La New-Yorkaise a notamment signé des chansons pour les Backstreet Boys, Rihanna, Christina Aguilera, Cher et Mylène Farmer.

Prolifique LP

Dire que Laura Pergolizzi, alias LP, écrit beaucoup tient de l’euphémisme. Outre les cinq albums qui portent ses initiales, la New-Yorkaise a notamment signé des chansons pour les Backstreet Boys, Rihanna, Christina Aguilera, Cher et Mylène Farmer, avec qui elle a chanté en duo. Elle écrit tant qu’il lui arrive de son propre aveu d’oublier ses propres créations!

Depuis que la chanson Lost on You lui a fait goûter à un succès de masse, il y a deux ans, la chanteuse au look androgyne n’a pas posé son stylo bien longtemps. Revenue en décembre avec les titres tout neufs de Heart to Mouth, elle s’apprête maintenant à prendre la route pour une imposante tour­née qui fera escale dans un théâtre Impérial affichant complet le 12 février. Discussion avec une artiste qui n’a pas la langue — ni la plume! — dans sa poche. 

Q Dans quel état d’esprit étiez-vous quand vous avez commencé à écrire cet album?

R J’étais en tournée. Je ne dirais pas que ça n’allait pas, mais quand on est sur la route pendant tout ce temps, il y a des phases qui sont marquées par la solitude. On comprend que tout ce qui se passe est fantastique, mais il y a cette distance entre vous et les gens que vous connaissez. Je pouvais évoquer facilement cette ambiance de solitude et d’insatisfaction que je ressentais à cet égard. Mais c’était cool sur la plan de l’écriture de pouvoir exploiter cette émotion. 

Q Avec le succès récolté par Lost on You, ressentiez-vous une pression au moment de vous attaquer à la suite des choses?

R Ce que je trouve cool comme auteure, c’est que j’ai acquis assez d’expérience pour savoir qu’on ne doit pas courir après une chanson. Une des choses qui me rendent fière à propos de cet album, c’est que je n’ai réellement pas essayé de pourchasser le succès. J’ai écrit des chansons comme je le fais toujours. Par le passé, j’ai eu d’autres chansons qui ont bien fonctionné pour moi et qui ont fait que les gens m’ont reconnue. C’était à une échelle plus indie et non à un niveau plus global comme ce qui s’est passé avec Lost on You. J’ai appris qu’il ne fallait pas chercher cet effet. Ça ne donne pas de meilleures chansons. C’est plutôt le contraire : ça nous enferme.

Q Quelle signification le titre Heart to Mouth revêt-il pour vous?

R C’est assez littéral. C’est vraiment l’idée que ce qui se trouve dans mon cœur se reflète directement dans ce que je dis. C’est presque l’idée de tout divulguer et de revenir à la racine de l’émotion. Dans la mélodie également, pas seulement dans les paroles. Il y a une explosion d’émotions dans les mélodies de plusieurs chansons. C’est ce que j’essayais d’atteindre. 

Q Vous explorez plusieurs ambiances sur cet album, parfois même dans une même chanson. Je pense notamment à la pièce Recovery, qui propose un mélange de puissance et de fragilité. Qu’est-ce qui vous l’a inspirée?

R Cette chanson parle de mon ex. C’est moi qui suis partie et je me suis sentie extrêmement coupable et triste. Je me souviens d’avoir songé que la mauvaise chose à faire était de constamment prendre des nouvelles de cette personne et de demander pardon. J’ai essayé de l’écrire de son point de vue en disant : «laisse-moi tranquille». Elle m’avait d’abord quittée, mais c’est ultimement moi qui ai mis fin à cette relation. C’est une pièce que j’avais d’abord écrite pour la proposer à d’autres artistes. Et elle a été proposée à plusieurs gros noms, à des gens de la trempe de Christina Aguilera. Mon équipe me disait que ces chanteuses avaient du mal à se l’approprier. Je pense que c’était trop personnel. Dans le grand ordre des choses, elle m’attendait. Maintenant, je pouvais voir les deux côtés de la médaille. D’une certaine manière, je méritais de la chanter. 

Q Est-ce vrai que la chanson Dreamer est une composition dont vous aviez oublié l’existence?

R Oui! La chanson avait environ deux ans et je l’avais complètement oubliée. L’une des raisons qui expliquent cet oubli est qu’elle ne devait pas, à l’origine, m’être destinée. Quand mon éditeur me l’a envoyée, j’ai dit que je ne fais généralement pas de chansons qui viennent de l’extérieur, mais que celle-ci, j’aurais pu l’écrire. Il m’a dit : «c’est pour ça que je te l’ai envoyée, c’est toi qui l’as écrite! Tu devrais l’enregistrer!» J’écris beaucoup de chanson… Je les écris, je les envoie aux éditeurs et ils organisent tout ça pour moi…

Q Gardez-vous le compte du nombre de chansons que vous avez écrites?

R Oui et non. Je ne le fais plus vraiment. On dirait que j’ai pris un pas vers l’avant… Quand Lost on You s’est mis à avoir du succès en Europe, j’étais déjà rendue 30 ou 40 chansons plus loin. Le titre s’est mis à avoir du succès à la fin 2016 et je l’avais écrit à la fin 2014. On ne sait jamais où une chanson va atterrir. Si j’étais juste assise à attendre la chanson parfaite, je ne serais pas là, parce que je serais foutue! Je pense qu’il faut que les choses restent en mouvement. 

Q Pas de syndrome de la page blanche pour vous, en somme?

R Bien sûr! L’affaire, c’est de continuer à écrire. Quand on écrit pour d’autres, on n’a pas le luxe de choisir le moment où on est inspiré. Les gens n’arrivent pas en disant : «hey, comment tu te sens aujourd’hui?» Ils disent : «entre là-dedans et écrit un fucking hit!» Je suis une employée, pas une artiste qu’on bichonne. C’est un travail. Pour moi, c’est comme pleurer sur demande. Tu y vas et c’est tout. Je peux entrer dans une pièce sans avoir envie d’écrire. Je me souviens d’une session d’écriture pour House on Fire. J’avais une gueule de bois terrible, je m’étais couchée hyper tard. J’ai dit aux gars combien je n’avais pas envie d’écrire, que je pensais n’avoir rien à offrir ce jour-là. Quatre heures plus tard, on avait la chanson et je l’adore. Mais il y a aussi des jours où rien ne se passe. Je ne prétends pas être un fucking génie. On ne sait juste jamais ce qui va venir. Généralement, je suis mal à l’aise avec l’idée d’annuler des sessions d’écriture. J’aime y aller coûte que coûte, même si ça ne me tente pas, pour voir ce qui va se passer. 

Q Plusieurs vedettes ont chanté vos chansons. De quelle collaboration êtes-vous la plus fière?

R Probablement celle de Rihanna. Ce n’est sans doute pas le genre de musique que je me voyais faire ou que je croyais pouvoir faire. Ça s’est fait par étapes. C’était à une époque où j’écrivais beaucoup. Quand tu es auteur-compositeur, c’est comme ça que tu fais de l’argent. Il faut être à l’aise dans plus d’un genre pour avoir le plus d’opportunités possible.