Élevé entre Montréal et Maliotenam, Shauit a découvert la musique en fréquentant le Festival Innu Nikamu.

Shauit: reggae et racines

Quand est venu le temps de développer son projet musical, on ne peut pas dire que Shauit se soit contenté de suivre un sentier battu. À faire du reggae en langue innue, on peut même dire que le musicien, qui se produira jeudi à l’Impérial au Solstice autochtone, défriche lui-même un chemin pour le moins unique.

Élevé entre Montréal et Maliotenam, près de Sept-Îles, Shauit a découvert la musique en fréquentant le Festival Innu Nikamu. «Je voulais faire comme Kashtin», note au bout du fil l’auteur-compositeur-interprète. Ses études secondaires dans la métropole ont eu tôt fait de réorienter ses envies musicales. «C’était une école très multiculturelle, décrit-il. Il y avait des danses, c’était au goût des jeunes. Il y avait beaucoup de hip-hop, mais c’est aussi là que j’ai entendu pour la première fois du dancehall, cette tranche du reggae jamaïcain. Je suis tout de suite tombé en amour.»

Très attaché à ses racines, Shauit tenait à chanter dans la langue de ses ancêtres. Le hic, c’est qu’il ne l’avait jamais apprise. «Je suis métissé. Mon défunt père était originaire de Saint-Quentin. J’ai été élevé en français. Ma mère pensait que c’était peut-être mieux, que j’aurais peut-être moins de misère à l’école. Elle voulait que j’aille loin», explique le musicien, qui s’est retroussé les manches pour apprendre la langue innue. Le processus, qui s’est échelonné sur quelques années, s’est accéléré lorsqu’il s’est installé à temps plein à Maliotenam, au tournant de l’âge adulte. 

«Ma première chanson, je l’ai faite en français et un ami m’a aidé à la traduire. Maintenant, je suis capable de faire mes chansons presque tout seul. Je fais mes textes, mais j’ai encore une insécurité et je vérifie auprès d’un expert de la langue innue», précise-t-il. Une rigueur qui tient pour Shauit de l’engagement. «Pour moi, faire des chansons, c’est une bonne manière de promouvoir la langue innue et d’encourager les jeunes à la parler», avance-t-il. 

Le solstice plus que la Saint-Jean

Shauit a fait paraître fin 2017 un premier album sur lequel il chante des textes traitant de spiritualité (il se dit très croyant), d’environnement, d’espoir et d’amour. Il y a aussi gravé la pièce Bienvenue nuitsheuakan, qu’il a écrite en prévision du spectacle de la Fête nationale à Montréal, où il a été invité l’an dernier. 

«Je suis content d’avoir été choisi pour représenter les Autochtones à cet événement-là. C’est toujours plaisant de voir qu’il y a des efforts de rapprochement et d’inclusion qui sont faits», note Shauit, ajoutant du même souffle que la Saint-Jean-Baptiste, ça ne lui parle pas vraiment et qu’il ne l’avait jamais fêtée auparavant. 

«Oui, j’habite au Québec. Mais c’est une question d’identité. Nous autres, on s’identifie à quelque chose de plus vieux que le Québec», nuance-t-il. 

«Je suis un peu rebelle en ce sens-là, reprend-il. Moi, quand je vais chasser le caribou dans le nord, je ne me dis pas: “ah! On est rendu au Labrador”. Je vais me dire: “ah, on est rendu au bout où il y a beaucoup de porcs-épics!” Je niaise un peu, mais c’est vrai que je n’ai pas ce sentiment-là d’être dans un pays qui est délimité. Ça n’existait pas avant. C’est une décision qui a été prise contre nous autres, sans notre approbation…»

À l’inverse, il se dit interpellé par la fête du solstice, qui porte selon lui une symbolique importante dans les Premières Nations. «Je pense que c’est une occasion pour qu’on puisse tout le monde se rassembler et fêter ensemble, qu’on soit autochtone ou non, indique-t-il. Moi, ce que je recherche, c’est une bonne entente, c’est le retour de l’amitié qui a été brisée entre nos deux peuples. C’est ma vision, c’est mon espoir à moi.»

Organisée par le Cercle Kisis, qui se consacre au rapprochement entre les peuples et au rayonnement des cultures des Premières Nations, la célébration du Solstice autochtone se mettra en branle dès 17h à l’Impérial, lors d’un 5 à 7 où un conte et un «goûter autochtone» seront servis. La soirée se poursuivra en théâtre dès 19h avec la pièce Muliats, qui traite (littéralement!) de cohabitation en racontant l’histoire d’un Innu de Mashteuiatsh qui s’installe à Montréal. La prestation de Shauit et ses musiciens suivra à 21h. 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Solstice autochtone

Quand: 21 juin dès 17h

Où: Impérial

Accès: gratuit 

Info: www.imperialbell.com ou www.facebook.com/cerclekisis