Vance Joy s’étonne encore d’avoir trouvé chez nous un terreau fertile pour ses airs indie-folk.

Vance Joy et Québec, un coup de cœur réciproque

Plus de trois ans après un premier album qui a fait des vagues, l’auteur-compositeur-interprète australien Vance Joy s’apprête à reprendre du service avec Nation of Two, une nouvelle collection de chansons attendue le 23 février. Entrevue avec un artiste qui a fait craquer Québec… Et c’est réciproque!

En 2015, Vance Joy a très largement fait déborder le parc de la Francophonie en ouverture du Festival d’été de Québec. Deux ans plus tard, c’est au Festivent de Lévis qu’il a fait courir les foules. Entre les deux, il y a aussi un Grand Théâtre plein à craquer. Pas de doute, ç’a cliqué entre la région et le chanteur australien. 

Tellement que son équipe a cru bon de l’amener en personne chez nous pour présenter son deuxième album, Nation of Two, attendu le 23 février. Québec s’est ainsi retrouvée dans un itinéraire incluant des escales à Berlin, Londres, Toronto, Montréal, New York, Los Angeles, Sydney et Melbourne, nous résume le principal intéressé. Bref, notre homme vit dans ses valises ces temps-ci. Pas grave, il en a l’habitude. 

«C’est drôle. Maintenant que je recommence la tournée, je me demande : “est-ce que j’ai vraiment pris une pause?” lance-t-il. Parce qu’on fait toujours des spectacles par-ci par-là, j’ai l’impression que je n’ai jamais totalement levé le pied de l’accélérateur. Mais c’est correct, je suis content d’avoir ces possibilités. Je suis heureux d’avoir cette base de fans. Les gens sont intéressés, ils veulent plus de musique.»

Installé dans une suite au 19e étage de l’Hôtel Hilton, Vance Joy — James Keogh de son vrai nom — contemple la vue. Il remarque les remparts, le fleuve, s’interroge sur la possibilité de voir des bateaux pris dans les glaces (vrai que le phénomène n’est pas courant dans son Melbourne natal!) avant de nous interpeller : «C’est bien Lévis, de l’autre côté?» Oui monsieur. Quand on lui souligne à la blague qu’il a déjà conquis les deux rives du Saint-Laurent, le chanteur relativise : «Baaahhh, conquis… C’est quand même un peu fort», observe celui qui n’a visiblement pas laissé le succès lui monter à la tête. 

Reste que Vance Joy dit garder un très bon souvenir de son premier rendez-vous avec le public de la capitale. Porté notamment par le succès international de sa chanson Riptide, il s’était pointé dans un Pigeonnier complètement survolté. 

«Le Festival d’été a été spécial, confirme-t-il. Pour moi, c’était un gros spectacle et ma sœur était là pour le regarder. Elle m’a dit : “c’était pas mal cool! Est-ce que les foules sont toujours aussi enthousiastes?” J’étais comme : “non!” Et on avait passé du bon temps en ville. Mon frère est aussi venu. C’était l’été, il faisait bon…»

L’Australien s’étonne d’ailleurs encore d’avoir trouvé chez nous un terreau fertile pour ses airs indie-folk. «C’est fantastique! se réjouit-il. Je ne me serais jamais attendu à ce que ma musique ait cette portée et se rende si loin. C’est juste un mystère. Je suis arrivé ici et les gens connaissaient mes chansons plus que bien d’autres publics. Et ils connaissaient des pièces qui n’étaient pas celles mises de l’avant par la promotion. Pour quelque raison que ce soit, les gens d’ici ont connecté avec ces chansons, même si elles ne sont pas en français.»

Et voilà que certaines font des petits… Lorsqu’on mentionne à James Keogh que le fils de neuf ans du collègue vidéaste Frédéric Matte s’est mis au ukulélé et que Riptide est la première pièce qu’il a apprise, le musicien balance tout sourire un «C’est génial!» bien senti. 

«Ça me rend vraiment heureux de savoir que des gens jouent des reprises de mes chansons, ajoute-t-il. Le ukulélé est un bon instrument pour commencer. C’est facile à jouer… Et cette chanson est facile à jouer, il y a seulement trois accords. Je suis content d’avoir contribué à ce que des gens aient envie de faire de la musique!»

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UNE PAUSE NÉCESSAIRE

Les dernières années, James Keogh, alias Vance Joy, les a majoritairement passées sur la route : en plus de ses propres concerts, il a notamment parcouru le monde à chauffer les planches pour Taylor Swift. L’auteur-compositeur-interprète australien a senti le besoin de prendre du recul au moment de s’attaquer à ce qui allait devenir Nation of Two, à paraître le 23 février. 

