Pussy Riot

Pussy Riot solidaire envers les Brésiliens muselés par la censure

SAO PAULO — «L’autocensure est la pire des prisons», a affirmé à l’AFP la membre des Pussy Riot Maria ‘Masha’ Alyokhina à Sao Paulo, encourageant les artistes brésiliens à ne pas se laisser intimider par le gouvernement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

En février 2012, elle avait été arrêtée avec deux autres membres des Pussy Riot après avoir interprété une «prière punk» demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine» du pouvoir et n’avait été libérée qu’après 21 mois de détention.

«On peut rester quelques années en prison, mais l’auto-censure, c’est une peine à perpétuité», a déclaré Maria Alyokhina, 31 ans.

Habillée de noir, avec une cagoule jaune sur la tête, l’artiste a donné jeudi soir un concert dans le cadre du festival «Verao sem censura» (Été sans censure) organisé par la mairie de Sao Paulo.

Les Pussy Riot faisaient partie des invités d’honneur, aux côtés d’artistes victimes de censure ou d’attaques en tout genre sous la présidence de Jair Bolsonaro, arrivé au pouvoir en 2019 en menant une croisade idéologique sans merci.

Lors du concert, les quatre membres du groupe qui se sont présentées sur scène ont brandi une affiche sur laquelle on pouvait voir un dessin du visage du président brésilien recouvert de déchets toxiques.

«Le gouvernement ne devrait pas dire ce que les artistes doivent faire ou ne pas faire, c’est pour ça que nous sommes venues à ce festival contre la censure», a souligné Maria Alyokhina.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, de nombreux artistes brésiliens se sont élevés contre la censure, le gouvernement ayant coupé les subventions destinées à certaines productions, notamment celles liées à des thématiques LGBT.

Mais pour Maria Alyokhina, «la nouvelle la plus triste» venue du Brésil a été l’assassinat de la conseillère municipale noire Marielle Franco, tuée par balles en mars 2018.

«Citoyenne émérite en enfer» 

Après Sao Paulo, la jeune femme russe, venue au Brésil avec son fils adolescent, se rendra à Recife et Rio de Janeiro, pour présenter la version en portugais de son livre «Jours d’insurrection», où elle raconte son expérience carcérale.

Les Pussy Riot s’étaient déjà produites à Brasilia en novembre, alors que Vladimir Poutine se trouvait dans la capitale brésilienne pour le sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

«La culture et l’art sont dangereux (...) parce qu’ils s’adressent aux gens. Ce n’est pas une photographie des choses telles qu’elles devraient être. C’est pour ça que les dictateurs ont si peur de l’art», a-t-elle affirmé.

«Mais ce n’est pas pour ça qu’on doit s’arrêter, c’est notre responsabilité de prendre le micro et de faire entendre notre voix», a-t-elle poursuivi, ajoutant que la situation était «de pire en pire en Russie».

Pour elle, l’union des différents courants protestataires dans son pays est la seule solution pour faire vaciller le pouvoir russe.

«Nous sommes différents, nous avons des visions politiques parfois distinctes, mais nous sommes d’accord au sujet de la liberté d’expression. D’autres artistes célèbres risquent des années de prison en se manifestant», résume-t-elle.

Lors de son concert, aux côtés de l’artiste transsexuelle brésilienne Lynn da Quebrada, Maria Alyokhina s’est écriée : «je sais qu’en enfer, je serai une citoyenne émérite !».