À l’occasion du Festival d’opéra de Québec, Véronique Gens vient chanter des airs de Rameau, de Gluck et de Mozart.

Véronique Gens, la soprano au long cours

Sur scène, Véronique Gens a prêté sa voix à quantité d’héroïnes tragiques, aux prises avec un lourd destin. Au téléphone, toutefois, les longues phrases chantantes et rythmées déferlent alors qu’elle répond amicalement et abondamment aux questions qui lui sont posées.

Fière porte-étendard du répertoire français oublié et des compositions romantiques de la fin du XIXe siècle (tout comme, près de nous, le directeur musical de l’OSQ Fabien Gabel), la chanteuse a fait ses débuts avec William Christie et Les arts florissants. L’ensemble baroque est également l’alma mater de Jonathan Cohen, le directeur musical des Violons du Roy. Malgré tout, la soprano ne s’est arrêtée à Québec qu’il y a une vingtaine d’années, au Club musical, et n’a que brièvement croisé M. Cohen il y a déjà bien longtemps. À l’occasion du Festival d’opéra de Québec, elle vient chanter des airs de Rameau, de Gluck et de Mozart.

Q  Quel programme nous proposerez-vous pour votre première collaboration avec les Violons du Roy?

R  C’est un programme qui va être lourd et long et grand, et qui représente bien la période tardive de la musique baroque, que je connais très bien. On va faire beaucoup de Rameau, qui est la charnière entre la période baroque et la période classique. Beaucoup de Gluck, aussi, des airs d’Iphigénie et d’Armide, ces personnages féminins emblématiques avec de grands airs très dramatiques et très tragiques.

Q  Comment abordez-vous ces grands rôles dans un contexte de récital, où vous n’avez pas le support d’une mise en scène ni de répit entre leurs morceaux de bravoure?

R Nous avons conservé les récitatifs, pour installer un peu la situation. On espère et on estime que les gens lisent la mise en contexte dans les programmes. Ça demande beaucoup de concentration pour la chanteuse, mais aussi pour l’orchestre.

Q  Est-ce que passer des airs de Gluck à ceux de Rameau et à ceux de Mozart exige un changement de technique vocale?

R  Je crois qu’il n’y a qu’une seule manière de chanter, ce qu’il faut parfois adapter, c’est la précision et la finesse de l’instrument. On ne peut pas chanter à pleine voix lorsqu’on chante Mozart, ça demande une grammaire vocale très importante si on veut faire les sons justes, les attaques propres et limiter le vibrato. C’est la même voix, utilisée avec un ambitus et une embouchure différente, lorsqu’on passe d’un répertoire à l’autre, mais le programme que nous avons concocté pour ce concert est très cohérent.

Q  Certains chanteurs prennent un soin maladif de leur voix. Est-ce votre cas?

R  C’est compliqué d’avoir son instrument au fond de sa gorge, on ne peut pas le mettre dans une boîte et le poser à côté de soi. Votre voix est un reflet de vous-même, de l’état dans lequel vous vous trouvez psychologiquement. Si vous êtes fatigué, ça sonnera moins bien, et on peut moins le cacher qu’avec un violon. C’est vrai que même au mois de juillet, j’ai toujours un foulard dans mon sac, mais je ne suis pas hypocondriaque. Il y a tellement d’éléments agressifs autour de nous, ne serait-ce que l’air conditionné. Je suis à Montpellier, où je chante dans quelques jours, et j’ai dû changer d’hôtel parce qu’on ne pouvait pas arrêter l’air conditionné. Ça ressemble à un caprice de diva, mais c’est physiologique, il y a des choses que les cordes vocales ne peuvent pas supporter.

Q  Quelle est votre «routine de maintenance» vocale?

R  Quand je veux maintenir mon instrument, je chante Mozart, ou comme j’ai toujours beaucoup de pièces à préparer, j’essaie de les faire entrer dans ma voix tout doucement. Je n’ai pas besoin de chanter tous les jours, j’ai plutôt besoin de phases de repos. Après un temps d’arrêt, vous sentez que les choses se mettent en place dans votre gorge. Je crois vraiment au silence et à la réflexion, qui complètent la technique. Je dis toujours à mes étudiants de ne pas «trop chanter».

Q  Comment votre voix s’est transformée au fil de votre carrière?

R  Au début, j’étais une jeune chanteuse baroque, je chantais les petites bergères, les nymphes, les mélodies légères. Maintenant ma voix a mûri et je peux aborder des rôles beaucoup plus larges dans le répertoire baroque, comme Iphigénie ou Phèdre. Avoir eu des enfants, ça change beaucoup la voix et le corps, la voix s’élargit et j’ai gagné un peu dans les aigus, je crois. Avoir un instrument qui évolue constamment fait en sorte qu’on ne peut pas se lasser du métier.

Q  Vous avez joué dans La belle Hélène, dont la version des Jeunesses musicales du Canada est au programme du Festival d’opéra de Québec. Qu’avez-vous retenu de cette opérette?

R  On ne pense pas souvent à moi pour ce genre de rôle, mais c’est très amusant et ça fait beaucoup de bien de chanter des choses comme ça. Vocalement, ça semble facile, mais en fait c’est très difficile à chanter. Passer du texte chanté au texte parlé vous oblige à savoir très bien ce que vous faites avec votre voix et à avoir une bonne technique. C’est très complet. Ça fait beaucoup de bien à la tête de chanter de choses drôles et de s’amuser.

Q  Comment envisagez-vous les deux opéras que vous ferez cet hiver, Da Giovanni à l’Opéra de Vienne et Les Troyens à l’Opéra de Paris?

R  J’ai beaucoup chanté Donna Elvira, qui me touche beaucoup, c’est un personnage comme je les aime, elle a une idée en tête et la poursuit jusqu’au bout. Je l’ai jouée dans plusieurs mises en scène, pas toujours réussies d’ailleurs, mais cet opéra supporte tout. Je m’attache à rendre le personnage crédible dans toutes les situations. Quant à Hécube, dans Les Troyens, c’est une demande de Stéphane Lissner [le directeur de l’Opéra de Paris], parce que c’est l’anniversaire de l’Opéra de Paris, de l’Opéra Bastille et de l’Opéra Garnier. Je le fais avec beaucoup de bonheur, mais ce n’est pas un grand enjeu musical pour moi.

Q  Avez-vous d’autres passions que la musique?

R  J’adore faire du vélo, je trouve qu’il n’y a pas de meilleur moyen, avec la marche, de découvrir une ville. Ça permet de se promener et d’aller le nez au vent. D’ailleurs j’ai très hâte de faire ça à Québec, parce que le seul souvenir que j’en ai est qu’il faisait très, très froid. Ma famille vient avec moi, on ira à Québec, puis à Montréal et dans les Laurentides, ce sera de vraies vacances.

Le concert de Véronique Gens et des Violons du Roy sera présenté le vendredi 3 août à 20h au Palais Montcalm. Info : festivaloperaquebec.com