Pierre Lapointe attendait le bon projet pour s’allier avec l’Orchestre symphonique de Québec.

Quatre questions à Pierre Lapointe

Les 10 et 11 avril, Pierre Lapointe vient présenter les chansons de «La science du cœur» avec l’Orchestre symphonique de Québec. Celui qui carbure aux rencontres artistiques et aux mariages éclatés attendait le bon projet pour s’allier à la soixantaine de musiciens. Son album créé à quatre mains avec David François Moreau, présenté sur scène en version piano-marimba, subira une nouvelle mutation, qui s’annonce pleine de douceur et de raffinement.

Pourquoi l’univers musical de La science du cœur se prêtait-il bien à l’expérience symphonique?

«Je suis obsédé depuis le début de ma carrière par faire des objets qui ne sont pas à la mode. Qui ont une signature forte, mais qui s’inscrivent dans une tradition qui ne se démode pas, qui vieillit bien. Sur le disque, la volonté était de faire le pont entre la grande tradition de la chanson française, la culture pop et la musique classique. Là, le côté pop est disparu complètement, on est dans un truc beaucoup plus somptueux. Une de mes conditions pour travailler avec l’OSQ était que David François Moreau puisse faire les arrangements. Il a tellement vu les chansons sous tous les angles, connaît tellement bien leurs racines, que c’était à mon avis le seul qui pouvait le faire de façon respectueuse, consciencieuse et intelligente. L’album et le spectacle, c’est notre projet, qu’on transpose sous une troisième forme. Ça me prouve que les chansons sont solides.»

Y a t-il des chansons en particulier auxquelles ça amène vraiment une nouvelle couleur ou une nouvelle ampleur?

«Quand j’ai entendu les arrangements de Comme un soleil avec les instruments synthétiques, j’avais déjà les larmes aux yeux. Je sais que pendant le concert il y aura des moments suspendus, un peu sacrés. La version piano-marimba ressemblait à une longue prière, avec de petits punch d’humour très con, pour alléger l’affaire. Là, j’ai l’impression que ce sera très doux, avec des moments de grâce amplifiés par l’orchestre.»

Quels ont été tes contacts avec la musique symphonique?

«J’ai plus de culture en art visuel qu’en musique classique, mais j’ai eu plusieurs belles initiations à la musique classique, surtout contemporaine. J’ai fait un spectacle avec l’Orchestre métropolitain et Yannick Nézet-Séguin aux Francofolies — une expérience qui a été l’une des plus fortes de ma carrière, j’ai travaillé avec le quatuor Molinari, avec les étudiants du conservatoire de Montréal, avec le compositeur Yannick Plamondon, de Québec. J’ai une démarche extrêmement poreuse. Selon les gens avec qui je travaille, je me moule très facilement à leur univers.»

Quelles nouvelles avenues explores-tu dans tes prochains projets?

«Je fais une musique de film pour Benoît Pilon : Vinland, un film d’époque, un gros budget. Le réalisateur m’a ému, le scénario m’a plu, je suis en train de créer avec mon grand ami Guido Del Fabbro, qui a réalisé Punkt et qui m’a accompagné au violon et à l’électro sur La forêt des mal-aimés et sur Sentiments humains. Je viens de terminer, avec Philippe Brault, la musique du premier film d’animation de Pascal Blanchet, qui a fait ma pochette de Paris tristesse et de La science du cœur. Son film sera présenté au Festival international du film d’animation d’Annecy et on attend des réponses pour Cannes. Depuis janvier, je travaille aussi sur ma première mise en scène pour le Cirque du Soleil, à Monaco, pour un spectacle-évènement qui sera présenté seulement cinq soirs. Une initiation qui se passe extrêmement bien.»