Éli/Jérémie Doyon entouré des membres de la tempête : Simon Bourget, Madeleine Doyon, Mathieu Archambault et Mathieu Bourget

Un premier enregistrement pour Éli Doyon et la tempête

C’est une l’histoire d’un frère et d’une sœur qui, un jour, ont décidé de mélanger le banjo de l’un avec le trombone de l’autre. Celle, aussi, de la naissance d’un petit garçon qui remet tout en question. Et d’une fête de ruelle en haute-ville qui se prolonge finalement sur un premier enregistrement, en pleine tempête hivernale. Bienvenue dans l’univers d’Éli Doyon et la tempête!

Quand on se pointe à l’entrevue, celui avec qui on avait correspondu sous le nom d’Éli se présente en fait sous le nom de Jérémie Doyon. «Éli, c’est mon deuxième nom sur mon baptistaire», explique le meneur du groupe. «Je voulais créer une espèce de distance tout en restant moi-même», développe encore le résident de Saint-Jean-Baptiste.

Et pourquoi Éli Doyon et la tempête, tant qu’à y être? «On trouvait intéressant que ce soit un nom de groupe et non le nom d’une seule personne, ça donne vraiment une couleur unique au groupe. Et les cuivres, ce sont des instruments à vent, le vent c’est la tempête, et on déplace de l’air en spectacle! On trouvait que ça sonnait bien, une tempête tropicale autant qu’hivernale. On aime brasser des émotions», explique Jérémie.

C’est qu’au cœur du groupe, il y a deux têtes pensantes. Celle de Jérémie, musicien «le moins professionnel du groupe», clarinettiste de formation, gratteur de guitare et de banjo, qui élabore des mélodies et pond des paroles. Et celle de sa sœur, Madeleine Doyon, premier trombone à l’Orchestre symphonique de Laval, qui s’occupe des arrangements et possède le très utile talent, en tant que musicienne professionnelle, de pouvoir écrire les partitions, note le frérot.

Un défi
La fratrie a souvent été sollicitée pour se produire à des événements familiaux. C’était jusqu’à l’an passé. L’arrivée d’un fiston est venue brasser des choses dans la vie de Jérémie Doyon. Au début de l’été dernier, sa sœur et lui se sont donné le défi, durant la belle saison, de pondre quatre ou cinq compositions originales. Au fil de l’été, le mariage banjo-trombone les a inspirés à ajouter d’autres cuivres — un cor (Simon Bourget) et un trombone basse (Mathieu Bourget) — à la proposition, ainsi qu’un batteur (Mathieu Archambault) et même un contrebassiste (Olivier Amyot) tout récemment. Des ajouts faciles à trouver vu les contacts de la moitié féminine du duo. La tempête était lancée…

«On avait beaucoup de plaisir, on a laissé la chose se développer. Après l’été, on avait cinq tounes arrangées, on a présenté ça devant notre famille et nos amis dans une ruelle en haute-ville. La réponse a tellement été positive et on a eu tellement de plaisir qu’on a ressenti un gros vide après l’événement. On s’est dit : “on enregistre-tu”? Je suis allé cogner à des portes. L’Ampli nous a donné un soutien, Première ovation aussi. On s’est entouré de gens super compétents pour le son et la vidéo», poursuit le banjoïste. Il cite notamment Edgar Fritz, réalisateur du film Limoilou, qui a filmé leur session d’enregistrement, en pleine tempête cet hiver. Mais aussi Simon Pedneaut, fortement en vue ces temps-ci, qui est venu mettre la touche finale au mixage. «Je suis béni des dieux», lance le chanteur.

Entre le western et Patrick Watson
Le résultat de cette séance d’enregistrement: L’aube, un premier EP de six chansons aux envolées folk et cuivrées. On se croirait souvent en plein film western… et quelque part très près de Patrick Watson. C’est Jérémie Doyon qui le cite en premier comme une grande référence, et il est flatté que ce soit le premier artiste à qui l’auteure de ces lignes ait pensé en écoutant L’aube. «Je n’ai pas la prétention de faire quelque chose d’aussi bien», nuance-t-il rapidement. «Je suis un énorme fan de Patrick Watson, pour la musique qui est omniprésente. On n’entend pas toujours ce qu’il dit, mais ce qui compte, c’est l’émotion et les nuances. Ça me nourrit beaucoup, c’est quelque chose que j’avais envie de faire comme style de musique», explique-t-il encore.

De là les grandes envolées de cuivres qui tapissent les compositions d’Éli Doyon et la tempête. «On aime laisser la vedette et les grands moments musicaux aux cuivres, ils transmettent mieux les émotions que moi avec mes paroles», pense Jérémie Doyon. De là, aussi, les paroles éparses, posées dans un phrasé aérien. «Je suis plutôt un garçon de peu de mots, alors ça faisait du sens. Mais j’ai quand même des choses à raconter», ajoute-t-il.

Des paroles qu’il a finalement écrites en français, après avoir tâté l’anglais. «J’avais essayé en anglais, parce que c’était comme si on pouvait se cacher derrière quelque chose. Je me suis longtemps senti tout nu quand je chantais en français, il n’y a pas de barrière, c’est moi, mes mots. C’était inconfortable au début, mais c’est là que ça a marché», poursuit le trentenaire, qui dit écouter beaucoup de musique francophone québécoise, les Philippe Brach, Louis-Jean Cormier, Safia Nolin et Klô Pelgag de ce monde.

Il est encore tôt pour dire où l’aventure d’Éli Doyon et la tempête portera tout ce beau monde, d’une part les musiciens classiques à la suite de Madeleine, pour qui c’est un univers inconnu; d’autre part pour Jérémie lui-même, qui manœuvre en même temps un changement de carrière, passant du domaine de l’événementiel… à l’apiculture urbaine, chez Alvéole. Mais déjà, la petite troupe pourra déplacer sa tempête sur scène dans un premier engagement officiel, au Festival OFF, le 5 juillet. «On y va étape par étape», résume sereinement Jérémie/Éli Doyon.