Avec <em>Frenchy</em>, Thomas Dutronc offre un album de relectures qui revisite avec fierté des incontournables de la chanson française.
Avec <em>Frenchy</em>, Thomas Dutronc offre un album de relectures qui revisite avec fierté des incontournables de la chanson française.

Thomas Dutronc : De Trenet à Daft Punk

Thomas Dutronc ne semble pas manquer de discipline. Pendant qu’il était confiné — tout comme son nouvel album, qui aurait dû voir le jour en mars — pour cause de pandémie de COVID-19, le musicien a offert des leçons de guitare sur Facebook. Chaque jour, à la même heure, pendant un mois et demi… Et sans jamais mettre de l’avant son propre répertoire.

«Je m’en suis fait un point d’honneur», évoque au bout du fil le principal intéressé. «En fait, je ne suis pas nécessairement discipliné de nature, précise-t-il. Mais on se rend compte que sans discipline, on n’est pas grand-chose, quand même. Si on n’est pas un génie, vaut mieux être discipliné...»

L’album de reprises Frenchy, un projet justement ancré dans les voyages et les collaborations, a ironiquement été freiné cet hiver, quand le coronavirus nous a forcés à nous encabaner chacun de notre côté. «J’étais inquiet, j’étais décontenancé du fait que mon disque devait sortir le 20 mars. On avait déjà commencé à faire un beau travail pour l’annoncer. On s’est fait couper l’herbe sous le pied, donc j’étais un peu embêté», confie Thomas Dutronc, qui a eu l’occasion au fil de l’aventure de partager le studio avec Iggy Pop, Diana Krall, Stacey Kent, Billy Gibbons (ZZ Top) ou Jeff Goldblum.

«On a fait cet album en se disant qu’il allait nous faire voyager. On voulait le sortir aux États-Unis. On n’a pas fait une croix sur ce plan… C’est juste que ça va être un peu repoussé.»

«On peut être fier»

Fils de deux grands de la chanson française — Françoise Hardy et Jacques Dutronc —, Thomas Dutronc creuse son sillon de son côté depuis qu’un premier album aux sonorités gipsy, Comme un manouche sans guitare, lui a permis il y a 13 ans d’être sacré Révélation du gala des Victoires de la musique.

Avec Frenchy, le chanteur et guitariste a eu envie d’élargir ses horizons tout en mettant en exergue des joyaux musicaux qui ont traversé les frontières de son pays.

Le français et l’anglais se marient dans cette brochette de relectures qui revisitent autant des standards du jazz, des incontournables de la chanson française… et de «nouveaux classiques» comme Get Lucky de Daft Punk ou Playground Love du duo Air.

«On n’avait pas envie de rester dans les années 50, 60 ou 70. On a eu envie de mélanger les époques. Il y a beaucoup d’autres choses françaises qui ont fonctionné fort à l’international ces derniers temps», illustre Dutronc.

«C’était vraiment un désir de tourner dans d’autres pays que les pays francophones, ajoute-t-il. On voulait monter une petite tournée aux États-Unis, au Japon, en Allemagne, en Angleterre ou je ne sais où. On s’est demandé : “qu’est-ce qu’on a en France dont on peut être fier et que les autres pays n’ont pas?” On a la guitare de Django, mais on a aussi cette chanson française qui a fait le tour du monde. On a cette chance et on l’oublie trop souvent. Souvent, on a l’impression qu’on critique tout et que rien ne va jamais. Mais on peut être fier.»

«Merveilleux» musiciens

S’il reconnaît qu’il n’était pas d’emblée convaincu par l’idée d’un album complet de reprises, Thomas Dutronc dit s’être laissé gagner par l’enthousiasme et la dextérité des musiciens qui l’ont accompagné dans ce périple, le guitariste Rocky Gresset en tête.

«Je me disais : “À quoi bon refaire des choses qui existent déjà dans des versions tellement belles?” note Thomas Dutronc. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt. Puis, j’en ai parlé à Rocky Gresset, qui est mon vieil ami, mon vieux frère que j’ai connu il y a plus de 20 ans, quand il avait 15 ans. Il jouait déjà vraiment comme un dieu, il a un niveau de guitare vraiment international. Il m’a dit : “C’est la musique que j’adore depuis toujours. Ne t’inquiète pas, on va faire quelque chose de beau”. Il m’a donné cette envie. J’aurais voulu faire un disque comme ça avec de grands musiciens, ça n’aurait pas eu un grand intérêt. Là, ce sont des musiciens qui sont plus que grands. Ils sont merveilleux, ils nous émerveillent...»

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DES MIRACLES EN STUDIO

Quand il parle des musiciens et chanteurs qui se sont joints à lui en studio pour immortaliser Frenchy, Thomas Dutronc avance à quelques reprises le mot «miracle». 

Il y a d’abord celui de voir le rockeur américain — et francophile assumé — Iggy Pop embarquer dans le bateau. «Son tourneur européen lui a parlé de nous, relate Dutronc. Il faut savoir qu’Iggy Pop adore tout ce qui est français. Sur ses derniers disques, il a chanté pas mal de trucs en français. C’est surprenant parce qu’il a un attrait pour la France qui est assez fort. Il connaît bien Gainsbourg et Jane Birkin, il connaît mes parents et moi… Tout ça lui plaît, donc il a dit oui.»

Un deuxième «miracle» s’est produit quand Iggy Pop a eu l’idée d’amener avec lui la vedette jazz Diana Krall, avec qui il souhaitait depuis un moment collaborer. Ça s’est concrétisé avec Dutronc sur une version de C’est si bon

«Ils ont dit : “Est-ce que tu penses que Thomas sera d’accord?” Vous pouvez me croire : il n’y avait pas de problème!» rigole le chanteur. 

Thomas Dutronc, Iggy Pop et Diana Krall

Billy Gibbons n’a pas été trop difficile à convaincre non plus… Surtout que la douce moitié du barbu ZZ Top penchait semble-t-il du côté de Dutronc. 

«Je suis hyper fan, lance ce dernier. J’adore son jeu de guitare, son style, son côté ludique. J’adore le personnage. Je l’ai vu en concert il y a cinq ans et j’ai pris un pied fou! Quand on lui a fait la proposition, on lui a fait écouter le titre. Sa femme passait à côté. Apparemment, elle a vécu ses 20 ans comme danseuse à Paris. Elle a dit : “Ah, c’est super, ça me rappelle des souvenirs. Tu dois le faire”. Du coup, il l’a fait et c’est extraordinaire!»  Geneviève Bouchard