Depuis un an et demi, Stephane Wrembel tente d’apprendre tout le répertoire solo de Django Reinhardt.

Stephane Wrembel: pour l'amour de Django

Stephane Wrembel est tombé amoureux de la guitare à 15 ans et de la musique de Django Reinhardt à 19 ans, au festival qui lui est consacré à Fontainebleau. Maintenant quarantenaire, son enthousiasme n’a pas failli, au point qu’il organise ses années autour d’un cycle de festivals, d’expérimentations et d’enregistrements consacrés au maître.

Le Français est établi à Maplewood, à 25 minutes de New York. Chaque dimanche, il joue, avec ses musiciens, à Barbes, à Brooklyn. «Les gens remplissent la salle sans savoir si on va jouer du Django ou mes morceaux. Ils sont juste là pour la musique. C’est vraiment agréable de pouvoir jouer ce qu’on veut», souligne-t-il. «Personne ne s’attend à avoir quelque chose de traditionnel à New York. Il peut y avoir un pianiste classique, une chanteuse de pop et un percussionniste africain qui créent ensemble quelque chose de nouveau. Tout est possible.»

Woody Allen a utilisé sa pièce Big Brother pour le film Vicky Cristina Barcelona et lui a commandé une valse musette qui capterait l’esprit de la Ville lumière pour Minuit à Paris. Un mandat dont Stephane Wrembel s’est acquitté en trois heures. «J’ai appelé mon bassiste, il a pris le train depuis le Bronx. Pendant ce temps-là, j’ai pris une grille standard de musette, j’ai composé, enregistré la guitare et lorsqu’il est arrivé, on a ajouté la basse. Il a fait deux prises et on a pris la meilleure», raconte le compositeur.

Depuis un an et demi, il s’attelle à la tâche d’apprendre tout le répertoire solo de Django. «Ce qui n’a jamais été vraiment fait», indique Stephane Wrembel. «Il a fait des pièces solo magnifiques, on dirait des préludes de Debussy.»

Élevé par une mère pour qui la musique faisait partie de l’éducation au même titre que les mathématiques, Wrembel a commencé le piano à 4 ans, à l’école de Nadia Boulanger. «J’y ai acquis une manière particulière d’interpréter la musique, raconte Wrembel. On peut approcher Django comme ça, en écoutant chaque phrase, en voyant comment elle s’imbrique avec celle d’avant, comment interpréter chaque note, comment voir l’harmonie qui se cache derrière, quel est le bon tempo. Faire attention à tous ces détails, ça prend tellement de temps. Puis, il faut animer les notes d’une manière qui nous est propre, trouver sa propre interprétation.»

Chez Django, il voit des caractéristiques de Debussy et de Ravel, une parenté avec la musette autant qu’avec le jazz. «Il est un peu difficile à comprendre, il a une touche swing, c’est un guitariste gitan, mais ça va beaucoup plus loin que ça. Quand on gratte un peu, on voit que c’est un impressionniste avant tout. J’ai vraiment envie de montrer le socle sur lequel repose toute sa musique et, en faisant des compos, de montrer comment on peut continuer de partir de ce socle pour créer», expose-t-il.

Un nouvel album

Il consacre chaque année du temps au répertoire de Django, comme les pianistes reviennent sans cesse à Chopin, Bach ou Mozart. Il organise au printemps le festival Django à gogo, où 30 élèves peuvent bénéficier des enseignements de grands maîtres de la guitare manouche, puis, à l’été, il entre en studio pour enregistrer un nouveau volume de Django Experiment. «On se met en situation de concert dans un studio. On ne planifie pas trop, on joue ce qu’on a envie, en faisant une prise ou deux de chaque morceau. Je veux que ça ait un côté naturel et spontané, dans l’esprit du live», indique le guitariste. Le quatrième disque sera lancé le 23 janvier, jour anniversaire de Django. Puis le cycle recommence. «Jusqu’à ce qu’on meure! lance-t-il. C’est comme un battement de cœur, qui revient comme un tempo.»

Le spectacle du Stephane Wrembel Band aura lieu au Grand Théâtre de Québec, le samedi 27 octobre à 20h (Les Sourcils assurent la première partie). Avant le concert, à 13h30, Stanley Péan animera une discussion sur l’œuvre de Django Reinhardt en compagnie de Stephane Wrembel et de François Rioux, des Lost Fingers, au bar Le Détour, dans le GTQ.