Construit à partir d’images d’archives inédites, de films super 8, de captations de spectacles et autres lettres intimes, le documentaire «Maria by Callas» de Tom Volf est le fruit de quatre années de recherches.

Tom Volf dans l’intimité de Maria Callas

Avant de se lancer dans la réalisation d’un documentaire sur Maria Callas, Tom Volf ne connaissait absolument rien à l’opéra. «Je savais à peine que ça existait. C’était une autre planète.» Jusqu’à ce soir de janvier 2013, à New York, où le hasard a voulu qu’il achète un billet pour une représentation de «Marie Stuart», au Metropolitan Opera.

«Ç’a été le premier coup de foudre. Le deuxième est survenu quand je suis rentré chez moi et que j’ai découvert Maria Callas. La première chose qui est apparue quand j’ai tapé ‘‘bel canto’’ dans Google, c’est elle.»

Bouleversé par cette voix, le jeune étudiant en médecine se lance alors dans une quête afin de mieux connaître la femme derrière la diva assoluta. Après quatre ans d’une recherche qui l’a mené dans plusieurs pays, auprès de parents et d’amis de la cantatrice, il en résulte le documentaire Maria by Callas, un portrait intime de cette star méconnue, construit à partir d’images d’archives inédites, de films super 8, de captations de spectacles et autres lettres intimes.

«Mon objectif de départ était de faire un film entièrement dans ses propres mots, de ne pas trahir son souvenir avec toutes sortes d’interviews ou en ayant recours à une narration», explique le cinéaste, rencontré le mois dernier, à l’occasion de son passage au Festival de cinéma de la ville de Québec.

Confronté à «un immense puzzle», Volf doit faire un tri. La première version de son film fait presque quatre heures. Il lui faudra couper de moitié. «Je suis fier d’avoir réussi à garder la quintessence à la fois des images et des épisodes de sa vie et, surtout, de toutes les facettes de sa personnalité d’artiste et de femme. Le film est assez équilibré entre Maria et la Callas. On passe d’une à l’autre en permanence.»

Rumeurs et légendes

À l’écran, la diva apparaît dans toute sa force, mais aussi dans toute sa fragilité. La petite fille d’immigrés grecs de New York devenue une icône planétaire est filmée, triomphante, sur les plus grandes scènes du monde, pourchassée ici par les journalistes, là dans des moments plus intimes, par exemple sur le yacht de l’amour de sa vie, le milliardaire Aristote Onassis, qui la laissera pour épouser Jackie Kennedy.

Seul accroc à l’absence de narration souhaitée par son auteur, la voix de Fanny Ardant, qui donne vie à quelques extraits de ses mémoires, dont une lettre adressée à Onassis. «J’aime à penser qu’on oublie très rapidement que c’est Fanny Ardant. On a plutôt l’impression que c’est sa voix. Je tenais à ce point de vue interne omniprésent.»

À travers son film, Volf déboulonne quelques rumeurs et légendes autour de la personnalité soi-disant difficile de son idole, décédée en 1977, à l’âge de 53 ans. Ses recherches l’incitent à épouser une version plus nuancée de certains épisodes houleux de sa carrière.

Il s’est dit et écrit beaucoup de faussetés sur Maria Callas et elle en a souffert, estime Tom Volf.

«Il s’est dit et écrit beaucoup de faussetés et elle en a souffert. Elle a essayé souvent de rectifier la vérité, mais n’y est jamais parvenue. C’était important pour moi que le film parvienne à la montrer telle qu’elle était véritablement, et non pas à travers ce qu’en ont dit les journaux de l’époque.»

Petite opinion d’elle-même

À cet égard, la chanteuse n’aurait pas été l’artiste colérique et impétueuse qu’on s’est souvent plu à décrire. «Les moments de tension [montrés dans le film] sont en fait des réactions à des injustices qu’elle a subies. Ce ne sont pas du tout des caprices. J’ai découvert qu’elle avait une humilité incroyable. Jamais elle ne se croyait au-dessus des autres. Bien au contraire, elle avait plutôt une petite opinion d’elle-même.»

De l’avis du documentariste, la vie et les chansons de Maria Callas ne faisaient qu’un. D’où l’idée d’insérer des sous-titres dans les extraits d’opéras afin de faire comprendre que le choix de plusieurs pièces s’inscrivait souvent dans un contexte personnel. 

«Quand elle choisissait d’interpréter un air, ce n’était pas par hasard, c’est parce qu’il avait un rapport avec sa propre vie. Le meilleur exemple est cet extrait de Carmen (L’amour est un oiseau rebelle) qu’elle n’avait jamais chanté de sa vie jusqu’au jour où commence sa grande histoire d’amour avec Onassis. Ça reflétait ce qu’elle vivait dans sa vie.

«Elle le dit elle-même dans le film: si vous écoutez attentivement, vous trouverez tout de moi, poursuit-il. On comprend qu’il y a dans ses chansons tout ce qu’elle est comme femme, ses joies, ses peines. C’est le lien entre Maria et la Callas.»

La plus grande

Pour Tom Volf, on le devine, Maria Callas a été la plus grande chanteuse d’opéra de l’histoire, une artiste dont la voix est capable de séduire et d’émouvoir encore aujourd’hui tous les publics, même les plus néophytes.

«Comme moi, il y a cinq ans, alors que je connaissais rien à l’opéra, les gens peuvent être touchés, même s’ils ne la connaissent pas. Sa voix, c’est une émotion avant tout. Elle est capable de rendre addict. L’intensité de l’émotion à travers ses airs est tellement forte qu’on ressent le besoin d’en écouter encore et encore.»

Maria by Callas prend l’affiche le 26 octobre.