Marie-Thérèse Fortin porte Barbara comme une deuxième peau, incarnant parfaitement sa fougue et sa vibrante, profonde manière de plonger dans l’âme humaine, dans ce qu’on se dit tout bas.

«Rappelle-toi Barbara»: grisant rendez-vous

CRITIQUE / Après avoir goûté, chanson après chanson, aux mots de Barbara, nous n’avons pas du tout envie d’en ajouter d’autres, qui paraîtront nécessairement maladroits. Quel cadeau d’avoir pu se laisser porter par la voix et la présence enveloppante de Marie-Thérèse Fortin et par la musique jouée par Yves Léveillé et les Violons du Roy.

On comprend ce que voulait dire Monique Giroux en parlant de son premier concert de Barbara comme d’un «soir en apnée». L’un de ces moments où le cœur noué, on passe en une chanson de la mélancolie la plus profonde à la joie la plus vive, qui retentit comme un cri de résistance.

Barbara a magistralement chanté les amours mortes, les rendez-vous manqués, les détours du destin, avec ses mots ou ceux des autres. Marie-Thérèse Fortin la porte comme une deuxième peau, reprenant ses gestes sans jouer, comme s’ils étaient devenus siens, incarnant parfaitement sa fougue et sa vibrante, profonde manière de plonger dans l’âme humaine, dans ce qu’on se dit tout bas.

Elle a lancé son récital avec La solitude. Sa voix tanguait un peu sur À peine, qui saute d’un registre à l’autre, puis, de chanson en chanson, est devenue plus pleine, juste assez théâtrale pour les segments parlés ou pour enchaîner les personnages des Amis de Monsieur, complètement déployée pour les envolées du Mal de vivre et de Perlimpinpin.  

Son complice Yves Léveillé, qui signe les arrangements et les orchestrations, était en pleine maîtrise de ses moyens au piano. Chaque intervention des cordes et du hautbois était bien dosée, réfléchie, sentie et témoignait d’une profonde compréhension du répertoire de la Dame en noir. Il a joint sa voix à celle de Marie-Thérèse Fortin pour quelques pièces, dont la magnifique Dis, quand reviendras-tu ? Le timbre et l’émotion étaient justes, mais on ne pouvait s’empêcher de trouver dommage qu’on n’ait pas monté un peu le volume de son micro. À la direction, Julien Proulx laissait toute l’attention se poser sur la chanteuse pendant qu’il guidait discrètement les musiciens. Avec les Violons, chaque envolée prenait une nouvelle ampleur et les émotions déjà vives atteignaient un délicieux paroxysme.

Cette aventure inusitée pour les Violons du Roy sera de nouveau présentée le vendredi 13 avril à 19h30 au Palais Montcalm.