La chanteuse Kathleen Fortin et le pianiste Stéphane Aubin rendent hommage à la riche carrière du prolifique compositeur André Gagnon avec le spectacle Les 4 saisons d’André Gagnon.

Un vaisseau d’or pour André Gagnon

Qu’ont en commun le thème du téléroman Les dames de cœur, l’hymne disco Wow, Dans ma camaro, l’opéra Nelligan et Le petit concerto pour Carignan? Ce sont toutes des compositions d’André Gagnon, à qui le pianiste Stéphane Aubin a décidé de rendre hommage avec un spectacle qui sillonnera le Québec jusqu’en mai.

Pour couvrir la carrière complexe, longue et riche du prolifique compositeur québécois, Stéphane Aubin a choisi de l’accoler à la métaphore des quatre saisons. André Gagnon a signé à la fin des années 60 un album regroupant 12 classiques de la chanson québécoise repensés avec des arrangements baroques qu’il a baptisé Mes quatre saisons. Un certain Vivaldi en aurait inspiré le titre.

Pour ce spectacle hommage, le cycle en quatre devient un cadre flexible pour parler des différentes ambiances du répertoire d’André Gagnon.

«On voulait vraiment montrer quatre âges de sa vie. Sa jeunesse au printemps, son âge adulte avec ses albums solos, l’automne pour son côté très nostalgique et la période Nelligan et l’hiver pour son côté contemplatif», indique Stéphane Aubin.

Celui-ci a eu le coup de foudre pour les mélodies de Gagnon avec l’opéra Nelligan, créé en 1990. «Il y avait un secret là-dedans, dans sa manière de composer, que je voulais percer», note-t-il.

En 2005, Aubin accompagne au piano, en continu, une pièce de deux heures trente au Théâtre du Nouveau Monde. Quelle n’est pas sa surprise de recevoir un coup de fil du compositeur, qui tient à le féliciter. «André n’a pas peur d’aller vers les gens. Il vous parle en vous regardant droit dans les yeux, il aime mettre des gens de différents univers en contact», souligne Aubin. La conversation s’engage, pour ne jamais vraiment se terminer.


«Il y a quelque chose chez lui qui me fait beaucoup penser à Mozart, à Chopin et à Schubert»
Stéphane Aubin, au sujet d’André Gagnon

Pour rendre hommage tant au côté classique qu’au côté populaire du compositeur, il a imaginé un spectacle avec des cordes d’un côté, une batterie de l’autre et le piano au centre, qui crée le lien. Entre les pièces, on entendra des extraits d’entrevues accordées par André Gagnon au fil du temps. Impossible toutefois d’aborder son œuvre sans y inclure du chant. 

«Pour moi, André utilise le piano pour chanter, explique Aubin. Il y a quelque chose chez lui qui me fait beaucoup penser à Mozart, à Chopin et à Schubert. La ligne mélodique est vraiment le joyau à mettre en valeur.»

De Gagnon à Nelligan

C’est là que Kathleen Fortin est entrée dans l’équation.

À la création de l’opéra Nelligan, elle est adolescente, vit en campagne, n’a pas vraiment accès au spectacle. «Mais j’ai écouté l’album en boucle, tellement de fois! La poésie de Nelligan, lorsqu’on est adolescent, ça nous touche. J’ai été happée par ces grandes mélodies-là, si collées sur la poésie, je ne croyais pas que c’était possible d’écrire comme ça», raconte-t-elle les yeux brillants et enthousiaste. Elle a chanté La dame en noir dans toutes ses auditions pour des comédies musicales — «C’était ma carte de visite» — et, à la demande d’André Gagnon, elle a chanté le rôle de la mère dans la version concert de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Le compositeur l’invite à se mettre au travail, chez lui, et s’installe au piano. «Ça replaçait l’humilité. C’était une chanson que j’avais chantée beaucoup, mais il y avait encore du travail à faire. André Gagnon, c’est un bûcheux et un amoureux, quelqu’un de très exigeant envers lui-même et envers les autres», a constaté la chanteuse.

Dans Les 4 saisons d’André Gagnon, elle reprendra quelques extraits de Leyrac chante Nelligan, un spectacle créé dans les années 70. «Comme interprète, j’aime les chansons-fleuves, les grandes envolées. Les textes sont très importants pour moi, tout comme la mélodie, et quand les deux y sont, je suis comblée. La filiation entre André Gagnon et Nelligan est incroyable, on dirait que ces poèmes ont toujours été chantés», fait-elle remarquer.

Gagnon semble avoir trouvé son parolier ultime, celui qui lui permet de porter sa musique beaucoup, beaucoup plus loin, note Stéphane Aubin.

L’hommage a reçu le sceau d’approbation du compositeur, qui n’était pas encore venu voir le spectacle au moment de notre entrevue. «J’espère qu’il viendra, on l’a fait avec tellement d’amour, ce concert-là», glisse Aubin, qui a la volonté de léguer ce riche héritage à une nouvelle génération.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Les 4 saisons d’André Gagnon
  • Quand: 6 décembre, 20h (en tournée au Québec jusqu’au 20 mai 2018)
  • Où: Grand Théâtre de Québec
  • Billets: 49 $ (39 $ pour les étudiants)
  • Info: 418 643-8131 ou grandtheatre.qc.ca