Le Belge Témé Tan

RIDEAU: courtiser le Québec

S’ils nous arrivent d’Europe, le Québec ne leur est pas étranger pour autant. Et voilà qu’ils bravent l’hiver pour creuser leur sillon auprès des spectateurs et des diffuseurs d’ici. Les Français Joe Bel et Radio Elvis et ainsi que le Belge Témé Tan sont de ceux qui ont traversé l’Atlantique pour prendre part au volet international de RIDEAU, la grande foire des arts de la scène qui se déploie cette semaine dans la capitale. Le Soleil les a rencontrés lundi.

TÉMÉ TAN: DÉJÀ CHEZ LUI

En écoutant parler Témé Tan des artistes d’ici, on ne peut s’empêcher de penser que le Belge pourrait en apprendre à bien des Québécois aux oreilles moins curieuses que les siennes… 

La liste de Tanguy Haesevoets (de son vrai nom) commence avec Jean Leloup, qu’il a écouté lorsqu’il était ado. Il cite Alaclair Ensemble, puis Karim Ouellet et Men I Trust, découverts en creusant un peu plus loin. Le Belge d’origine congolaise tend une perche à Jérôme 50, avec qui il aimerait bien collaborer. Il évoque aussi Les Louanges, lui qui a fait le voyage jusqu’à Paris pour voir le Lévisien en concert. Et si tout va comme prévu, son prochain disque pourrait bien compter sur l’apport de Pierre Kwenders et d’Elisapie...

Lauréat en 2018 du prix Rapsat-Lelièvre pour les airs métissés de son premier album, Témé Tan a déjà eu quelques occasions de se produire en sol québécois. Mais ce grand voyageur ne cache pas sa volonté de nouer des liens durables avec les mélomanes d’ici. «Ce que je trouve intéressant avec le Québec, c’est l’apport de toutes ces nations qui ont créé la nation québécoise et canadienne, avance-t-il. [...] C’est comme si ça réunissait toutes mes envies artistiques et mes affinités culturelles dans un pays.»

Réglons finalement le dossier de son nom. Non, Témé Tan n’a rien à voir avec Demetan, la grenouille du dessin animé des années 80. Son nom d’artiste s’est plutôt forgé au fil de ses périples. D’une part à Grenade, où il étudiait la littérature et l’histoire du flamenco et où ses amis peinaient à prononcer son prénom, Tanguy. Est donc resté le «Tan». 

Quant au «Témé», l’homme-orchestre le doit autant à sa myopie qu’à une amie japonaise : celui qui préfère laisser ses mains le guider et jouer sans ses lunettes a choisi un mot qui amalgame les traductions nippones des mots «main» et «œil». Tant pis pour le batracien et sa flûte!

En rafale

  • Sur le défi de s’exporter: «Mes premiers concerts, c’était au Japon. Comme je me suis toujours senti hors cadre et que j’ai toujours eu envie de voyager, j’ai exporté ma musique comme ça. Ça n’a jamais été un plan de carrière. Mais là, j’avoue que le Québec, j’y réfléchis plus sérieusement.»
  • Sur son statut d’homme-orchestre: «Sur scène, je suis tout seul. Et comme j’aime organiser mes tournées en fonction de mes envies de voyages, c’est plus simple d’y aller seul. Je pense aussi qu’avec un premier album, tu as envie de te prouver que tu peux y arriver par toi-même. […] Mais pour le prochain disque, je fais plus volontiers appel à d’autres gens.»
  • Note: Témé Tan offrira une vitrine ouverte au public mercredi à 21h30 à l’Impérial.

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RADIO ELVIS: LA ROUTE QUI NOURRIT

Colin Russeil, Pierre Guénard et Manu Ralambo du groupe français Radio Elvis.

Sacré Révélation de l’année 2017 au gala des Victoires de la musique, le groupe Radio Elvis n’est plus à l’heure des présentations dans sa France natale. Tout juste arrivé dans la capitale pour une deuxième visite, le trio ne savait pas trop à quoi s’attendre pour sa vitrine de ce mardi à RIDEAU. Et il ne s’en formalisait pas trop! «Une fois qu’on a joué dans les bars, on est capable de tout faire!» a relativisé le chanteur et parolier Pierre Guénard.

