«Je pense qu’il est important que je mette clairement en évidence mon soutien aux droits des femmes, aux communautés LGBTQ et à la liberté d’expression», a expliqué Nicki Minaj.

Nicki Minaj annule un concert prévu en Arabie saoudite

NEW YORK — Nicki Minaj ne donnera finalement pas de concert en Arabie saoudite, disant vouloir soutenir les droits des femmes et des communautés LGBTQ, de même que la liberté d’expression.

«Après mûre réflexion, j’ai décidé de ne plus aller de l’avant avec mon concert prévu au Jeddah World Fest. Bien que je ne veuille rien de plus que présenter mon spectacle devant des admirateurs en Arabie saoudite, après m’être mieux renseignée sur ces questions, je pense qu’il est important que je mette clairement en évidence mon soutien aux droits des femmes, aux communautés LGBTQ et à la liberté d’expression», a expliqué Nicki Minaj dans une déclaration transmise à l’Associated Press.

La rappeuse devait initialement être la tête d’affiche du spectacle prévu le 18 juillet.

En Arabie saoudite, la ségrégation entre hommes et femmes célibataires est toujours appliquée dans de nombreux restaurants, cafés, écoles publiques et universités, mais d’autres règles ont été assouplies, les femmes étant désormais autorisées à conduire une voiture et à assister à des événements dans des stades.

Le Jeddah World Fest, qui, conformément aux lois saoudiennes, ne servira ni alcool ni drogue, sera ouvert aux personnes de 16 ans et plus et aura lieu au stade Roi-Abdallah. Liam Payne, un ancien membre de One Direction, et le producteur et DJ Steve Aoki font aussi partie des artistes invités.


« Bien que je ne veuille rien de plus que présenter mon spectacle devant des admirateurs en Arabie saoudite, après m’être mieux renseignée sur ces questions, je pense qu’il est important que je mette clairement en évidence mon soutien aux droits des femmes, aux communautés LGBTQ et à la liberté d’expression »
Nicki Minaj

La semaine dernière, la Human Rights Foundation avait publié une déclaration dans laquelle elle demandait à Nicki Minaj et aux autres artistes de se retirer du spectacle. Mardi, l’organisation établie à New York a salué la décision de la rappeuse de ne pas participer au concert.

«Voilà à quoi ressemble le leadership. Nous sommes reconnaissants envers Nicki Minaj pour sa décision inspirante et réfléchie de rejeter la tentative transparente du régime saoudien de l’utiliser pour des relations publiques», a déclaré Thor Halvorssen, président de la Human Rights Foundation. «Le festival du 18 juillet en Arabie saoudite présente toujours Liam Payne en tant qu’interprète. Nous espérons qu’il suivra l’exemple de Nicki Minaj. La position morale de Nicki Minaj diffère de celle d’autres artistes célèbres tels que J-Lo et Mariah Carey, qui ont choisi dans le passé de remplir leurs poches de millions de dollars et de soutenir les gouvernements dictatoriaux plutôt que les communautés opprimées et les militants des droits de la personne emprisonnés.»

Au cours des derniers mois, le royaume a accueilli des performances de Mariah Carey, Enrique Iglesias, les Black Eyed Peas, Sean Paul, David Guetta et Tiesto. Il s’agit d’un changement radical comparativement à l’époque où la police saoudienne procédait à des raids dans des établissements qui diffusaient de la musique forte.

Bouleversements

Les organisateurs saoudiens ont déclaré que le Jeddah World Fest serait diffusé dans le monde entier. Le royaume promet également des visas électroniques rapides pour les visiteurs internationaux qui souhaitent y assister.

L’Arabie saoudite a connu de profonds bouleversements l’an dernier grâce aux efforts de réforme du prince héritier, notamment l’ouverture d’une première salle de cinéma et la levée de la seule règle au monde interdisant aux femmes de conduire.

En décembre 2018, des femmes — certaines sans voile — se sont rendues à une course automobile de Formule-E où des milliers de jeunes Saoudiens et des centaines de visiteurs internationaux ont fait la fête lors de concerts. Le spectacle aurait été impensable jusqu’à récemment dans le royaume ultraconservateur où la police religieuse appliquait une stricte ségrégation sexuelle et réprimandait les femmes qui ne se couvraient pas les cheveux.

Assassinat et répression

Cependant, les réformes ont une limite, comme l’ont révélé l’assassinat brutal du journaliste saoudien Jamal Khashoggi par des agents saoudiens proches du prince héritier, en octobre, et la torture qui aurait été infligée à plusieurs militantes des droits des femmes en détention. Au moment où l’espace alloué au divertissement s’élargit, celui réservé à l’engagement politique et à la dissidence a pratiquement disparu.

Le prince héritier âgé de 33 ans, soutenu par son père, le roi Salmane, dirige un royaume dans lequel il définit seul le rythme et la portée du changement.