Le duo Sab & Steph

Sab & Steph : Au-delà de conte de fées

Étiquetées instantanément en 2013 comme «les jumelles de “La voix”», les sœurs Sabrina et Stéphanie Barabé ne pouvaient pas faire trois pas dans la rue sans se faire reconnaître. Six ans plus tard, après avoir connu les hauts et les bas de l’industrie musicale, elles poursuivent leur rêve avec franchise et lucidité en lançant «Aux quatre vents», un minialbum bilingue de six chansons.

Celles qu’on connaissait auparavant comme Les jumelles Barabé se présentent désormais comme Sab & Steph. Elles avancent une motivation d’affirmer leur individualité, en somme, sans renier leur sororité. Comment le pourraient-elles, avec des visages si similaires qu’une peut déjouer le système de reconnaissance faciale de l’iPhone de l’autre et des voix difficilement différenciables en chanson… et en entrevue téléphonique!

«Cette passion pour la musique est vraiment née à deux, résume Stéphanie. Quand on était jeunes, on faisait la vaisselle et on chantait a cappella, on faisait des harmonies. On s’amusait à écouter des boys bands comme Boyz 2 Men, Backstreet Boys ou The New Kids on the Block et on aimait ça aller chercher les harmonies vocales de l’un et de l’autre. C’est comme ça que ça s’est développé et c’est aussi comme ça que notre confiance personnelle a grandi.»

Explorant désormais le créneau new-country, les frangines ont mitonné quatre nouvelles chansons en français et des adaptations anglaises de deux de celles-ci. Le tout avec la complicité des réalisateurs Pat Bouchard et Luke Sheets, un musicien de Nashville rencontré par l’entremise de Fred St-Gelais. Ces pièces font suite à l’album Réflexion, paru en 2015 et qui leur avait valu une nomination au gala de l’ADISQ.

Une «montagne russe»
Sabrina et Stéphanie Barabé l’expriment sans ambages : si elles ont accédé à une célébrité instantanée grâce au concours télévisé La voix, leur carrière n’a pas été un conte de fées depuis. Oui, le tremplin a été appréciable. Même qu’elles ont vite quitté la capitale pour Montréal afin de mettre à profit la visibilité dont elles ont bénéficié. Mais celles qui autoproduisent leur projet parlent de la suite comme d’une «montagne russe» d’émotions.

«Tu vas passer de croire à ne plus croire à ton rêve. C’est un milieu difficile. Tu te demandes : “est-ce que je vais réussir un jour à en vivre et à percer dans ce milieu-là?” Si tes attentes en tant qu’artiste sont d’être une superstar et de vivre le rêve, je pense que le focus n’est pas à la bonne place», observe Stéphanie.

Les sœurs ne cachent pas qu’elles occupent toutes deux un emploi régulier — l’une dans une entreprise Web, l’autre à titre de professeure de musique dans une école primaire — pour joindre les deux bouts. Pas une pointe d’amertume dans la voix. Seulement un constat sur la précarité qui vient souvent avec le métier de musicien et le fait que les perspectives changent à mesure qu’on avance dans la vie.

«À 35 ans, on a besoin d’une certaine stabilité. On ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche jusqu’à 90 ans. Pour ma part, je me suis dit : “si je ne suis pas capable de vivre de ce métier-là, je vais trouver autre chose qui puisse me combler”. Je peux continuer à faire de la musique, mais sans avoir cette pression d’arriver à la fin du mois», note Sabrina.

«Quand on rêve à quelque chose et qu’on y croit, on a parfois tendance à le tenir à deux mains, ajoute Stéphanie. L’idée, c’est de laisser aller, de faire confiance à la vie et de se dire : “je ne deviendrai peut-être pas Céline Dion, mais je vais devenir qui je suis supposée devenir”.»

Dans un souci de transparence, les jumelles ne se gênent pas non plus pour partager certains éléments de leur vie privée sur les réseaux sociaux, question notamment de mettre leurs créations en contexte et de maintenir un lien avec leur public.

Celles qu’on connaissait auparavant comme Les jumelles Barabé se présentent désormais comme Sab & Steph.

«Je ne commencerai pas à raconter ce qui se passe dans mon intimité tous les jours. Mais si je vis une joie comme celle d’acheter ma première maison, j’ai envie de la partager», confie Sabrina, qui inscrit dans la même démarche le coming out public que sa sœur et elle ont fait en 2016.

«Peut-être que tout le monde pensait que je finirais avec un mari et deux enfants, ajoute-t-elle. La réalité, c’est qu’il n’y en a pas de stéréotypes. C’est ce qui est beau dans le message. C’est de dire : “oui, je suis une blonde aux yeux bleus, mais j’ai le droit d’aimer une femme”. Et c’est correct! Ça envoie le message : “soyez qui vous êtes et assumez-vous!”»

Quelque chose à ajouter, Steph? La réponse est venue sous la forme d’un «Amen» bien senti et d’un grand éclat de rire...

Aucun spectacle n’est encore prévu à Québec pour Sab & Steph, mais elles se produiront au Café bistro St-Bruno de Saint-Bruno-de-Montarville le 9 novembre et à la salle Claude-Léveillé de la Place des Arts le 1er février. Elles ont aussi pris part à l’émission Tout simplement country, animée par Guylaine Tanguay, qui sera diffusée l’an prochain.