Le metteur en scène François Racine et le chef Derek Bate proposent Rigoletto à l’Opéra de Québec.

Un Rigoletto à la Shakespeare

L’opéra Rigoletto de Verdi a beau être inspiré de la pièce Le roi s’amuse, de Victor Hugo, ce sera dans des atours shakespeariens qu’il sera présenté à l’Opéra de Québec. Cette sombre tragédie autour d’un bouffon vil et sinistre prendra vie dans une mise en scène de François Racine, sous la direction de Derek Bate.

Tous deux ne manquaient pas de verve pour présenter leur proposition artistique. Ils se sont côtoyés en 2015 pour Le château de Barbe-Bleue au Canadian Opera Company et trimeront dur, avec les interprètes, jusqu’à samedi prochain pour accoucher d’un Rigoletto en une cinquantaine d’heures — «trois fois moins d’heures qu’au théâtre», estime François Racine, qui se qualifie comme un metteur en scène qui suit la musique.

«Je me fie beaucoup à ses connaissances de musicien, indique-t-il en désignant son acolyte. L’opéra, c’est bicéphale.»

«La musique et le côté théâtral doivent être arrimés, sinon, ça ne donne pas une performance vivante, renchérit Derek Bate, en anglais [nous traduisons]. Nous discutons des personnages, des parties où l’histoire est ‘‘racontée’’, entre les airs, pour faire ressortir toutes les couleurs du texte.»

L’argument implique le libertin duc de Mantoue (qui sera joué par le ténor Steeve Michaud), Gilda, une jeune femme passionnément amoureuse (la soprano Raphaëlle Paquette, qu’on a pu voir dans Starmania Opéra) et son père Rigoletto, bouffon bossu et vengeur, qui sera interprété par le baryton Gregory Dahl, qui tenait le rôle de Gianni Schicchi la saison dernière. Le triangle pourrait être au cœur d’une comédie romantique, s’il n’évoluait dans un sinistre univers de coupe-gorge et de noblesse dépravée. Sans compter qu’une malédiction plane. 

«Je crois qu’il y a un seul motif musical qui revient tout au long de Rigoletto, et c’est celui de la malédiction. C’est justement cet air qui aura le dernier mot, à la toute fin», indique le chef. Plutôt que d’enchaîner les airs dans un opéra découpé en plusieurs moments forts, Verdi propose dans Rigoletto des arias beaucoup plus intégrés à la trame narrative, qui font presque office de monologues, ajoute-t-il.

Le chœur — uniquement des hommes — est composé des aristocrates de l’entourage du Duc, de véritables brutes qui n’hésiteraient pas à utiliser des moyens sanglants pour arriver à leurs fins.

Une deuxième fois

Il s’agira de la deuxième mise en scène de Rigoletto de François Racine, qui s’y était frotté à l’Opéra de Montréal en 2010. «C’est plus cruel encore que ce que je pensais à l’époque, constate-t-il. Le personnage de Rigoletto est ambivalent, ambigu, bipolaire, il est à la limite de la folie. Il entend des choses, il est extrêmement paranoïaque. Ça trace le portrait d’un monde assez obscur et sans issue.»

Le metteur en scène observe l’histoire d’amour entre Gilda et le Duc d’un œil nouveau. «Tout à coup, le playboy obsessif compulsif tombe vraiment en amour. Il faut le jouer comme tel, sinon, rien n’a lieu d’être, tout s’effondre. Si on joue ça pour de vrai, le troisième acte est encore plus cruel», croit-il.

Michel Baker, qui signe la scénographie, a eu l’idée de placer le drame dans un théâtre élisabéthain, un contexte «inhabituel, mais qui fonctionne très bien», assure le metteur en scène. «Ce lieu n’a pas nécessairement à être un décor, on crée le lieu avec la parole et la musique, dans un espace minimaliste. La lumière va être fondamentale. Ce sera très sombre, forcément, mais ce sera visuellement impressionnant», promet-il.

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Quoi: Rigoletto

Qui: Gregory Dahl, Raphaëlle Paquette, Steeve Michaud, Geneviève Lévesque, l’Orchestre symphonique de Québec et le Chœur de l’Opéra de Québec

Quand: samedi 21 octobre à 19h, ainsi que les 24, 26 et 28 octobre à 20h

Où: salle Louis-Fréchette, Grand Théâtre de Québec

Billets: 53 $ à 150 $, taxes et service en sus

Info: 418 643-8131 et www.operadequebec.com