Henri Chassé, Marc Messier et Pierre Lebeau, trois des comédiens de la pièce Neuf (titre provisoire), présentée en clôture du Carrefour international de théâtre.

Neuf (titre provisoire): Jouer sa propre vie

Dans la création d’une pièce, Mani Soleymanlou aime le travail en collégialité, le brassage d’idées avec ses comédiens dont on ne sait trop, une fois sur scène, s’ils parlent en leur propre nom ou à travers leurs personnages. Le metteur en scène a appliqué la même formule à «Neuf (titre provisoire)» où cinq vétérans du métier se dévoilent, le temps d’une soirée, dans un salon funéraire.

Pour l’occasion, Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métallus et Monique Spaziani ont discuté avec lui pendant une dizaine d’heures, en amont, de grandes questions existentielles, au premier rang la vieillesse et la mort, mais aussi leurs rêves évanouis à travers l’évolution de la société.

«Une bonne partie des dialogues vient des comédiens, mais je m’amuse ensuite à faire et défaire la réalité, à mettre les paroles de l’un dans la bouche de l’autre, explique l’auteur lors d’un entretien téléphonique. Ils font partie prenante de la pièce puisqu’on parle d’eux à travers eux. J’essaie le plus possible de rapprocher l’acteur du personnage, de brouiller les pistes entre le moment où l’acteur joue un rôle et le moment où il est lui-même. Je trouve qu’il y a un malin plaisir à parler en son nom sur scène, même si le filtre du théâtre apparaît immédiatement.»

Dans cette nouvelle pièce, présentée pour la première fois à l’automne 2018 au Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal, le metteur en scène fait se réunir le groupe des cinq autour d’un ami défunt qui a laissé en héritage un texte inédit. Dans un décor dépouillé, où trônent un cercueil et une croix lumineuse, les personnages tracent un bilan de leur vie, évoquant ici et là les idéaux envolés, les regrets à surmonter, les deuils à faire, dont celui d’un pays, sans oublier cette fin, inéluctable, qui risque d’arriver plus vite que trop tard…

Dans le décor dépouillé d’un salon funéraire, les comédiens de Neuf (titre provisoire) tracent un bilan de vie.

Pas une tragédie

«Il y a quelque chose de l’ordre du bilan [de vie], sans qu’on tombe dans le piège du “c’était mieux avant”. Il y a un respect plus intime face à la vie qui coule et à la mort imminente», précise le metteur en scène, vu comme comédien au petit écran dans Lâcher prise (l’éditeur des mémoires du personnage de Sylvie Léonard, c’est lui), Hubert et Fanny et O’.

Malgré les apparences, mentionne le metteur en scène, la pièce n’a rien d’une tragédie. «Pour traiter d’un sujet aussi lourd que la mort, il faut savoir en rire un peu. On s’en est donné à cœur joie. Pour moi, l’humour est une façon d’accéder à des zones gênantes. Ça ouvre des portes, ça permet une écoute plus libre, plus détendue.»

Même si la pièce aborde des thèmes qui parlent davantage aux quinquagénaires et plus, Mani Soleymanlou explique avoir ratissé suffisamment large pour ne pas s’adresser qu’à eux. «On ne voulait pas d’un spectacle de baby boomers pour les baby boomers. Quand on parle de la mort, c’est un sujet qui s’adresse à tout le monde.»

Des chiffres et des pièces

L’homme de théâtre d’origine iranienne, qui habite Montréal depuis une quinzaine d’années, poursuit avec Neuf (titre provisoire) un cycle «des chiffres» lancé en 2011. Tous les titres de ses pièces portent des numéros. Après Un, son premier spectacle solo portant sur son expérience d’exilé, ont suivis Deux, Trois, Ils étaient quatre, Cinq à sept et Huit, autant de créations qui abordaient, entre réalité et fiction, les thèmes de l’identité et des interactions sociales.

«Les titres s’imposent dès le début et je leur donne un sens après», affirme-t-il, indiquant que son prochain spectacle, en cours d’écriture, baptisé 0, s’inscrira dans une sorte de «révisionnisme» de ses pièces antérieures.

Neuf (titre provisoire) est présenté le 7 juin (à 20h) et le 8 juin (à 16h) au Théâtre Périscope. La représentation du 7 juin sera suivie d’un entretien avec les comédiens et Mani Soleymanlou.