Le trompettiste Sergei Nakariakov

Sergei Nakariakov au Domaine Forget: l’appel de la trompette

Bruyante, la trompette? En interprétant des retranscriptions de pièces de Schuman et Tchaïkovski, Sergei Nakariakov montre plutôt toute la douceur et la sensibilité de l’instrument. Le musicien israélo-russe est de passage au Domaine Forget cette semaine, le temps de transmettre un peu de son expérience aux jeunes musiciens.

«Ça fait pas mal de temps déjà que je suis trompettiste», note le musicien, qui vient d’entrer dans la quarantaine. «Ce que j’aime lorsque j’enseigne, c’est quand je peux voir certains résultats. Ça n’arrive pas à chaque fois!»

Lorsque, encore enfant, il a troqué le piano pour la trompette, ce choix d’instrument portait une certaine part d’originalité. Sa mère a joué du violon, son père du piano et tous deux se sont connus dans un orchestre symphonique amateur. «La trompette, c’est un instrument que mon père aimait bien et dont il aurait voulu jouer, mais sa mère ne le lui avait pas permis», raconte Nakariakov. Pourquoi? «Parce que ça a la réputation d’être bruyant. Les gens ne savent pas nécessairement tout ce que la trompette peut faire», indique le musicien, qui contribue depuis 30 ans à changer cette perception.

Il a grandi en Russie jusqu’à ses 14 ans, lorsque sa famille a eu l’opportunité d’aller s’établir en Israël, où ses parents vivent toujours. Ses études en musique l’ont toutefois rapidement amené en France, où il vit toujours.

«Après, je ne sais pas, je suis resté là. C’est joli, mais surtout pratique, parce que c’est au centre de l’Europe», indique Nakariakov, qui voyage partout.

Au contact des futures étoiles de la trompette, il remarque que le niveau de maîtrise de l’instrument se développe, alors que le répertoire s’étoffe. «L’histoire de la trompette est assez particulière. D’une part, c’est très ancien, c’est un instrument biblique, mais la trompette moderne n’existe que depuis le 19e siècle. Donc par rapport au violon, on a vraiment un répertoire plus réduit», expose-t-il. Notant qu’il semble y avoir de plus en plus d’intérêt pour les cuivres en général, il se réjouit de voir de plus en plus de jeunes filles oser choisir la trompette. On pense entre autres à Lucienne Renaudin Vary, qui faisait ses débuts au Canada l’an dernier avec les Violons du Roy.

Le prestigieux Concours international Tchaïkovski, qui se déroule à Moscou tous les 4 ans, s’ouvre cette année aux instruments à vent et Sergei Nakariakov fera partie du jury. «Ça permettra de découvrir de nouveaux talents du monde entier», note-t-il.

Impossible, toutefois, de tout jouer à la trompette… «Il y a certaines limites. Déjà, on ne peut pas jouer plus d’une note en même temps. Il y a aussi des limites de timbre et de diapason, on ne peut pas jouer trop grave ou trop aigu», explique-t-il. On peut toutefois reproduire de nombreuses inflexions de la voix humaine, un atour considérable pour réussir à toucher l’auditoire.

Frère et sœur

Vendredi, au Domaine, il aura l’occasion de jouer de la trompette et du bugle avec sa sœur, la pianiste Vera Okhotnikova. La fratrie se retrouve de plus en plus rarement sur la même scène, depuis que les carrière de chacun les éloignent.

Il sera ensuite de passage en juillet à l’International Trumpet Guild Conference, qui se tiendra à Miami, et où plus d’une soixantaine de trompettistes se produiront. J’y jouerai un morceau moderne que le compositeur allemand Jörg Widmann a composé pour moi il y a quelques années. Puis j’irai en Chine, en Corée, en République tchèque, en Russie, en Israël, en Allemagne… ce sera un gros été», évalue le musicien.

Sergei Nakariakov sera en concert le 14 juin à 20h au Domaine Forget, avec un ensemble de cuivres et Vera Okhotnikova (piano). Info : www.domaineforget.com