Dans la dernière année, Valerie June a porté sa musique sur quatre continents.

Valerie June, l’attrapeuse de chansons

Quand vient le temps de créer de la musique, Valerie June, qui fera escale au Palais Montcalm jeudi, ne semble pas être de celles qui se cassent la tête bien longtemps. Il y a bien ces inévitables questionnements lorsqu’elle s’installe à sa table de travail pour déterminer la couleur des arrangements et des instrumentations d’une chanson. Mais la chanson elle-même, Valerie June n’a, semble-t-il, pas eu à creuser pour la trouver. De sa propre description, elle l’a plutôt «reçue».

Depuis cinq ans, la carrière de l’auteure-compositrice-interprète Valerie June est en constante ascension : avec sa voix racée et son fin mélange de folk, de blues, de country et de bluegrass, l’Américaine a notamment rallié à sa cause Dan Auerbach des Black Keys, qui a coréalisé son premier «vrai» album en 2013, et Bob Dylan, qui l’a citée parmi «les bons» qu’il avait entendus récemment. Tout ça avec des chansons qui ont, selon ses dires, pratiquement été attrapées au vol.

«L’écriture, ça arrive pendant que je fais autre chose. Les chansons arrivent quand je voyage, quand je fais toutes sortes de choses. Je m’assois pour arranger la musique des chansons que j’ai reçues. Est-ce que je veux de la batterie ou des chœurs sur ça? Mais les chansons se créent à tous moments. Elles viennent quand je dors, quand je suis dans la douche, quand je suis dans l’avion…» résume de son chantant accent du Sud l’artiste originaire du Tennessee, désormais basée à Brooklyn.

«Parfois, ça arrive même sur scène. Je vais être en train de jouer une chanson et je vais en entendre une autre. C’est vraiment drôle quand ça arrive. Je ne peux pas toujours le contrôler», ajoute la musicienne, qui trouve aussi souvent de l’inspiration en cuisinant. Ç’a notamment été le cas pour la pièce Astral Plane, gravée sur son album The Order of Time, paru l’an dernier. Une chanson qui aurait pu aboutir chez Massive Attack : le groupe avait envoyé à June une musique à habiller, mais a finalement choisi une autre voie pour son projet.

«Je faisais revenir des oignons et de l’ail. Je ne me souviens pas ce que la recette finale devait être, mais j’ai tout arrêté quand le refrain s’est présenté», raconte la chanteuse, qui a ce soir-là préféré écrire une chanson que se préparer à souper. «Mais j’ai mangé plus tard dans la soirée!» rigole-t-elle au bout du fil. Nous voilà rassurés!


Les chansons se créent à tous moments. Elles viennent quand je dors, quand je suis dans la douche, quand je suis dans l’avion…
Valerie June

«Je pense qu’il faut juste être ouvert à tout ce qui vient vers nous, avance-t-elle. C’est une affaire enfantine. C’est comme un enfant qui joue avec de la pâte à modeler et qui, soudainement, se met à chanter quelque chose. C’est l’essence de ça que j’ai voulu conserver en vieillissant.»

Dylan et les autres
Dans la dernière année, Valerie June a porté sa musique sur quatre continents. Mais sa plus grande tape dans le dos est peut-être venue de quelques mots tirés d’une entrevue publiée sur le site du légendaire Bob Dylan, qui la citait parmi les artistes qu’il appréciait. Réaction?

«Aaaaahhhh!» résume la sympathique chanteuse. «Tu plaisantes? reprend-elle. Je suis une énorme fan de Bob Dylan. J’ai vraiment capoté, j’ai perdu la tête. J’étais assise à l’arrière d’une voiture quand mon ami m’a envoyé un message texte qui disait ça. Je me suis dit : “Oh mon Dieu, faut que j’aille lire ça de mes propres yeux”. Je n’en revenais pas!»

Valerie June n’a jamais rencontré Bob Dylan. Et pour elle, le compliment est d’autant plus porteur. «C’est ce qui fait la beauté de la chose. Il y a tant d’artistes que j’aime et j’imagine que c’est la même chose avec les gens qui aiment ma musique : on n’a pas besoin de parler à un artiste, ses chansons parlent. Et il y a tant d’artistes que j’aime qui sont partis, qui sont morts. La seule manière de leur parler est à travers leur musique et à travers l’esprit qu’ils ont insufflé aux chansons», évoque la chanteuse, confiant avoir été particulièrement peinée de la mort de Leonard Cohen.

«Quel auteur-compositeur incroyable, observe-t-elle. Je ne peux pas choisir une chanson préférée. J’adore Who by Fire, j’adore Suzanne, j’adore Sisters of Mercy. C’est sans fin…»

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LA POLITIQUE DE LA BONTÉ

Nous avons parlé à Valerie June deux jours après la cérémonie des prix Grammy, où la représentation des femmes a alimenté les débats. Interrogée sur sa perception de l’équité entre les sexes dans l’industrie musicale, l’auteure-compositrice-interprète a préféré prôner une vision positive des relations humaines… et viser plus haut. 

«Je viens de participer à un événement en marge des Grammy où j’ai rendu hommage à Emmylou Harris, raconte-t-elle. Ç’a été la plus belle des soirées, pleine d’amour. Il y avait tant de gens merveilleux dans cette salle pour chanter ses chansons. À la fin, elle s’est levée et elle a chanté à son tour. J’étais presque en larmes d’entendre le son de sa voix. Je me suis demandé quel genre de monde on est en train de créer. On doit être capable de créer un monde où tous les êtres sont honorés… Les murs que nous dressons, ils n’existent pas.»

Pour Valerie June, tout est question «d’entraînement de l’esprit». 

«C’est ça, le changement, croit-elle. C’est aussi simple que ça! C’est dans ta manière de parler, dans la manière de vivre ta vie. On n’a pas de temps ni d’énergie à perdre avec des choses qui ne sont pas ce changement positif que tu souhaites voir. Ce que je souhaite voir, c’est que tous les êtres de tous genres, de tous sexes, de toutes les couleurs se faire honneur et s’élever les uns les autres. C’est là-dessus que je me concentre.»

Voilà le message que Valerie June souhaite transmettre dans son art. Moins de politique et plus d’humanité, en somme… «Hell yeah! lance-t-elle. La vraie politique est là de toute façon! C’est la seule vérité. On peut débattre toute la journée et faire toutes sortes d’allers-retours, mais la seule vérité est dans la bonté humaine. Traitons les gens comme nous voudrions nous-mêmes être traités. C’est tellement simple et nous l’avons compliqué. Je ne comprends pas trop pourquoi…»  

VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Qui : Valerie June
  • Quand : 8 février à 20h
  • Où : Palais Montcalm
  • Billets : 48 $
  • Info. : www.palaismontcalm.ca