Natasha Kanapé

Natasha Kanapé: écrire en mouvement

L’autrice, slameuse, comédienne et militante innue Natasha Kanapé Fontaine laisse tomber son deuxième nom de famille pour sa première tournée de poésie et chanson, intitulée «Nui Pimuten / Je veux marcher». Une prise de parole intime, portée par le musicien et compositeur Manuel Gasse, dont la tournée s’arrête à Lévis vendredi.

Son spectacle est un banc d’essai pour des pièces qui seront enregistrées dans un an ou deux. Il est né pour le Salon du livre des premières nations, à Wendake, il y a près d’un an. Depuis, Natasha Kanapé le polit et le bonifie. L’idée de présenter ses textes sur scène avant de les enregistrer lui vient d’Émile Proulx-Cloutier, qui aime se livrer au même exercice avant de fixer ses pièces avec un habillage d’arrangements.

«Le spectacle permet de peaufiner des textes sur la route et d’inviter le public à nous rencontrer. C’est aussi une main tendue. J’ai envie d’avoir le pouls des gens sur la question autochtone, qu’ils me disent ce qu’ils voudraient savoir», indique la jeune femme, qui a tourné trois ans avec la pièce Muliats (qui signifie Montréal), dont elle est coautrice.

La perspective de créer en mouvement constituait aussi une séduisante avenue. «J’écris beaucoup quand je suis en déplacement, sur la route. Je me suis dit que c’était la formule qui allait m’inspirer le plus et que ça rayonnerait sûrement ensuite sur mes autres pratiques, tant en écriture qu’en arts visuels», note-t-elle.

Les textes de Nui Pimuten prennent racine dans son quatrième et plus récent recueil, Nanimissuat Île-tonnerre. «On suit une narratrice et ses traumatismes intergénérationnels à travers la filiation grand-mère, mère et fille. C’est aussi une recherche du territoire ancestral. Nous sommes dans l’océan, dans l’eau, dans les émotions et les blessures, mais j’ai l’impression qu’à la fin, on arrive sur terre, expose-t-elle. J’ai un peu l’impression de me redonner naissance à moi-même à travers ce spectacle-là.»

Dans la dernière année, elle a travaillé avec Elisapie Isaac, participé à un spectacle de Tire le Coyote et créé en trio avec Émile-Proulx-Cloutier et le violoncelliste Yo-Yo Ma. Manuel Gasse, qui joue de la guitare et du piano sur scène à ses côtés, s’est avéré une présence rassurante pour expérimenter un nouveau mode d’expression. L’autrice avait toujours rêvé de chanter, et voilà qu’au contact quotidien avec la musique, les mélodies commencent à naître.

«J’ai commencé en slam, a cappella. Le travail se faisait dans la musicalité des mots. Puis j’ai travaillé avec des musiciens et je me suis aperçue que la musique n’était pas seulement faite pour accompagner la poésie, qu’elle pouvait complètement porter mes textes et épouser ma manière de lire.»

Vendredi elle sera Natasha Kanapé, inscrite dans la lignée des nombreux Kanapé musiciens, et dimanche, pour une table ronde du festival littéraire Québec en toutes lettres, elle redeviendra Natasha Kanapé Fontaine et sera appelée à réfléchir à la transmission auprès de l’artiste hip-hop et historien Webster et de la conférencière Mylène Paquette.

«En spectacle, je plonge dans un univers plus intime, alors qu’en panel, c’est une tout autre partie de ma personnalité qui entre en fonction, indique-t-elle. On nous amène vers un but précis, hors des questions habituelles qu’on pose à des auteurs. On nous demande de partager nos réflexions les plus récentes sur la suite du monde, la place de la littérature, l’expression de certaines minorités, la réflexion collective. On approche d’une crise globale mondiale, alors nécessairement, on développe une vision du futur qui sera liée à notre survie.»

Nui Pimuten / Je veux marcher, est présenté à l’Anglicane vendredi à 20h alors que la table ronde Transmission, milieux de vie et territoires aura lieu à la Maison de la littérature dimanche à 13h.