L’auteur-compositeur Serge Fiori et le fondateur du cirque Éloize, Jeannot Painchaud

Un spectacle sur la musique d’Harmonium au Capitole l’été prochain

Serge Fiori a beau essayer de rester zen, ce qu’il vit comme tourbillon émotionnel depuis qu’il travaille à la confection musicale d’un spectacle axé sur la musique d’Harmonium, en collaboration avec le cirque Éloize, dépasse tout ce qu’il a connu. «Ça me brasse de revisiter tout ça. C’est comme voir le portrait de ma vie. Je fais juste penser à ça, câline…»

Le spectacle baptisé Serge Fiori, seul ensemble — en écho aux paroles de la pièce Le corridor/Les premières lumières, du mythique album L’Heptade — connaîtra son baptême le 6 mars, à Montréal, avant de s’installer au Théâtre Capitole de Québec à compter du 20 juin.

Depuis deux mois, Fiori travaille intensément avec son complice Louis-Jean Cormier sur l’enveloppe musicale du show, à partir des pistes originales. Des extraits de l’album 200 nuits à l’heure, composé avec Richard Séguin, figurent également au programme.

«On fait une écoute cette semaine [en présence de journalistes montréalais] et j’ai pas dormi de la nuit. On va loin dans nos expériences. Il y a eu des larmes […] Chaque jour, on est en studio. Le soir, je continue à écouter ça.»

À lui seul, le choix des 17 chansons qui renaîtront sur scène pendant deux heures, à travers les performances d’une vingtaine d’acrobates et de danseurs, représentait un défi en soi. Les décisions crève-cœur ont été nombreuses. Par exemple, la magnifique et inoubliable Comme un sage, qui dure 12 minutes, a dû être amputée de moitié.

«L’important, c’était de ne pas dénaturer les chansons. L’essentiel a été conservé, je n’ai pas de regrets. Je n’arrête pas de l’écouter.»


« L’important, c’était de ne pas dénaturer les chansons. L’essentiel a été conservé, je n’ai pas de regrets. »
Serge Fiori

«Il y en a que je ne pouvais pas retravailler, comme Pour un instant, enchaîne le musicien de 66 ans. C’est le genre d’icône de son auquel je ne voulais pas toucher. Très vite, moi et Louis-Jean, on a vu les tounes qui devaient rester et qui pouvaient être transformées sans qu’elles perdent leur signification.»

Being Serge Fiori

À ses côtés, le fondateur du cirque Éloize, Jeannot Painchaud, opine du bonnet. «Je suis assez puriste en matière de musique, mais c’est ça qui m’a jeté par terre, cette nouvelle dimension sonore qui ne dénature pas les pièces originales, mais qui, au contraire, les amène plus loin et qui apporte cette profondeur qui correspond à mes souvenirs d’adolescent. Musicalement, ça va être hallucinant. C’est une musique qui reste ancrée dans le cœur de beaucoup de Québécois.»

Enfant des Îles-de-la-Madeleine, où le cirque Éloize est né, Jeannot Painchaud ne pouvait trouver plus beau cadeau pour souligner les 25 ans de sa troupe. Pour la première fois en carrière, lui et ses collaborateurs doivent travailler à partir de la musique d’un tiers.

«Le défi est de trouver l’équilibre entre l’émotion et le côté impressionnant du cirque. La musique de Serge est tellement imagée. Il faut prendre cette sensibilité et la transposer dans 20 corps sur la scène. On veut respecter la profondeur de l’œuvre, mais aussi faire un party, une célébration.»

Ce voyage musical et poétique fera appel à plusieurs arts du cirque, dont du trapèze, de la corde lisse, du main à main, de la contorsion et de la magie. «Il y aura aussi beaucoup de danse», mentionne Jeannot Painchaud. «De la danse, ça me fait plaisir de voir ça. Je capote…», lance un Fiori fébrile.

Mais qu’en est-il du fil directeur du spectacle, de son idée principale? Le chanteur saisit la balle au bond. «T’as vu le film Being John Malkovich? Ben ça va être Being Serge Fiori. On va être dans ma tête, avec mes bonheurs, mes plaisirs, mes angoisses. C’est pas reposant, bonne chance…», conclut-il dans un éclat de rire.