Le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, sur la scène des plaines d'Abraham en 2015.
Le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, sur la scène des plaines d'Abraham en 2015.

Trois moments magiques au Festival d'été de Québec

En temps normal, les amateurs de musique auraient convergé vers les plaines d’Abraham en fin de semaine pour renouer avec Imagine Dragons, dont la prestation a été interrompue par l’orage l’an dernier, et Jack Johnson. C’était sans compter sur la pandémie de COVID-19, venue jouer les trouble-fêtes en provoquant l’annulation des grands rendez-vous estivaux, dont le Festival d’été de Québec (FEQ). Tandis que les Plaines et les autres sites du FEQ seront privés de musique cette année, la directrice générale de l’événement, Anne Hudon, et son directeur de la programmation, Louis Bellavance, ont jeté un œil dans le rétroviseur pour cibler trois de leurs coups de cœur des dernières années.

The Rolling Stones, 15 juillet 2015

Il y avait du monde sur les Plaines pour accueillir les Rolling Stones en 2015. Beaucoup de monde. «On n’était pas fort sur la distanciation sociale ce soir-là, observe Louis Bellavance. Ça ne circulait pas, ç’a en devenait inconfortable. Mais ç’a été tout un moment.»

Le programmateur l’avance sans gêne, les Stones ne figuraient «pas haut» sur sa liste de priorités à cette époque. S’il se décrit comme un grand fan, il n’était pas pressé d’amener la bande de Mick Jagger dans la capitale. «Je les ai vus en show très souvent, relate-t-il. Mais à un moment dans le début des années 2000, je les ai vus et je me suis promis que c’était la dernière fois. Sur 10 shows, c’était deux déceptions sur trois. Soit Keith [Richards] n’était pas là ou [Mick] Jagger avait l’air exaspéré. Il y avait de bons soirs et de mauvais soirs. Je me disais : “fais-toi pas ça, tu les aimes trop.” Je n’ai pas couru après les Stones.»

En 2015, le FEQ a néanmoins bonifié son budget de programmation pour pouvoir accueillir la tournée Zip Code des papis du rock. «Ces vieux bands-là ont des cycles, reprend Louis Bellavance. Il y a des périodes où ils sont en bonne forme. Parfois, ils vont créer du nouveau matériel intéressant et on va voir qu’il s’est passé quelque chose. Peut-être que tu t’étais tanné d’eux et tu te rends compte qu’il y a encore du gaz là-dedans. Mais des fois, le réservoir se vide. C’est un hit-and-miss, tu ne sais pas ce que tu vas avoir.»

En ce soir de juillet, sur la grande scène des Plaines, le pari a été payant pour le FEQ. «Cette tournée-là était relativement bonne pour les Stones, observe Louis Bellavance. Ils ont eu de bons soirs et de moins bons. Mais cette soirée-là, ils ont été impériaux. Dès les premiers accords, ils étaient là. Ce soir-là, on a eu un des beaux shows des Stones que j’ai vus. Et c’était le nôtre. C’était ici.»

La chanteuse Pink au FEQ en 2017

P!nk, 8 juillet 2017

Une redoutable machine pop, de la haute voltige jamais vue sur les plaines d’Abraham, des bracelets lumineux pour inclure les fans dans le spectacle et une foule monstre venue prendre part à la fête. Si P!nk s’était faite un peu plus discrète avant son passage dans la capitale en 2017, disons qu’elle n’a pas raté la cible sur la grande scène du FEQ.

«J’ai négocié ça directement avec l’Angleterre, raconte Louis Bellavance. Elle était représentée de là, elle n’était pas dans les circuits américains. On ne la voyait pas beaucoup. Là, elle a eu un gros retour, mais à ce moment-là, elle sortait d’un congé de maternité. Elle était pas mal disparue des radars. Pour moi, c’était un coup de maître d’entendre : “comment as-tu booké P!nk en festival avec le set-up qu’elle fait en arénas? ” Elle ne le faisait pas en festival, mais ils sont arrivés d’avance pour adapter ça. Ils étaient ouverts à tout, ils nous ont permis de filmer tout ce qu’on voulait.»

«À ce moment-là, dans la pop, on y allait encore au compte-gouttes, ajoute le directeur de la programmation. On avait fait Lady Gaga, mais des superstars de la pop, on n’en avait pas reçu beaucoup. Plusieurs gardent ça en tête comme un grand moment.»

Imagine Dragons a créé l'événement avec seulement deux chansons livrées dans l'orage en 2019.

Imagine Dragons, 13 juillet 2019

Deux petites chansons (Believer et It’s Time), voilà tout ce que les fans d’Imagine Dragons ont pu se mettre sous la dent avant que les plaines d’Abraham ne soient évacuées dans un violent orage le 13 juillet 2019. C’était toujours ça de gagné : les festivaliers n’auraient rien eu du tout si le groupe, confronté à des prévisions météo catastrophiques, n’avait pas devancé sa prestation de 15 minutes pour au moins leur faire un petit coucou.

«Ce moment m’a fait capoter, lance Anne Hudon. Ça aurait pu ne pas avoir lieu. L’énergie qui a été déployée par l’équipe en arrière, la relation qu’on avait développée avec les artistes, leur générosité envers le public… Tout ça s’est passé en cinq minutes. Ç’a été un arrimage, une sorte de point de rencontre. Il y a eu tout ce professionnalisme et cette générosité qui ont fait en sorte que ces deux chansons-là ont été mémorables pour plein de gens.»

Selon Anne Hudon, un rien aurait pu réduire Imagine Dragons au silence.

«S’il y avait eu un ou deux grains de sable dans l’engrenage, on n’aurait pas eu ces deux tounes-là, avance-t-elle. Ça s’est tellement passé vite, tout le monde a poussé dans le même sens. Ç’a été spectaculaire.»

Le groupe américain devait prendre sa revanche cet été sur les Plaines. Encore une fois, pas de chance. Jamais deux sans trois?