Radio Elvis n’est pas passé inaperçu avec son premier album, Les conquêtes. Une tournée de quelque 250 dates plus tard, le trio s’est attelé à la création du prochain chapitre sans grande pression, nous dit-on. «Dans le bus de tournée, on s’est fait écouter beaucoup de musique les uns les autres, explique Pierre Guénard. Il y a plein de références qui sont devenues communes. Moi, j’ai découvert Arcade Fire, j’ai fait découvrir un peu plus aux gars Dominique A, on s’est découvert une passion pour Nick Cave. Quand on est entré en studio, toutes les envies qui sont nées sur la route, on a pu les mettre en place assez vite. […] On n’avait même pas besoin de beaucoup parler, on avait acquis le même langage pour parler de musique. On était devenu un vrai groupe, en fait.»

La scène a aussi démontré au trio  — complété par le guitariste et bassiste Manu Ralambo et le batteur et claviériste Colin Russeil — qu’il était mûr pour rocker un peu plus. Voilà ce qui s’est matérialisé sur Ces garçons-là, lancé l’automne dernier. À suivre sur les planches...

En rafale

  • L’origine du nom: «C’est la première chanson que j’ai écrite, avant que le groupe se forme. Je venais d’arriver à Paris, j’avais un concert à donner et je n’avais pas de nom de scène… et je n’avais pas de chanson. J’ai pris ma guitare pour écrire une chanson et ce sont les deux premiers mots qui sont venus. J’ai tiré sur le fil et c’est devenu une chanson, puis mon nom de scène. Quand Colin et Manu sont arrivés, on a décidé de garder ce nom-là.» — Pierre Guénard
  • Les inspirations des débuts: «Sonic Youth. C’est le groupe qui m’a donné la l’idée de la liberté du rock.» — Manu Ralambo
    «Noir Désir et les Doors. C’était les textes et le rock en même temps.» — Pierre Guénard
    «Le folk de Neil Young et Bob Dylan et les groupes de rock anglais : les Beatles, The Who, Led Zeppelin.» — Colin Russeil
  • Note: Radio Elvis offrira une vitrine ouverte au public mardi dès 21h30 à l’Impérial. Le groupe est aussi attendu au M Telus de Montréal le 20 février.  

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JOE BEL: L’INSTINCT D'ABORD

La Française Joe Bel

Pour Joe Bel, la glace est maintenant brisée au Québec... Et pas qu’au sens figuré! La Française a bien enregistré son premier album à Montréal, mais elle n’avait jusqu’à récemment pas eu l’occasion de jouer ses chansons devant public de notre côté du monde. Débarquée en pleine tempête la semaine dernière, l’auteure-compositrice-interprète est enfin venue à la rencontre des spectateurs québécois… et de leur célèbre hiver!

«C’était un truc de fou!» lance-t-elle pour décrire les conditions météo qui l’ont accueillie à son arrivée. «Du coup, on est hyper admiratif : ça dure des mois et des mois, c’est interminable! ajoute-t-elle. Mais je suis contente d’être dans le vif du sujet. J’aurais presque été déçue s’il n’y avait pas eu trop de neige...»

Musicienne autodidacte, Joe Bel n’a pas tardé à se mesurer aux planches. «J’ai fait mes concerts un an ou deux après avoir acheté ma première guitare. Je jouais trois accords, c’était très instinctif», raconte celle qui se décrit comme timide… et qui s’est laissée convaincre par ses proches de plonger. Encore en suivant son instinct, la musicienne s’est notamment fait connaître dans sa patrie en incarnant une chanteuse dans le film Tout pour être heureux de Cyril Gelblat. 

Au moment d’enregistrer Dreams, un premier album bilingue qui vogue entre folk et soul, Joe Bel a souhaité travailler avec le Mont­réalais Marcus Paquin (Arcade Fire, The National, etc.). «J’aimais beaucoup son travail. Je me suis sentie vraiment bien», résume celle qui se réjouit maintenant de faire vivre son univers hors du studio. «J’ai été un mois à Montréal, mais je n’avais pas partagé la musique avec les gens. Donc là, ça y est!» 

En rafale

  • L’inspiration du début: «Paul McCartney. C’est vraiment un artiste que j’adore et qui m’a beaucoup inspirée. J’adore cette simplicité apparente et cet amour de la mélodie qui est au-dessus de tout.»
  • Le défi de s’exporter: «Je n’ai jamais trop planifié. Je n’ai pas vraiment de fantasme de m’exporter, que tout le monde me connaisse… Je n’ai pas ce truc en moi. Quand les choses ne se passent pas, je n’ai pas de frustration. Et quand elles se passent, c’est wow!»
  • Note: D’ici au début mars, Joe Bel se produira notamment à Trois-Rivières et à Lévis. Un spectacle a aussi été annoncé au Théâtre Petit Champlain le 10 octobre prochain.