Youn Sun Nah sera en concert le 12 mars au Trianon à Paris où elle captera encore l’auditoire par le magnétisme de sa voix de soprano, qu’elle peut moduler grâce à une large tessiture.

Youn Sun Nah: l’hymne à la voix

PARIS - «Je chante, je fredonne toute la journée, c’est une habitude»: la Sud-coréenne Youn Sun Nah, qui offre dans son nouveau disque «Immersion» (Arts Music/Warner Music) des versions saisissantes de chansons de Marvin Gaye, Leonard Cohen ou Michel Legrand, a voué son existence au chant.

«J’étais souvent aux concerts de mes parents, il y avait toujours des chants à la maison, pour moi ce qu’il y a de plus fort c’est la voix», confie cette fille d’un chef de choeur et d’une comédienne de comédies musicales.

Youn Sun Nah sera en concert le 12 mars au Trianon à Paris où elle captera encore l’auditoire par le magnétisme de sa voix de soprano, qu’elle peut moduler grâce à une large tessiture.

Si elle a choisi un temps d’étudier la littérature, le démon du chant ne l’a jamais lâchée. Elle a découvert ainsi la France où elle passe neuf mois à 20 ans, après avoir remporté un concours de chant organisé par le Centre culturel français à Séoul.

Après diverses expériences, elle franchit définitivement le pas. «Quand j’avais 25 ans, j’ai dit à un ami en Corée, +c’est ça dont j’ai envie, d’étudier la voix+», se souvient-t-elle.

«Tu es trop vieille pour faire du chant classique, fais du jazz. Si tu apprends le jazz, tu sauras tout chanter», lui répond-il.

Nous sommes en 1995. Youn Sun Nah choisit de retourner en France, pour y suivre l’enseignement du CIM (Centre d’informations musicales), une école de jazz et musiques actuelles.

Presque vingt-cinq ans plus tard, Youn Sun Nah, au fil de nombreuses tournées, concerts et aller-retours entre la France et son pays, est devenue une chanteuse «crossover» de stature internationale: grande vedette en Corée, elle s’est forgée une belle réputation en France et ailleurs.

Cette enfant de la balle chante sans filet des compositions aussi variées que Some Girl de Randy Newman, Is’nt it a pity de George Harrison, «Asturias» d’Isaac Albenitz, My Favorite Things immortalisé par Sarah Vaughan, ou Sans Toi de Michel Legrand.

Elle s’approprie complètement les répertoires qu’elle choisit, en créant son propre univers grâce à de nouveaux arrangements. «J’ai toujours aimé arranger des trucs», dit-elle.

Pas étonnant que cette musicienne vénère Joni Mitchell ou Nina Simone, dont l’univers dépasse largement les frontières du jazz.

«C’est ça que j’ai appris dans le jazz, la liberté, l’improvisation», explique Yu Sun Nah.

«Juste un son et ça change tout»

Avec ses bagages --maîtrise de l’improvisation, mais aussi de la technique vocale--, Youn Sun Nah est partie dans une aventure qu’elle poursuit avec succès aujourd’hui.

Rieuse et espiègle dans la vie, Youn Sun Nah, au visage toujours jovial, se transforme à bientôt 50 ans en une chanteuse profonde et émouvante.

Son nouveau disque contient une version bouleversante de Mercy, mercy me de Marvin Gaye, volontairement ralentie par rapport à l’original.

«J’aime beaucoup les chansons un peu deep, pas très gaies, ce que j’aime le plus ce sont les ballades tristes et mélancoliques, on me le reproche parfois», sourit-elle.

Pour l’enregistrement de «Immersion», elle a fait aussi de nouveaux choix esthétiques.

«C’est le premier disque que je n’ai pas enregistré dans les conditions du live, c’est-à-dire en quelques jours avec 2/3 prises pour chaque chanson, pas plus», confie-t-elle. «J’ai voulu prendre un peu plus de temps et mettre des sons différents, approfondir le travail en studio. On était vraiment en immersion».

Le résultat est convaincant. La voix, toujours au coeur du sujet, est sublimée à la lueur de nouvelles sonorités engendrées par les possibilités de l’électronique, savamment distillées par le multi-instrumentiste Clément Ducol.

«Un peu plus produit que les précédents», ce disque --qui comporte aussi plus de compositions-- se termine par Hallelujiah, la chanson culte de Leonard Cohen qu’elle entonne à la fin de ses concerts.

«On y a ajouté un son derrière, comme un coeur, fait-elle remarquer. «Des fois, on ajoute juste un son et ça change tout».