura Amar réussit à le cerner avec nuances et des touches d’humour qui sont bienvenues.

Le tout est fort habilement porté par une distribution qui ne manque pas de naturel. Campée par une très solide Lé Aubin, Nikki se dévoile comme une ado tantôt frondeuse, tantôt ricaneuse, déchirée entre le désir et la volonté de vivre sa propre vie — et de chercher son bonheur — et la pression qui vient avec la responsabilité de prendre soin d’un être cher qu’elle traîne comme un boulet.

On trouve d’un côté du spectre une mère aimante quand ses facultés le permettent, mais prise dans une spirale de déchéance (Érika Gagnon). De l’autre : un ami enjoué qui sert de bouée de sauvetage (hilarant Vincent Legault) et un prétendant compréhensif et accueillant (Étienne D’Anjou). Les échanges se déploient entre tendresse et affrontements. Et ils arriveront à terme sans nous imposer de lunettes roses.

Nikki ne mourra pas est l’œuvre de trois sœurs. L’autrice Laura Amar cosigne la mise en scène avec sa frangine Florence, tandis que Claude a mis sa griffe à la conception sonore de ce spectacle où la musique prend justement beaucoup de place. La mise en scène dynamique, avec plusieurs segments chorégraphiés, se déploie autour d’un frigo caméléon et quelques petits riens — seaux de plastique, palette de bois — pour suggérer les changements de lieux. Mais c’est vraiment dans son portrait de relations humaines que la pièce touche la cible.

«Nikki ne mourra pas» est présentée à Premier Acte jusqu’au 30 novembre.