«C’était complètement nécessaire, avance-t-il. En tournée, c’est une vie différente. Chaque minute de chaque heure est structurée. Quand tu prends des pauses, tu es fatigué de toute manière. Oui, il y a des idées qui viennent, mais je n’ai pas vraiment réussi à écrire des chansons complètes sur la route.»

À part une certitude qu’il ferait un deuxième album, Keogh n’avait pas grand-chose dans ses cahiers lorsqu’il est finalement retourné chez lui, à Melbourne. «Ça, c’est l’aspect qui peut rendre un peu nerveux et inquiet, confie-t-il. Mais chaque fois qu’une chanson arrivait, je me disais : “cool, j’en ai maintenant trois, puis quatre…” Je voulais des chansons dont je serais fier. Peut-être que cette aspiration, ce fait de dire “j’en veux plus” aide à nourrir l’écriture.»


« J’ai eu la chance de coécrire des chansons qui m’ont fait dire : “je sens que c’est meilleur que si je l’avais fait seul”. Une fois que j’ai fait ça, j’ai compris que je ne sacrifiais pas mon identité »
Vance Joy

Dans le processus, l’Australien s’est pour la première fois adjoint la plume de collaborateurs, dont l’ex-Semisonic Dan Wilson. Une expérience qu’il décrit comme enrichissante, même si elle n’a pas été exempte de quelques angoisses. Keogh évoque la crainte de ne plus savoir écrire seul ou celle de voir ses idées déformées. Quelques bonnes expériences ont toutefois calmé ses doutes, assure-t-il. «J’ai eu la chance de coécrire des chansons qui m’ont fait dire : “je sens que c’est meilleur que si je l’avais fait seul”. Une fois que j’ai fait ça, j’ai compris que je ne sacrifiais pas mon identité.»

Sur Nation of Two — un titre emprunté à l’écrivain Kurt Vonnegut —, Vance Joy continue de tracer un sillon entre le folk et la pop, brodant des tableaux qu’il apparente à de la fiction. «Souvent, je vais penser à un film que j’ai vu ou un livre que j’ai lu. Ça me donne un cadre qui n’est pas ma vie. Et même si ce n’est pas ma vie, ça me donne une image claire. Ça me donne un endroit où ancrer mon écriture. Ça reste authentique, c’est juste la vie de quelqu’un d’autre», explique le nouveau trentenaire, qui se permet quand même une incursion chansonnière dans ses propres souvenirs d’enfance avec la pièce Little Boy

«C’est la chanson la plus personnelle que j’ai écrite, confirme-t-il. C’est vraiment sorti de ma vie. C’est bien de savoir que je sais faire ça. Ça ouvrira peut-être la porte à d’autres chansons comme ça. C’est excitant…»  

EN RAFALE

Un livre: «J’adore un livre qui s’intitule This Boy’s Life par Tobias Wolff. Ce sont des mémoires, mais ça se lit comme de la fiction. J’ai lu ça en une semaine et j’ai adoré.» 

Un album: «Il y a un groupe cool en Australie qui vient de sortir un minialbum. Le groupe s’appelle Middle Kids et ils sont vraiment bons. C’est leur première parution, ils ont de très bonnes chansons.» (Un album complet est attendu en mai, ndlr). 

Une ville: «J’aime beaucoup San Francisco, surtout pour le panorama. Ils sont comme empilés en hauteur dans ces collines. Il y a des vues magnifiques sur les ponts, on peut y voir des phoques. Et ils ont un brouillard baptisé Karl!»

Un personnage historique: «Je ne sais pas si c’est un personnage historique, mais j’aime George Harrison. D’abord pour sa musique, évidemment. Mais apparemment, c’était une personne très généreuse. Il semble que ça lui arrivait de conduire sa voiture avec le coffre plein de ukulélés qu’il offrait en cadeau… C’est le genre de choses que j’aimerais faire.» 

Un personnage politique: «Il y a un gars en Australie qui s’appelait Gough Whitlam. Il a été premier ministre et il a reconnu des revendications territoriales des peuples aborigènes. C’était un gars qui se tenait debout pour les bonnes choses. Il savait prendre de grosses décisions. Je pense que c’était un homme moral. Beaucoup de gens de la génération de mes parents l’aiment, parce que c’était à une époque où la formation universitaire était gratuite. J’aime cette idée de la gratuité de l’éducation.» 

Un artiste visuel: «Esther Stewart est une artiste australienne qui est en fait une amie. Elle fait de superbes œuvres qui sont inspirées par l’architecture. Ses designs ont été remarqués par le créateur de mode Valentino et certains d’entre eux ont été intégrés dans une collection. Sa carrière a vraiment monté après ça...»